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Arnaud Lecuyer : « Le numérique bouscule la posture de l’enseignant »

Econocom 29 Nov 2016

Pourquoi et comment faire entrer le numérique dans les salles de classe ? En quoi les nouvelles technologies permettent-elle de faire évoluer le rôle de l’enseignant ? Comment les accompagner dans ce changement de posture ?

 

Passionné de numérique, Arnaud Lecuyer a plusieurs casquettes. Professeur d’histoire-géographie, il est également délégué aux usages numériques du lycée Notre-Dame du Grandchamp, à Versailles. En parallèle, il a aussi cofondé Padagogie, partenaire d’Econocom, qui accompagne les clients du Groupe dans la mise en place d’une « pédagogie numérique ».

 

-> Retrouvez notre compte-rendu de l’intervention d’Arnaud Lecuyer lors du salon Educatec-Educatice de mars 2016 : Quelles sont les bonnes pratiques à adopter pour déployer des tablettes en classe ?

 

 

trois strates : culture numérique, outils et innovation

 

En quoi consiste votre activité de délégué aux usages numériques ?

 

Je dis souvent que je fais une passerelle entre le numérique, fondé sur les usages, et l’informatique, qui, elle, requiert des compétences techniques. Ma capacité, c’est à la fois de partir des usages – pour bien appréhender les besoins des enseignants – et de savoir comprendre ce monde informatique.

 

Aujourd’hui, on ne peut pas passer à côté du numérique. Mais il faut en avoir une utilisation raisonnée, ce qui demande de bien comprendre des enjeux qui évoluent en permanence. Le monde se transforme, on parle de plus en plus d’uberisation, de métiers transverses, mais aussi de nouvelles façons d’exercer sa citoyenneté. Les réseaux sociaux cassent les rapports hiérarchiques et la société digitale devient horizontale. En France, nous avons du mal à acquérir cette culture numérique à cause de nos a priori. Pourtant, identifier et comprendre ces changements est une première étape indispensable.

 

Après, viennent les outils. Même si, finalement, ils doivent s’effacer. En géographie, par exemple, une carte – qu’elle soit issue d’un livre ou de Google Earth – reste une carte. Ça n’aurait pas de sens de l’identifier comme du numérique, puisque c’est uniquement un support de cours.

 

 

« Une innovation qui reste solitaire, c’est une innovation qui se perd »

 

Enfin, arrive l’innovation. Le monde de l’éducation bouscule l’enseignement : il y a énormément d’innovateurs. Mais, à l’heure actuelle, ils sont vraiment seuls. Il faut les réunir et diffuser ce qu’ils font auprès de plus grand nombre pour rassurer les gens qui pensent ne pas connaître le numérique.

 

Quels sont les aspects du métier d’enseignant qui évoluent avec le numérique ?

 

La posture de l’enseignant change avec le numérique. En classe, un enseignant peut se prévaloir du savoir et d’un mode de fonctionnement tel que lui l’a vécu en tant qu’élève : il est formé comme ça. Le numérique bouscule tout, car il permet d’individualiser les parcours. Grâce à Internet, chaque élève a accès à des ressources et à des savoirs. L’enseignant reste indispensable, mais il doit apprendre à maîtriser cette nouvelle posture, à casser les groupes et les temps de travail car l’on peut désormais travailler à distance, depuis n’importe où.

 

 

« LE vrai outil, c’est l’enseignant »

 

Comment accompagner les enseignants dans ce changement de posture ?

 

C’est le cœur d’activité de Padagogie : nous travaillons sur la pédagogie et la posture de l’enseignant, et pas sur l’outil. Pour nous, le vrai outil, c’est l’enseignant : sa créativité, son inventivité et sa façon de fonctionner avec l’élève.

 

Un enseignant qui a de réticences, quelque part, c’est bon signe : ça veut dire qu’il se pose des questions. Nous y répondons et nous partageons avec lui des usages numériques. Nous ne parlons jamais de machines ou de produits, nous ne rentrons pas dans les débats de marque, nous restons vraiment sur les contenus de cours et les choix pédagogiques. Par exemple, dans un cours de SVT, nous montrons comment explorer le corps humain grâce à la réalité virtuelle.

 

« Le numérique permet de dépasser les murs de la classe, d’avoir constamment accès à l’anatomie en 3D ou en 4D, de visiter tous les musées du monde entier en réalité virtuelle… Cela ouvre un pan de nouveauté immense. »

 

Tous nos formateurs sont des enseignants et, surtout, des utilisateurs du numérique, ils parlent donc de ce qu’ils font réellement en classe. C’est rassurant pour les établissements car cela permet de parler de vécu, de professeurs à professeurs.

 

Souvent, nous prenons des modèles de pédagogie et nous montrons qu’il n’est pas nécessaire de tout transformer dès le départ, qu’il est possible d’aller progressivement vers une pédagogie renouvelée, étape par étape.

 

 

Un usage lie à la capacité à se projeter

 

Est-ce que vous constatez des différences d’usages entre les niveaux ou les matières ?

 

Pas vraiment, c’est surtout lié à la capacité de se projeter. Certains collèges vont avoir des difficultés à imaginer ce qu’ils vont faire avec une tablette. C’est un outil qu’on peut acheter en supermarché. Le grand public en a un usage très restreint, consulter des mails ou aller sur les réseaux sociaux et les enseignants ont parfois des difficultés à concevoir qu’on puisse faire un usage réfléchi et pédagogique d’un outil que nous retrouvons dans notre quotidien. C’est sur cette démarche que nous travaillons, en montrant la création de livres numériques, la possibilité de réaliser des travaux interactifs, d’accéder à la réalité augmentée…

 

Malgré tout, certains enseignants restent réticents. Pourquoi ?

 

Avant, certains étaient anti-WiFi, aujourd’hui, d’autres sont anti-écrans. Beaucoup d’études sont publiées sur le sujet. L’Institut Montaigne propose par exemple de mieux utiliser le temps passé devant les écrans. Il faut écouter la voix de la raison. Quand on parle du numérique en classe, ce n’est pas 24h/24, c’est sur un temps donné, avec une utilisation raisonnée. Les tranches d’âge sont aussi prises en compte : en maternelle, par exemple, on va éviter les activités sur écran qui durent plus de 15 minutes, alors que, dans le supérieur, tous les étudiants prennent des notes sur un ordinateur.

 

 

Plus de numérique pour moins de décrocheurs

 

Et côté élèves ? Sont-ils plus motivés ?

 

Le numérique suscite l’enthousiasme, mais ne permet pas d’obtenir de meilleurs résultats et c’est souvent sur ce point que les détracteurs attaquent. Ils oublient l’importance de la motivation des élèves : grâce au numérique, on a nettement moins de décrocheurs.

 

-> A lire aussi : « Avec le numérique, les élèves sont contents de venir en classe »

 

Il permet aussi développer des compétences, liées aux outils numériques ou transverses (prise de parole, travail en groupe…) qu’on ne travaillerait pas autrement, mais également d’avoir un relationnel très différent avec les élèves.

 

Pour terminer, quel conseil donneriez-vous à un établissement qui souhaite entamer un déploiement ?

 

Osez !

 

-> A lire aussi : Retour d’expérience dans les Yvelines – Découvrez le témoignage de ce chef d’établissement qui a équipé plusieurs classes de lycée d’iPad, pour expérimenter de nouvelles pratiques pédagogiques.

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