Digital for all now

Agnès Jbeily : « Redonner au consommateur la maîtrise de ses données »

Agnès Jbeily 21 Jan 2015

Datanoos est une start-up militante qui a pour ambition de bousculer le marché des données personnelles en redonnant au consommateur la maîtrise de ses données de consommation. Le « digital for all now », c’est aussi la possibilité de prendre des décisions informées sur l’utilisation de ses données. Rencontre avec Agnès Jbeily, fondatrice et PDG de Datanoos.

 

 

Vous avez travaillé dans des entreprises, leaders dans les domaines du Big data, des solutions mobiles ou des prestations de service IT, avant de lancer Datanoos. Comment avez-vous fait pour développer votre start-up ?
Alors que j’étais responsable « solution innovation » chez Ingénico, j’ai découvert, lors d’une conférence organisée par Criteo, le domaine de la data et de la publicité ciblée. Ce fut une révélation : j’ai alors eu une meilleure compréhension de tout ce qui se faisait dans ce domaine, de la collecte à l’analyse, mais aussi de la monétisation.

 

« Nous avons décidé de nous lancer dans ce domaine en proposant quelque chose de nouveau pour les consommateurs : la maîtrise de leurs données »

 

Ce marché concerne des géants qui font des milliards de chiffre d’affaires mais aussi des start-ups qui font des millions. Nous avons donc décidé de nous lancer dans ce domaine en proposant quelque chose de nouveau pour les consommateurs : la maîtrise de leurs données.
Pour ce faire, nous avons bénéficié d’un accompagnement dans l’incubateur de l’ENSAM. Je suis ingénieur de formation et j’avais besoin de nouvelles compétences, notamment en management et en développement commercial. Un ami, qui travaillait dans un laboratoire de recherche de l’ENSAM, m’a rejoint : l’incubateur était donc l’endroit idéal pour démarrer notre projet, non seulement en termes de proximité, mais aussi pour le support qu’il offrait.
Qu’est-ce qui ne va pas dans la gestion des données personnelles aujourd’hui ?
Des géants comme Facebook ou Google proposent des sites ou des plateformes de mise en relation dont l’utilisation est gratuite. Mais derrière cette gratuité apparente, la plupart de ces sites récupèrent nos données. Ce sont des sites que nous utilisons quotidiennement et dont il est difficile de se passer. Le problème est que nous n’avons pas ou peu de contrôle sur le processus ni sur l’utilisation que ces entreprises font de nos données. Notre plateforme est au service des utilisateurs : ils gagnent en maîtrise et transparence. Ils peuvent s’autoanalyser en collectant leurs propres données – et voir ainsi quelles données sont produites par leur présence en ligne – et prendre la décision de les monétiser. Du côté des entreprises, notre plateforme leur offre une visibilité sur la consommation active et connectée et leur donne la possibilité de cibler leurs offres.

 

Quels sont les freins que vous avez rencontrés à la création de cette start-up ?
La première difficulté est financière. Notre objectif était de créer la plateforme le plus rapidement possible. Au départ nous avons investi un petit capital et les banques nous ont fait confiance. Puis nous avons gagné le premier prix d’un concours d’aide à la création d’entreprise technologique et innovante. Mais notre projet nécessite beaucoup d’investissements, et ceci, de manière soutenue. Il existe énormément de dispositifs pour soutenir la création d’entreprise mais peu pour les développer sur le long terme.

 

Nous sommes dans une phase critique : la plateforme est développée mais elle n’a pas assez d’utilisateurs pour générer des revenus fixes. Nous avons donc besoin de faire nos preuves pour avoir de nouveaux financements. Je pense que notre projet était en avance de deux ans. Aujourd’hui, le milieu est prêt. C’est donc par un travail acharné sur le produit, afin qu’il plaise, devienne légitime et s’impose naturellement, que nous allons y arriver.

 

 

« C’est donc par un travail acharné sur le produit, afin qu’il plaise, devienne légitime et s’impose naturellement, que nous allons y arriver. »

 

 

La deuxième difficulté est de l’ordre des ressources humaines. Au départ, j’avais un peu les défauts d’une personne habituée à travailler dans les grands groupes dans lesquels une idée ambitieuse peut se développer facilement puisque les ressources nécessaires sont disponibles. Dans notre cas, il fallait s’entourer de personnes, notamment des ingénieurs, pour la réaliser. Et ce n’est pas toujours évident, surtout avec des ressources financières limitées.
La troisième difficulté est de l’ordre de la visibilité. Nous essayons de développer des stratégies de communication pour nous faire connaître, en participant notamment à des prix, des concours et des évènements. Gagner le prix Excellencia par exemple, nous a permis de nous faire connaître.

 

Que faut-il aujourd’hui à une entreprise pour être agile ?
J’ai créé mon entreprise car je ne me retrouvais plus dans une grande entreprise. Créer une start-up ne se résume pas uniquement à la volonté de créer quelque chose,c’est aussi une expérience de travail.

 

« Créer une start-up, c’est aussi une expérience de travail. »

 

Je suis sensible aux nouvelles façons d’organiser l’entreprise : celles notamment qui aplatissent la hiérarchie, favorisent l’autonomie et qui font œuvrer les collaborateurs vers un objectif commun, celui de l’entreprise.
Pour vous, qu’est-ce que le « digital for all now » ?
Le digital maintenant, c’est une nouvelle façon de proposer des services hyper-connectés. La révolution du mobile bouleverse en effet la façon dont on conçoit les services et dont on les fournit. Je pense notamment que l’éducation et la santé sont des secteurs qui vont changer de manière radicale. Le digital va permettre par exemple d’avoir une vision à 360° des symptômes : les objets connectés offrent la possibilité au patient de s’autoanalyser et de transmettre ces données au médecin spécialiste qui va alors jouer un rôle de prévention en amont puis de suivi. Le paiement se trouve également complètement transformé et l’arrivée de nouveaux acteurs dans ce domaine révolutionne les métiers de la banque.

 

Crédits photo : System Lock by Yuri Samoilov (Flickr / licence CC by 2.0)

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