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Elise Nebout, NUMA : « Il existe 1 000 et 1 façons d’entreprendre ! »

Elise Nebout 24 Juil 2015

Quel est le profil des entrepreneurs et des start-ups qui recherchent l’accompagnement d’un accélérateur ? De quelles qualités doivent-ils faire preuve ? Quels sont leurs besoins ? Est-il facile aujourd’hui d’entreprendre ?

 

Elise Nebout a dirigé NUMA Sprint – anciennement Le Camping – l’accélérateur de start-ups du NUMA, pendant trois ans. Aujourd’hui, elle s’occupe de structurer le réseau de mentors en France et à l’international… et a accepté de partager avec nous sa vision de l’entrepreneuriat !

 

Il y a déjà 15 ans d’histoire derrière le NUMA. Née en 2000, sous le nom de Silicon Sentier, cette association non-profit (devenue une société par la suite) était au départ un regroupement d’entrepreneurs décidés à se connecter pour éviter l’isolement. Quelques années plus tard, en 2007, La Cantine – aujourd’hui NUMA Cowork – premier espace de coworking français, a vu le jour. L’idée ? Ouvrir un lieu dans lequel les indépendants et les entrepreneurs peuvent venir travailler, partager et échanger, rencontrer des clients potentiels… ou plus simplement chercher l’inspiration !

 

L’association a ensuite détecté certains entrepreneurs avec lesquels elle a eu envie de pousser plus loin la collaboration, notamment en leur ouvrant un réseau d’experts et en les accompagnant jusqu’à la levée de fond… D’où la création du Camping (aujourd’hui NUMA Sprint). D’abord situé au Palais Brongniart, cet accélérateur a été intégré en 2013 dans le bâtiment du NUMA afin d’opérer davantage de synergies entre les différents projets.

 

NUMA : start-ups et open innovation

 

Numa : coworking, accélération et open innovation !

 

Quelles sont les actions du NUMA en faveur de l’entrepreneuriat ?

 

Elise Nebout : Aujourd’hui, le NUMA, ce sont plusieurs activités liées entre elles. La première, c’est de proposer à de jeunes entrepreneurs des espaces dans lesquels ils peuvent venir travailler, se rencontrer ou organiser des évènements et des meet-ups.

 

La deuxième consiste à travailler en corps-à-corps avec des start-ups sélectionnées et de leur permettre d’atteindre leurs objectifs, qu’il s’agisse de levée de fonds, de croissance ou d’acquisition de clients. C’est là qu’intervient notre accélérateur où des start-ups françaises et étrangères viennent fixer leur roadmap et se développer. Pour cela, nous les connectons avec nos ressources : des mentors – top entrepreneurs, chefs d’entreprises expérimentés ou experts de leur domaine – qui pourront les conseiller mais aussi des corporates, c’est-à-dire des grands groupes avec lesquels les start-ups vont pouvoir faire des tests, imaginer des collaborations ou même signer des marchés.

 

Enfin, nous travaillons avec des grands groupes sur la transformation digitale grâce à l’open innovation. Nous faisons ainsi travailler ensemble deux pans de l’activité économique : les corporates et les start-ups.

 

« A travers la transformation digitale, nous évoluons vers l’entreprise du XXIème siècle, celle qui jongle avec l’intelligence collective, la génération Y, les nouveaux outils et les nouveaux marchés. Les grands groupes ont besoin de se connecter à des écosystèmes innovants tel que celui du NUMA pour réfléchir, tester, interagir, grandir sur tous ces sujets ! »

 

L’objectif du NUMA est donc aussi de faire avancer la société dans cette phase de transition numérique forte, un moment historique et inédit au cours duquel une nouvelle économie est en train de remplacer l’ancienne.

 

« Tous les acteurs de l’économie, main dans la main et de façon intelligente, doivent créer une société économiquement viable, avec une logique d’intégration où la transition numérique est assurée de façon ‘’non violente’’. »

 

NUMA : start-ups et open innovation

 

Le créateur de start-up ? Un homme jeune ayant fait de longues etudes !

