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Cité de la réussite 2014 : L’audace de la transformation digitale, oui mais comment ?

Econocom 13 Nov 2014

« L’audace est cette disposition de l’esprit, cette force en action qui permet de surmonter les obstacles pour améliorer et transformer le monde. » C’est par ces mots qu’était introduite la dernière édition « Cité de la réussite » (cycle de conférences sur les grands enjeux sociétaux de l’époque), qui se tenait les 8 et 9 novembre derniers à la Sorbonne. L’objectif : montrer comment l’audace permet de faire face aux changements qui bouleversent le monde aujourd’hui, y compris au sein des entreprises. Et les défis sont nombreux à commencer par celui de leur digitalisation. Alors, être audacieux, oui… mais comment ?

 

« Le temps du numérique, c’est le temps du client. L’entreprise doit s’adapter à lui et non l’inverse. »

« Le client doit être le cap à suivre »

« L’audace, c’est avant tout un état d’esprit », insiste Barbara Dalibard, Directrice Générale de SNCF Voyages, lors d’une table-ronde dédiée à la transition numérique des entreprises. La transformation digitale reposerait avant tout sur une ambition forte de dirigeants capables d’entrer en rupture avec une organisation et une chaîne de production traditionnelles. Constat partagé par Didier Barbé, vice-président marketing et communication d’IBM France :

 

« Il faut expliquer aux têtes pensantes des entreprises ce que le numérique change et en quoi il remet en cause l’approche organisationnelle verticale pour aller vers plus de transversal. »

 

Mais encore ? Les professionnels rassemblés par la Cité de la réussite sont : « Le client doit être le cap à suivre », résume Barbara Dalibard. Et Didier Barbé d’ajouter : « Le temps du numérique, c’est le temps du client. L’entreprise doit s’adapter à lui et non l’inverse. »

 

« Notre but est d’optimiser l’utilisation du temps en permanence. Nous devons aussi nous adapter à des clients hyper-connectés. »

 

Les nouveaux usages de la clientèle imposeraient donc à l’entreprise de s’adapter au plus vite :

 

« À la SNCF, la vague numérique est une révolution majeure qui nous amène à nous réinventer tous les jours, témoigne Barbara Dalibard. Notre but est d’optimiser l’utilisation du temps en permanence. Nous devons tout d’abord être capables de fournir en temps réel des informations à nos clients, le tenir informer de manière précise permet de réduire son niveau de stress. Nous devons aussi nous adapter à des clients hyper-connectés via des applications de plus en plus personnalisées. Rappelons-nous qu’aujourd’hui, 50% de nos billets sont vendus sur le Web et 15% sur le mobile. »

 

Pour être en phase avec les nouveaux usages, et à la rapidité de leur évolution, il faudrait donc installer et maintenir un dialogue permanent avec ses clients.

 

« Le numérique n’impose pas une transition mais une refonte des systèmes traditionnels »

« Le numérique n’est pas une vague c’est un tsunami, dramatise Didier Barbé. On ne peut plus faire les choses comme avant. Le numérique permet plus d’agilité mais impose aussi une contrainte forte qui est celle de la vitesse. Les changements ne peuvent pas se faire à la marge, c’est le modèle même de l’entreprise qui doit être chamboulé. Pour moi ce n’est pas une transition mais une refonte. Il faut redéfinir et repenser la façon dont on satisfait un besoin en mobilisant les ressources internes et externes autour d’un usage et non plus d’un produit. Quitte à travailler parfois main dans la main avec des concurrents. »

 

Ce qu’IBM s’est employé à faire ces dernières années pour le projet Watson, un assistant médical virtuel pour médecins :

 

« Pour rester à jour concernant les avancées médicales pour soigner le cancer du sein, un médecin devrait lire 160 heures de documentation par semaine. C’est mission impossible. Le système que nous avons imaginé lui permet de se mettre à jour et d’établir plus facilement les diagnostics pour une approche personnalisée du patient. »

 

Une innovation qui marque – aux côtés de nombreuses autres comme la « chambre revalidante » ou la salle d’opération connectée – le futur du monde médical. Antoine Gourevitch, Directeur associé au Boston Consulting Groupe (BCG) :

 

« Un projet comme Watson nous montre ce que sera la médecine dans 10 ans. Et ce sont les métiers eux-mêmes qui seront modifiés. On verra des médecins stars qui auront mobilisé tout le potentiel du digital, les médecins moyens qui peineront encore un peu à s’en servir, et ceux qui seront réduits à accompagner des métiers moins qualifiés. »

 

« D’ici 2015, il y aura 1000 milliards d’objets connectés sur la planète. Il nous faut les infrastructures industrielles pour gérer tous les nouveaux capteurs. »

 

La transformation numérique d’une organisation exigerait, en plus d’un dialogue fort avec le patient, un effort de communication pédagogique auprès des différents acteurs de terrain concernés :

 

« Il faut savoir démontrer aux équipes comment et pourquoi le numérique va leur être utile, a expliqué Barbara Dalibard. C’est aussi ce qui va leur permettre de donner un sens à leur métier qui est en mutation. »

Les organisations doivent faire muter leurs structures… mais sans équipements adaptés, la transformation digitale ne sera qu’un vœu pieux. Témoignage de Didier Barbé :

 

« Nous avons besoin d’usines numériques, et c’est un vivier de croissance économique. D’ici 2015, il y aura 1000 milliards d’objets connectés sur la planète. Il nous faut donc les infrastructures industrielles pour gérer tous les nouveaux capteurs. »

 

Comment faire ? Antoine Gourevitch :

 

« L’audace c’est d’accepter les changements structurels et organisationnels. Il ne faut pas une réflexion centralisée au sein de l’entreprise mais plutôt un fonctionnement en mode open source pour favoriser l’innovation. »

 

Vers des bulles d’innovation open source au sein des entreprises

 

Barbara Dalibard préconise pour cela de créer un « effet de réseau », propice à l’audace et à l’innovation, en créant des pôles internes aux grandes entreprises – à l’image de start-ups intégrées – et auxquelles l’organisation laisse une certaine marge de manœuvre :

« Il faut éloigner ces écosystèmes d’innovation du reste de l’entreprise au démarrage afin de les protéger, tout en garantissant de leur permettre de vivre ensuite. Il faut donc se donner les moyens en interne pour que cet écosystème s’épanouisse, en rendant la structure agile et en offrant la possibilité aux différents acteurs de communiquer facilement via des messageries instantanées par exemple, ou de se former avec des Moocs [pour « Massive Open Online Courses », cours gratuits en ligne, NDLR]. »

 

« Il faut une mixité d’expériences et d’expertises. »

 

Des « bulles d’innovation » au sein desquelles il faut croiser les compétences car la diversité des horizons boosterait l’innovation. Mahasti Ravazi, avocate associée chez August & Debouzy :

 

« Il faut une mixité d’expériences et d’expertises. Auparavant un expert développait seul son produit dans son domaine, aujourd’hui, il faut rassembler des compétences que l’on n’aurait pas forcément croisées en temps normal pour obtenir les résultats les plus performants. C’est aussi ça avoir de l’audace ! »

 

Dernier levier à actionner pour stimuler l’audace et faciliter l’accompagnement du changement : un cadre législatif souple.

 

« Souvent le droit est un vecteur de décroissance, avance Mahasti Ravazi. L’audace dans le droit, c’est la force d’accompagner ceux qui voient grand dès le début sans les freiner. L’idée est de chercher comment structurer les choses pour prendre des risques mesurés afin de favoriser le l’innovation digitale pour toutes les entreprises dès maintenant. »

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