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Quand Decathlon joue à fond le jeu de l’open innovation

Econocom 9 Mai 2016

Chez Decathlon, l’innovation se pratique dans un esprit collaboratif ! En avril 2014, le géant français mettait en ligne une plateforme en ligne de co-création permettant aux internautes, qu’ils soient ou non clients de l’enseigne et de ses différentes marques (Quechua, Domyos, Kalenji, b’Twin…), de proposer des idées susceptibles d’être ensuite commercialisées. Un an et demi plus tard, l’espace Alive by Decathlon ouvrait ses portes à Villeneuve d’Ascq. Dans ces 600 mètres carrés dédiés à l’expérimentation, clients, collaborateurs et partenaires peuvent découvrir des produits en avant-première ou participer à des ateliers créatifs.

 

L’innovation à fond la forme ? Découverte avec Vincent Textoris, fondateur de la plateforme Decathlon Création et Vincent Ventenat, direction de l’innovation du groupe et responsable du projet Alive.

 

Vincent Textoris travaille chez Decathlon depuis 2006. Ingénieur de recherche en biomécanique de formation, il est passionné par la conception de produits innovants.

Vincent Ventennat a intégré le groupe Decathlon il y 13 ans. Passé par les pôles recherche et production, il a aujourd’hui pour mission d’accompagner  l’accélération du déploiement de l’innovation au niveau mondial.

 

Decathlon Création : donner la parole au client

 

Ils sont plus de 11 000 membres à avoir rejoint la plateforme Decathlon Création. Si la plupart des utilisateurs sont français, beaucoup d’autres viennent des 12 pays dans lesquels le projet est implanté. En tout, 4 langues sont parlées sur le site et traduites instantanément grâce à un dispositif automatisé. En effet, pour Vincent Textoris, le fait que chacun puisse s’exprimer dans sa langue était un point clé pour enrichir le débat.

 

Car débat, il y a : la communauté d’utilisateurs est invitée à participer activement à l’effort de création. Pour déposer une idée, c’est très simple : il suffit de se créer un compte – indispensable pour savoir qui est à l’origine de quel projet – puis de renseigner un descriptif éventuellement accompagné d’un visuel, d’un dessin ou d’une vidéo.

 

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Exemple d’idée déposée sur la plateforme

 

Une fois dans la « boîte à idées », la proposition de l’internaute – qu’il s’agisse d’une trottinette capable de faire des flips, d’un porte-dossard pour la course à pieds ou d’un objet connecté permettant de mesurer le confort thermique d’un enfant – va vivre pendant 30 jours. Tous les utilisateurs pourront alors venir la consulter, la questionner, l’enrichir, ou même chercher à challenger son auteur. Les membres peuvent également voter pour les idées qu’ils aiment… ou non !

 

A l’issue des 30 jours, les projets ayant récolté plus d’une centaine de votes positifs sont présélectionnés pour rencontrer les équipes de conception de Decathlon. Dans les bureaux de l’enseigne ou par vidéoconférence, se crée alors un véritable échange. La parole est donnée au porteur du projet, qui peut préciser son idée et la façon dont elle lui est venue, décrire les problèmes qu’il a rencontrés et pourquoi il a choisi de travailler avec Decathlon. Le groupe ou la marque concernée décide alors d’accompagner ou non l’idée. Si c’est le cas, son auteur, mais aussi la communauté, restent dans la boucle tout au long du projet. Cahier des charges, design, solution technique ou prix, tout se fait de manière collaborative, avec les experts techniques de la marque en support, jusqu’à obtention d’un prototype fonctionnel (qui ne sera pas nécessairement commercialisé).

 

A l’heure actuelle, près d’une dizaine de projet sont en cours, du siège bébé transformable en poussette à l’application de géolocalisation des parcours running.

 

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© Decathlon Creation

 

Mais les projets sont aussi initiés par les marques du groupe. Certaines viennent proposer des challenges à la communauté. Plusieurs produits imaginés dans le cadre de ces appels à projets sont déjà arrivés en magasins, comme par exemple une lampe de poche sphérique pouvant se plugger sur divers articles Decathlon ou bien des ballons de foot en éditions limitées.

 

En tout, ils sont 6 à travailler sur la plateforme. Si Vincent Textoris a un profil de concepteur, il s’est entouré de communicants, de designers et aussi d’un « happy member manager » qui anime le site et veille à ce que tous les utilisateurs s’y sentent à l’aise. D’ailleurs, en ligne et lors des rencontres, le tutoiement est de mise. Pas tellement par rapport à l’âge des contributeurs – si la plupart sont plutôt jeunes, certains sont un peu plus âgés – mais plutôt dans l’optique de créer une dynamique positive.

 

« Donner une idée à quelqu’un est un geste très engageant, explique Vincent Textoris. Il faut avoir confiance en la personne à qui on apporte le projet et le tutoiement permet de créer la proximité et d’instaurer un peu d’humour dans la communication. Il faut être rigoureux dans le déroulé des projets, mais pas forcément se prendre au sérieux ! »

 

plus de souplesse et d’agilité pour mieux innover

 

Si Decathlon a souhaité se rapprocher des utilisateurs, c’est pour traiter le sujet de l’innovation de manière plus concrète et plus directe, loin des centres de recherche et de leurs divisions industrielles complexes.