Quel est le profil des entreprises que vous accompagnez ?

 

A l’heure actuelle, l’accélérateur du NUMA compte 22 start-ups, entrées en juin 2015 et qui vont rester jusqu’au 30 octobre. Au total, 100 start-ups ont déjà bénéficié d’un accompagnement.

 

En 2014, nous avons épluché les dossiers des 763 entrepreneurs qui souhaitaient intégrer l’accélérateur. Nous avons ainsi constaté qu’il s’agissait de profils plutôt masculins : seuls 11,5 % des candidats sont des femmes, même si nous essayons d’être très proactifs sur ce sujet. La plupart sont relativement jeunes, avec une moyenne d’âge de 27 ans, et ont fait de longues études de commerce, d’ingénierie ou de design dans des grandes écoles comme l’ESSEC ou HEC. 83 % d’entre eux viennent de Paris ou de la région parisienne et 10 % de l’étranger (Etats-Unis, Royaume-Uni, Brésil, Inde…).  S’il s’agit d’une équipe, les fondateurs se connaissent souvent depuis plus de deux ans (64 %) et ont déjà monté plusieurs projets ensemble.

 

Selon vous, quelles sont les qualités qui sont nécessaires à ces entrepreneurs pour mener à bien leur projet ?

 

« Il existe des milliers de profils d’entrepreneurs et de façons d’entreprendre… L’entrepreneuriat est avant tout un état d’esprit ! »

 

Nous rencontrons des profils très divers, avec des motivations qui sont vraiment très différentes. On peut quand même lister quelques qualités essentielles pour entreprendre comme la ténacité, la pugnacité, la confiance en soi, mais aussi le fait de savoir écouter. En fait, le profil du « top entrepreneur » est plus rare qu’il n’y paraît puisque, d’un côté, il faut être extrêmement perméable à l’environnement capable d’écouter les conseils, les signaux faibles, le marché, les clients, les investisseurs… pour ne pas s’enfermer dans des schémas de pensées et pouvoir prendre les bonnes décisions. De l’autre côté, il est nécessaire d’être têtu et arrimé à sa vision : l’entrepreneur est le pilote de son avion, il doit donc être solide, ne pas changer d’avis tous les deux jours et avoir une vision profonde.

 

« Pour entreprendre, il faut presque être un ‘’illuminé’’, c’est-à-dire être habité d’une lumière intérieure qui pousse à continuer même si ce n’est pas facile ! »

 

L’entrepreneuriat est une véritable montagne russe : un jour tout va bien et le lendemain c’est l’inverse ! Cela exige énormément d’énergie et une capacité d’abnégation et de sacrifice assez colossale puisqu’il faut pouvoir mobiliser toutes les ressources possibles pour son entreprise. En résumé, pour monter un projet ex-nihilo, il faut être créatif, déterminé tout en étant ouvert, souple et agile tout en étant solide.

 

Autre point important : il est essentiel de savoir se faire accompagner et aider. Ambition et lucidité sont donc indispensables pour s’entourer des bonnes personnes, celles qui sauront compléter les qualités dont on dispose… C’est difficile, surtout quand on est jeune car la lucidité s’acquiert souvent avec le temps. Parfois, nous voyons des entrepreneurs qui sont un peu trop drivés par leur égo, qui montent leur boîte mais ne supportent pas qu’on les conseille car ils pensent tout savoir sur tout… Résultat : ça ne marche pas ! Cela dit, paradoxalement, il faut quand même des gens qui soient un peu égotiques… Ce qui est aussi une qualité ! L’entrepreneuriat nécessite une bonne dose d’audace et de culot : il faut se lever tous les matins et être son propre moteur.

 

Incubation de start-ups au NUMA

 

De quoi a besoin un entrepreneur ?

