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Eric Legale d’Issy-les-Moulineaux: « L’innovation est dans notre ADN »

Eric Legale 28 Avr 2015

A Issy-les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine, les enfants apprennent avec des vidéos interactives, leurs parents payent le stationnement depuis leurs smartphones et les seniors entraînent leur mémoire grâce à un robot. Si cette ville de plus de 65 000 habitants fait partie des plus connectées de France, elle a aussi déjà bien entamé sa réflexion sur la thématique de la smart city : ouverture des données, mise en place d’un smart grid, projets de smart mobilité… Découverte et entretien avec Eric Legale, Directeur Général d’Issy Média, l’entreprise publique locale en charge de la communication et des projets d’innovation de la ville.

 

Issy-les-Moulineaux, ville connectée

 

issy-Les-Moulineaux, une ville totalement Digital for all now !

Quand on évoque la ville intelligente, on pense souvent à Issy-les-Moulineaux, pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Eric Legale : A Issy-les-Moulineaux, nous avons démarré notre stratégie numérique il y a très longtemps : cette année, nous célébrons le 20ème anniversaire du premier pont d’accès Internet gratuit pour les habitants. Nous avons toujours investi dans le numérique pour développer notre tissu local et pour renforcer notre attractivité économique en attirant de nouvelles entreprises et de nouveaux habitants. L’innovation est dans notre ADN : nous cherchons à conserver le temps d’avance dont nous profitons en expérimentant, en étant pragmatiques et en accompagnant les usages auprès de nos habitants.

 

Quelles sont les innovations dont peuvent dès maintenant profiter les isséens ?

Aujourd’hui, un habitant d’Issy-les-Moulineaux peut accéder à tous ses services administratifs en ligne : tout ce qui est possible d’une manière numérique est à sa disposition. Il peut par exemple payer la cantine de ses enfants par Internet, réserver les créneaux des centres de loisirs le mercredi après-midi ou le week-end, payer son stationnement avec son téléphone mobile ou emprunter un DVD dans une des médiathèques de la ville et le retourner un dimanche soir s’il le souhaite grâce à un système de remise électronique. A l’école, les enfants travaillent avec des vidéos numériques interactives. Cette semaine, nous venons aussi de mettre à disposition des seniors de la ville un robot NAO qui fait avec eux des cours de gymnastique et des exercices de mémoire.

« Des services numériques sont proposés dans tous les secteurs d’activité, pour toutes les catégories de population, pour tous les âges. »

En ce moment, nous travaillons beaucoup sur les projets de mobilité en testant notamment des applications smartphone qui permettent aux habitants de rechercher une place de stationnement, d’utiliser un parking privé ou encore de visualiser les bus en temps réel et donc de pouvoir attraper le leur parce qu’il arrive au coin de la rue.

 

Comment les habitants d’Issy-les-Moulineaux vivent-ils la digitalisation de la ville ?

La population est massivement connectée à Internet et ce, depuis maintenant de longues années. Les habitants sont très utilisateurs et très demandeurs : si les gens se plaignent, ce n’est pas en raison des services proposés, c’est plutôt parce qu’ils n’ont pas encore suffisamment de très, très haut débit (Issy-les-Moulineaux sera néanmoins la première ville de plus de 50 000 habitants à être fibrée à 100% à la fin de cette année). Concernant les services numériques, les gens les utilisent à leur rythme, s’ils en ont besoin :

« Notre envie, ce n’est pas d’imposer, c’est de dire : ces services numériques existent et peuvent vous faciliter la vie, vous pouvez les utiliser ou non… C’est très pragmatique comme stratégie. »

 

Quelle est la politique de la ville en matière d’open data ?

Nous avons démarré notre stratégie open data il y a maintenant trois ans. Nous avons commencé par les données du budget municipal… L’acte le plus fort qu’une municipalité puisse faire !  Nous venons récemment de nous doter d’une nouvelle plateforme, via Open Data Soft,  pour faciliter la visualisation des données. En effet, l’une des principales difficultés de l’open data, c’est qu’il s’agit de données brutes ! Aujourd’hui, plusieurs dizaines de jeux de données sont en ligne et nous travaillons pour mobiliser les habitants et les développeurs.

 

Issy-les-Moulineaux

 

la smart city ne doit pas être une vision uniquement technique

Comment définiriez-vous la smart city ?