 

« Lorsque j’étais responsable de l’innovation au centre de recherche Decathlon, à chaque fois que je parlais de mon métier, les gens me disaient qu’ils avaient une idée et me la proposaient spontanément, se rappelle Vincent Textoris. Pourtant, en interne, nous avions toujours les mêmes personnes autour de la table. »

 

Alors, comment donner la parole à ces utilisateurs débordant de créativité ? « Le projet est né en 2008/09, une période où Facebook commençait à prendre de l’ampleur. Nous nous sommes rendus compte que l’outil digital pouvait nous permettre de communiquer très vite, avec plein de gens à travers la planète. »

 

Le 1er avril 2014, la plateforme Open Oxylane (ancien nom du groupe Decathlon) voit le jour, d’abord uniquement en anglais, dans une optique de développement international. Améliorée en permanence, le 1er avril 2015, après un an d’expérimentation, elle est rebaptisée Decathlon Création et fait l’objet d’un véritable lifting pour mieux répondre aux besoins des utilisateurs.

 

Alive by Decathlon : accompagner les acteurs de l’innovation

 

L’utilisateur est également au centre du projet Alive (All Living Innovation Values Everyday). Dans cet espace intégré au Campus de l’enseigne, à Villeneuve d’Ascq, l’humain est mis au cœur de la démarche. Objectif : fournir aux individus les conditions idéales pour que l’innovation se développe et donc accélérer la diffusion de la culture de l’innovation dans l’entreprise.

 

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Concrètement, le lieu a été co-construit avec les acteurs de l’innovation : l’IT, les RH, les métiers et les fonctions support ont été sollicités à la fois dans le partage des constats et dans la réflexion sur la solution à y apporter. « Nous les avons interrogés sur la façon dont ils souhaitaient vivre cet espace, de la nature des activités proposées à l’ambiance souhaitée », explique Vincent Ventenat, directeur de l’innovation dans le groupe et responsable de l’espace Alive, qui est en cours de duplication en Italie, puis bientôt en Espagne et en Chine.

 

Avec l’aide de son équipe de 6 personnes, il a mis le projet en place, en mode start-up sur une période de deux mois et demi. Les 600 mètres carrés d’un ancien magasin reconverti ont ainsi été pensés pour être ouverts à la fois dans la capacité physique à accueillir des gens, mais aussi dans l’état d’esprit. Leitmotiv ?

 

« Pour innover, il ne faut pas attendre que tout soit parfait. »

 

Alive sert de cadre à des ateliers visant à injecter de nouvelles méthodes de travail dans le groupe. « Nous avons une démarche d’exploration, précise Vincent Ventenat. Notre objectif est de permettre à l’entreprise de garder une longueur d’avance. Nous ne sommes pas vraiment dans des problématiques d’amélioration de produits, nous allons sur des terrains de jeu qui nous permettent d’aller chercher des idées qui pourraient créer de la valeur. »  Et pour cela, le directeur de l’innovation pratique le test & learn : « Se planter vite et rebondir pour ensuite permettre aux équipes d’aller dans la bonne direction. »

 

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A l’issue d’un atelier créatif réalisé dans l’espace Alive

 

Pousser de nouvelles méthodes en interne

 

« Nous traitons de problématiques organisationnelles et humaines », indique Vincent Ventenat. Pour cela, il emploie des méthodes comme le Lego Serious Play. Et, si l’espace Alive est dédié à l’expérimentation, la diffusion, elle, se fait en interne : « A partir du moment où nous avons fait des tests et qu’une nouvelle méthode fonctionne, le réseau reprend la main pour assurer le déploiement dans l’entreprise. En fait, nous sommes là pour proposer de nouveaux outils aux collaborateurs. »

 

Au total, les workshops de conduite du changement peuvent accueillir jusqu’à 80 personnes, de plusieurs pays : « A chaque fois que les équipes viennent, elles sont ravies… Cela nous donne beaucoup d’énergie pour continuer à les accompagner. »

 

=> A lire aussi : Le Village by CA : découverte d’un lieu qui fait naître l’innovation !

 

Du côté de Decathlon Création, Vincent Textoris touche également au fonctionnement de l’interne et constate que, s’il a rencontré des freins avec certaines populations – pas facile de se faire challenger par des « non experts » quand on est spécialiste d’un sujet – aujourd’hui, son projet est bien accepté : « Les collaborateurs comprennent l’intérêt d’avoir en temps réel des retours de clients et de futurs utilisateurs. La confiance s’installe et de plus en plus de projets sont portés par les marques. »

 

« Avec le recul, on se rend compte que ce que nous générons de plus intéressant, c’est la relation avec les gens qui participent à ce processus de création, même si ce n’était pas vraiment l’objectif au départ, poursuit Vincent Textoris. Les clients se transforment en quelque sorte en ambassadeurs de la marque et un véritable lien se crée, dans lequel l’entreprise devient humaine. »

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