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EnterNext et Oceasoft : quand la Bourse permet aux PME de voir plus grand !

Econocom 9 Juil 2015

Non, la Bourse n’est pas réservée aux grands comptes et aux multinationales. Les dirigeants de PME en croissance, à la recherche de capitaux, sont de plus en plus nombreux à se tourner vers les marchés financiers. Leur motivation ? Passer à la vitesse supérieure tout en préservant une certaine autonomie dans le pilotage de leur entreprise. C’est en tout cas ce qui a convaincu Laurent Rousseau, fondateur et PDG d’Oceasoft, une entreprise qui fabrique des capteurs intelligents pour l’industrie. Pour son introduction sur les marchés financiers en janvier 2015, il a été accompagné par EnterNext, une filiale d’Euronext  qui vise à promouvoir et soutenir les valeurs moyennes en Bourse.

 

Pourquoi choisir la Bourse plutôt que d’autres modes de financements ? Quelles sont les entreprises qui optent pour cette solution ? Quels changements cela provoque-t-il dans la vie d’une société ? Nous nous sommes entretenus avec Laurent Rousseau et avec Eric Forest, Président-directeur général d’EnterNext.

 

Avant de rejoindre le groupe Euronext  pour le lancement d’EnterNext, Eric Forest était banquier d’affaires et accompagnait déjà des sociétés de valeur moyenne dans leur introduction en Bourse et leur utilisation des marchés financiers. Depuis mai 2013, c’est au sein d’EnterNext qu’il exerce cette même activité. En tout, l’entité s’occupe de 730 sociétés en France, Belgique, Pays-Bas et Portugal pour une capitalisation boursière totale de près de 126 milliards d’euros.

 

Laurent Rousseau est le fondateur d’Oceasoft, une entreprise qui produit des capteurs intelligents et connectés pour le secteur de l’industrie. Véritable précurseur de l’IoT, Laurent Rousseau a créé Oceasoft il y a 15 ans. La société compte aujourd’hui 48 collaborateurs et a été introduite en Bourse en janvier 2015.

 

pourquoi entrer en bourse ?

 

C’est après plusieurs années de salariat que Laurent Rousseau a eu envie de goûter à l’adrénaline que procure l’entrepreneuriat. Ingénieur de formation, il a lancé Oceasoft, une entreprise innovante qui propose aux industriels des capteurs intelligents, qui permettent de transmettre des informations par ondes radio vers des plateformes logicielles. En 2000, pour développer ses premiers produits, il se tourne vers le capital-risque. Treize ans plus tard, alors que son entreprise ne cesse de croître et que les ventes à l’exportation explosent, il ressent le besoin de donner un second souffle à sa société :

 

« Si une entreprise n’est pas toujours en mouvement, elle est vouée à disparaître. Il faut toujours avancer, avoir une vision, une stratégie et des projets à mener… Et, souvent, cela exige des moyens financiers ! »

 

En 2013, le chef d’entreprise est face à trois possibilités : faire appel à un capital-développement, ouvrir le capital de la société à un industriel ou choisir l’introduction en Bourse. Après un an de réflexion, c’est vers cette dernière solution que Laurent Rousseau se dirige :

 

« La Bourse permet de lever des capitaux importants tout en préservant le dirigeant dans son outil de contrôle. Nous travaillons beaucoup à l’export, notamment vers les Etats-Unis et l’introduction en Bourse nous permet de rassurer les grands groupes américains sur la solidité de notre entreprise. Pour nos partenaires, c’est une preuve de maturité et de professionnalisme qui nous donne une certaine légitimité. Autre avantage : la communication autour de cette introduction nous assure une visibilité accrue. »

 

Bien sûr, toutes les sociétés qui choisissent l’introduction en Bourse n’ont pas des parcours identiques à celui d’Oceasoft. Pour Eric Forest, Président-directeur général d’EnterNext, s’il est difficile de définir un profil type, elles partagent quand même un point commun : celui d’être arrivées à un certain stade de maturité. Bien que toutes n’aient pas les quinze ans d’ancienneté d’Oceasoft, elles existent au moins depuis 3 ou 4 ans et ont déjà franchi différentes étapes :

 

« Pour venir sur les marchés financiers et convaincre les investisseurs de s’intéresser à la valeur, il faut être en mesure de leur présenter un parcours de croissance et de développement. »

 

L’ancien banquier d’affaires constate également que les sociétés technologiques innovantes sont de plus en plus nombreuses à s’intéresser au financement par les marchés… Un phénomène assez logique, puisque ces sociétés supportent souvent une forte croissance et que les marchés financiers peuvent les aider dans leur développement.