 

« L’entrepreneur a besoin de croire en lui et de suivre sa vision… Ce qui implique de la définir très clairement avec ses associés de façon à être raccord collectivement sur cette vision. »

 

Quand les entrepreneurs arrivent à l’accélérateur, la première chose que nous leur proposons, c’est de partir seuls 5 jours dans une maison de campagne et de dessiner leur vision sur le papier sous forme d’un arbre avec ses racines, son tronc, ses feuilles et ses fruits… et d’en discuter ensuite avec leurs associés. Pour moi, la clarification de la vision est donc le premier besoin.

 

Entrepreneuriat : définir sa vision

 

Arrive ensuite un deuxième besoin, qui consiste à construire les différents modèles économiques qui constitueront la structure de la start-up : Comment va-t-on faire de l’argent ? Quels seront les canaux de distribution ? Qui est le client ? Pourquoi achète-t-il ? Quelle valeur ajoutée propose-t-on ?

 

Le troisième besoin, c’est acquérir des clients et tester les hypothèses de développement, une méthode que l’on appelle le lean start-up.

 

« Cela ne sert à rien de dessiner une vision tout seul dans sa grotte pour ensuite se dire que c’est parfait et que l’on va pouvoir se confronter à son marché… Faire des roadmaps sans suffisamment se confronter au terrain est une erreur classique. »

 

Une fois que les hypothèses sont validées et que les premières preuves de traction (« proof of concept ») sont là, arrive un quatrième besoin : la levée de fonds. Pour accélérer et lutter contre les concurrents, souvent nombreux, il faut recruter et pour recruter, il faut de l’argent !

 

Nous accueillons des start-ups qui sont en amorçage, une période qui va de la création de la société jusqu’aux 3 ou 4 ans qui suivent. Cela couvre donc beaucoup de sujets sur le management, le recrutement, la mise en place de process… Nous apportons une communauté de pairs, d’entrepreneurs, qui peuvent donner des conseils et partager des ressources mais aussi de la visibilité, de la crédibilité, de la structuration et de la méthodologie… Le tout, dans un environnement challengeant et porteur !

 

NUMA : open innovation et entrepreneuriat

 

Est-ce que c’est facile aujourd’hui d’entreprendre en France ?

 

Socialement, pendant longtemps, entreprendre était assez marginal. C’est beaucoup plus commun et plus accepté aujourd’hui, notamment grâce aux lieux de l’écosystème numérique : les coworkings et les accélérateurs ont diffusé la « bonne parole » et ont fait que le public, les médias et les politiques se sont ouverts à la culture de l’entrepreneuriat. Cela fait maintenant 15 ans que ces lieux évangélisent et portent la parole entrepreneuriale.

 

Après, si l’existence d’un écosystème très fortement mobilisé facilite la création d’entreprise, c’est finalement l’entrepreneur qui aura le mérite et la capacité à réaliser ses rêves. Or, réaliser ses rêves demande de se battre !

 

« La facilité n’est pas non plus le but, nous essayons de ne pas trop assister nos entrepreneurs car, in fine, c’est à eux de se battre ! »

 

L’entrepreneuriat est une nouvelle façon de concevoir notre société, une conception dans laquelle l’individu est proactif et n’est pas sous la tutelle d’un État qui l’assisterait. Cela correspond d’ailleurs à l’état d’esprit d’une génération Y qui a envie de réaliser des choses, qui aspire à une certaine liberté et qui n’a pas forcément envie de se lever tous les matins pour aller au même bureau !

 

« C’est plus facile d’entreprendre aujourd’hui parce que l’écosystème s’y prête mieux… Mais l’entrepreneuriat reste une véritable aventure ! »

 

En France, c’est particulièrement facile d’entreprendre car beaucoup de structures sont là pour aider : des fonds et des business angels,  des lieux comme des coworkings et des accélérateurs… Avec Berlin et Londres, Paris est dans le top 3 des capitales où il fait bon entreprendre en Europe !

 

 

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Crédit photos : NUMA

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