Il existe plusieurs définitions de la smart city. Celle que j’aime le plus, c’est celle du bon sens :

« Pour nous, une smart city, c’est une ville qui est soucieuse de son environnement, qui est capable d’éviter la congestion en matière de transports, qui maitrise ses consommations en matière d’énergie et d’eau et qui est dotée de moyens de communication qui facilitent l’accès des citoyens à l’ensemble de ses services. »

On cite parfois les 6 leviers qu’ont les villes pour devenir intelligentes. Parmi ces leviers, celui que je préfère, c’est celui du social : la smart city, c’est d’abord une communauté d’hommes et de femmes qui doivent avoir accès à l’éducation, à la culture et à des services. Ensuite, avec les infrastructures et grâce au numérique, on peut améliorer la gestion de la ville, sa consommation énergétique et ses transports. D’ailleurs, dans le futur, c’est vraiment ça qui fera la différence entre les villes connectées et les autres : dans les villes connectées,  nous aurons sensibilisé la population à la consommation énergétique et lui aurons donné les outils nécessaires pour la maitriser.

Je vais prendre un exemple très concret. Depuis maintenant trois ans, nous avons un projet qui s’appelle Issy Grid. Au départ, il consistait à voir comment, au niveau d’un immeuble de bureaux, on pouvait économiser de l’électricité lors des pics de consommation. Aujourd’hui, ce dispositif est en train de s’élargir aux logements, notamment au Fort d’Issy. Dans cet éco-quartier, tous les habitants disposent d’un système de domotique qui leur permet de visualiser leur consommation d’électricité et donc de pouvoir agir pour, par exemple, réguler la température plus facilement. Ils peuvent ainsi faire baisser leur consommation et donc le montant de leurs factures. Dans le domaine des transports, on travaille sur le sujet et on essaye de montrer l’exemple. Avec le numérique, il y a une opportunité intéressante pour réduire les embouteillages et donc améliorer la qualité de l’air et lutter contre la pollution et le changement climatique…

« Notre vision à nous, c’est de penser que la smart city ne peut se faire que s’il y a une coopération entre public et privé particulièrement forte car personne aujourd’hui n’est capable de la mettre en œuvre seul. »

Issy Grid a été mis en place grâce à un consortium de dix grandes entreprises qui vont de Bouygues à Microsoft en passant par Total, EDF ou Schneider Electric. Concernant les transports, nous sommes encore à l’étape de réflexion mais nous travaillons avec beaucoup de start-ups et nous réfléchissons aussi avec des grands groupes comme Cisco, Microsoft ou Transdev

 

Pouvez-vous déjà mesurer les premiers résultats des actions mises en place ?

C’est encore difficile de faire ça. Le meilleur résultat, c’est le fait qu’en 20 ans, le nombre d’emplois à Issy-les-Moulineaux a plus que doublé, que le nombre d’habitants a augmenté de 35% alors que nos taxes d’habitation ont baissé elles, de 30%. Cela permet de démontrer, chiffres à l’appui, qu’en investissant dans le numérique, on assure un développement économique et social qui est performant. La smart city, c’est un concept nouveau. L’énergie, ça fait trois ans, les transports, c’est encore tâtonnant… Il faut se laisser le temps de produire des résultats.

 

Où situeriez-vous la France par rapport aux autres pays, sur la thématique de la smart city ?

Il n’existe pas d’exemples vraiment probants de smart cities dans le monde : les exemples qu’on montre comme étant les plus réussis sont en général des projets qui sont sortis de nulle part, c’est-à-dire des villes nouvelles, souvent en Corée du Sud ou dans la péninsule arabique. Ce sont des villes qui sont techniquement performantes mais qui n’ont pas d’âme. Une ville, c’est d’abord les hommes et les femmes qui y vivent, ce sont eux qui font ce qu’elle est. Si vous construisez juste des buildings avec beaucoup de connexions et que vous y mettez ensuite des humains, c’est froid.

« Quand on parle de villes intelligentes, il faut insister sur le fait qu’on construit d’abord une ville pour les habitants et non pas pour se faire plaisir. On ne fait pas une ville assistée par ordinateur mais on met en place des outils qui permettront d’être plus efficaces et de faciliter la vie des citoyens. Je crois qu’il faut répéter ça en permanence : la smart city n’est pas une vision technique mais un lieu de vie qui, grâce au numérique, devient plus performant. »

Aujourd’hui, les projets de smart grids se multiplient un peu partout, des projets de smart mobilité sont en train de se mettre en place… Ça fait 20 ans qu’Internet existe, dans le monde, il y a maintenant plusieurs milliers de collectivités qui sont avancées en termes d’usages numériques…  Et la France est aujourd’hui dans la bonne moyenne !

 

 

Pour aller plus loin :

Cit’Ease de GDF SUEZ : « Accompagner les villes dans la transformation numérique de leur territoire »

Jean-Louis Missika : « Une smart mairie pour une smart city »

Laurent Kocher de Keolis : « Le travail en open source avec les voyageurs nous permet d’améliorer nos services dans la ville »

 

 

 

 

 

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