 

 

« La Bourse nous a permis de voir plus grand »

 

Avant de se lancer, Laurent Rousseau a mené avec EnterNext une étude complète de faisabilité. En effet, comme l’explique Eric Forest, si entrer en Bourse nécessite de lever au minimum 2,5 millions d’euros lors de l’introduction, il est également nécessaire de réaliser qu’il s’agit d’un choix structurant pour l’entreprise :

 

« Quand on vient en Bourse, on s’inscrit dans la durée. L’entreprise nouvellement cotée a des obligations de communication et de transparence auprès des investisseurs qui lui ont fait confiance lors de l’introduction. C’est un véritable changement de dimension qui oblige ces entreprises à bien structurer leur stratégie et leur message… C’est en quelque sorte la contrepartie du capital que les investisseurs lui ont permis de lever. »

 

Néanmoins, l’arrivée sur les marchés financiers n’a pas modifié grand-chose dans le quotidien d’Oceasoft ou dans la façon de travailler de son PDG. Ce qui a changé, c’est l’accélération des projets :

 

« La Bourse nous a permis de voir plus grand et nous a donné les moyens financiers d’assurer des projets plus ambitieux. Il faut faire attention, car c’est de l’argent que l’on nous a confié, nous sommes donc vigilants et lucides sur nos choix… Mais cela nous donne l’opportunité de réaliser des projets stratégiques pour l’entreprise. En ce moment, grâce aux capitaux boursiers, nous sommes par exemple en train de nous implanter aux Etats-Unis. »

 

Le chef d’entreprise note également les nombreuses sollicitations de la presse, spécialisée ou généraliste, preuve de la visibilité apportée par l’entrée en Bourse. Bénéfice collatéral : cette émulation permet à la société d’attirer de nouveaux talents… et de stimuler la motivation des équipes.

 

Dans la plupart des cas, l’introduction en Bourse se fait dans une logique de diversification des sources de financement, qu’il s’agisse de fonds propres, de crédit bancaire ou de capital-investissement. Le rôle d’EnterNext est  donc crucial, non seulement auprès des entrepreneurs, mais également auprès des investisseurs puisque, pour qu’il y ait un marché, il doit y avoir une offre mais aussi une demande.

 

La filiale d’Euronext s’attache à développer l’information disponible et à renforcer la visibilité des PME/ETI tout en endossant un costume de « facilitateur » consistant à faire se rencontrer entreprises et investisseurs. EnterNext intervient également auprès des banquiers, avocats, commissaires aux comptes ou experts-comptables qui accompagnent les entreprises dans leurs problématiques de financement pour venir ainsi vraiment structurer et animer l’ensemble de l’écosystème. Elle a aussi des relations avec les incubateurs, accélérateurs ou encore pépinières où grandissent les jeunes pousses innovantes : un certain nombre d’entre elles pourrait, à court ou moyen terme, envisager d’utiliser les marchés financiers.

 

« La Bourse, c’est à la fois simple et compliqué »

 

L’entrée en Bourse d’Oceasoft s’est faite à un moment où l’entreprise avait déjà fait ses preuves : concept éprouvé, chiffre d’affaires constitué de 50% de ventes à l’export et croissance atteignant les 25%. Pour son dirigeant, innovation, export et croissance sont d’ailleurs les trois clés de la réussite d’une introduction sur les marchés. Introduction qui, dans le cas d’Oceasoft, s’est faite après qu’EnterNext ait effectué toute une démarche de validation et se soit assuré que l’entreprise avait toutes les cartes en main pour que l’opération soit un succès.

Pour Laurent Rousseau, les six mois ayant précédé l’entrée en Bourse ont été intenses et ont exigé une grande implication du dirigeant et de son directeur financier :

 

« La Bourse, c’est à la fois simple et compliqué. Simple dans la mesure où toutes les étapes sont très normées et formatées et compliqué dans sa réalisation. »

 

Si l’entrepreneur avait déjà une bonne compréhension des marchés, côté EnterNext, il est parfois nécessaire de faire preuve de beaucoup de pédagogie. Les équipes d’EnterNext doivent alors effectuer un véritable travail d’éducation auprès des entreprises qui ne sont pas encore cotées :

 

« On observe un vrai besoin d’explication et de clarification autour des marchés financiers : le degré de connaissance de ce segment est très variable. »

 

Une fois la société introduite, EnterNext continue à l’accompagner dans son parcours boursier, pour l’informer de l’activité des marchés et l’aider à comprendre ce qui se passe sur son titre mais aussi pour réfléchir avec elle à la façon dont elle peut utiliser ces marchés.

 

Entreprendre, une histoire de volonté et de perséverance…

 

Au final, même si l’opération a été longue et a exigé beaucoup de travail, Laurent Rousseau ne regrette pas d’avoir choisi la Bourse. Il faut dire que le chef d’entreprise est opiniâtre… Une qualité qu’il estime nécessaire lorsqu’il s’agit de se lancer dans la grande aventure de l’entrepreneuriat. Un avis partagé par Eric Forest, qui évoque la volonté et la ténacité qualités indispensables aux futurs entrepreneurs, tout en relativisant :

 

« Concernant l’accès au financement, cela va mieux. Aujourd’hui les solutions possibles sont plus nombreuses et diversifiées. »

 

Autre point important pour le PDG d’Oceasoft : l’humilité qui doit pousser les entrepreneurs à s’entourer et à aller chercher des conseils… Même s’ils doivent garder à l’esprit que « les conseilleurs ne sont pas les payeurs » et que c’est toujours le chef d’entreprise qui paiera le prix d’un mauvais conseil. Lors de la création de sa boîte, Laurent Rousseau avait d’ailleurs choisi d’intégrer une pépinière, ce qui lui a permis d’éviter beaucoup d’erreurs :

 

« Si je devais donner un conseil aux entrepreneurs, je leur dirais de ne surtout pas avancer seuls ! »

 

 

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Crédit photo : Claude Attard – La Défense / Flickr.com / Licence CC BY 2.0

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