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Exhauss, exosquelettes de travail : « L’engouement contre la résistance au changement »

Econocom 13 Mai 2015

Bientôt, tous des « Iron Man » ?  Peut-être. Aujourd’hui, le concept d’homme augmenté, c’est-à-dire aux performances améliorées par la technologie, est devenu une réalité.

Exhauss est la première société au monde à commercialiser des exosquelettes de travail. Ces structures d’assistance à l’effort sont destinées à renforcer les capacités physiques des travailleurs tout en préservant leur capital santé. Les exosquelettes Exhauss se présentent sous la forme de harnais mécaniques ou électromécaniques qui, une fois portés, donnent aux ateliers ou chantiers des allures de films de science-fiction.

Comment fonctionnent ces exosquelettes ? Comment convaincre entreprises et salariés de bouleverser leurs habitudes de travail ? Comment lutter contre les résistances au changement ? Réponses avec Pierre Davezac, Directeur Général d’Exhauss.

 

 

Des exosquelettes pour prévenir les troubles musculo-squelettiques

Pouvez-vous nous présenter votre activité et vos produits ?

Pierre Davezac : Une de nos particularités vient de notre histoire. Exhauss est une marque de la société L’Aigle, le seul fabricant français de stabilisateurs de caméras pour le cinéma et la télévision… En fait, cela fait 12 ans que nous fabriquons des exosquelettes qui n’en avaient pas encore le nom !

« La grande spécificité de notre approche, c’est que nous utilisons notre savoir-faire en mécanique pour faire des exosquelettes qui sont déjà fonctionnels plutôt que de passer par des techniques encore immatures à ce jour comme la robotique, l’hydraulique ou l’électrique… Ces techniques sont encore dans des phases de laboratoire alors que nous sommes déjà en phase commerciale depuis quasiment deux ans. »

Nous avons plusieurs modèles. Le plus simple, le modèle H (Hanger) est une potence installée sur un harnais porté par l’opérateur de manière à le transformer en une sorte de grue humaine. Il peut ainsi mettre en suspension devant lui n’importe quel outil de travail ou charge à transporter avec une sensation d’absence totale d’effort physique. Nous déclinons ce modèle avec un treuil électronique : L (Lifter) permet d’arrimer une charge au sol pour ensuite la voir se soulever devant soi simplement en appuyant sur un bouton.

Exosquelettes de travail EXHAUSS

D’autres modèles sont interfacés avec les membres de l’opérateur. Avec l’exosquelette W (Worker), les bras sont portés et renforcés par la structure mécanique. L’opérateur peut donc effectuer toutes ses tâches quotidiennes et manipuler des outils de travail sans en ressentir le poids… Ce qui donne une sensation de confort assez étonnante ! Le tout dernier modèle, le S (Stronger)  est lui mécatronique, c’est-à-dire qu’on trouve au niveau des bras une balance (ou peson) associée à une carte électronique, un moteur et une batterie. Ainsi, lorsque l’opérateur saisit quelque-chose, le poids est mesuré et des petits moteurs sont actionnés pour adapter la capacité de portage mécanique des bras.

« Quand l’opérateur est à vide, les « exobras » n’ont aucune force et, dès qu’il saisit un objet, l’exosquelette augmente sa force pour lui permettre de porter sans aucun effort. »

Pour le moment, nous nous occupons des parties les plus faibles et les plus fragiles du corps, les bras et le dos, mais cela va changer d’ici la fin de l’année puisque que nous allons rajouter des jambes mécaniques pour faire des exosquelettes « complets ».

 

BTP, logistique, automobile… Un carnet de commandes bien rempli !

Qui sont vos clients ?

La plupart du temps, ces programmes sont assez confidentiels. Le premier secteur à avoir passé commande, c’est le BTP. Nous travaillons aussi avec des acteurs importants de l’industrie automobile, de la logistique, notamment des enseignes de grande distribution, et avec beaucoup d’entreprises qui font de la manipulation répétitive. Nous avons aussi comme clients des préparateurs de commande du domaine de la cosmétique : ils mélangent des produits et doivent donc porter des seaux de matières chimiques plutôt pesants…

« Notre spectre de clients est très large puisqu’il y a dans pratiquement toutes les sociétés un moment où quelqu’un porte quelque chose de lourd. »

Dans la majorité des cas, nous avons affaire aux chargés HSE (Hygiène, sécurité, environnement) ou QSE (Qualité, sécurité, environnement) ou à des ergonomes… Bref, des gens qui sont payés pour faire de la veille technologique. En général, le contact vient d’un pilote de projet au sein de l’entreprise et est suivi d’un processus d’achat, souvent extrêmement long.

 

Lutter contre la résistance au changement

Quels sont les freins que vous devez lever ?

« Quand nous nous déplaçons pour présenter nos solutions, nous nous retrouvons face à des dizaines de cadres, HSE, QSE, CHSCT, médecins, ergonomes, direction des achats, directeurs d’usines… qui sont réunis pour améliorer les conditions de travail des salariés… Et c’est souvent ce dernier qui dit «  Oh non, je ne veux pas me mettre ça sur le dos ! ».

Il existe vraiment un a priori sur les exosquelettes, en tout cas chez certaines populations. Les jeunes sont davantage sensibilisés au fait de protéger leur santé et ont souvent vu des films de science-fiction comme Iron Man ou Alien… Ils sont donc plus réceptifs. Pour les gens qui travaillent depuis 10 ans ou plus avec les mêmes habitudes, le parcours est beaucoup plus long. Pour faire accepter les exosquelettes, on se repose sur les équipes d’encadrement.  Le changement se fait en douceur avec une présentation du concept et des journées au cours desquelles les personnels peuvent venir essayer les exosquelettes et donner leurs avis…

 

Assurez-vous la formation des personnels ?

Nous nous déplaçons systématiquement pour faire une mise en place des exosquelettes sur site. Nous assurons quelques briefs techniques le fonctionnement du matériel  et faisons beaucoup d’éducation posturale. Très souvent, nous remarquons les mauvaises habitudes qui sont implantées et que, finalement, plus personne ne voit.

« La mise en route des exosquelettes s’accompagne d’une réflexion sur la manière de travailler. »

Récemment, nous avons mis en place un exosquelette pour un sableur qui tenait une lance assez lourde. Ce sableur avait déjà à sa disposition une table élévatrice pour faire tourner ses pièces sur elles-mêmes mais il ne s’en servait pas, il préférait se contorsionner ! Lors de cette formation, nous avons insisté sur le fait que l’exosquelette permettait d’être soulagé du poids de la lance mais nous avons aussi alerté sur la nécessité de se servir du matériel disponible.

 

Avez-vous des premiers retours d’utilisation ?

Oui, nous en avons beaucoup. Notamment un exemple assez parlant dans le milieu du BTP. Un salarié devait poncer les 1 000 mètres carrés  du plafond du lobby d’un palace parisien. Ce ponçage devait se faire à la main pour une meilleure qualité de finition… Un travail absolument terrible ! Avant l’exosquelette, la personne ponçait 10 ou 15 minutes bras levé et faisait ensuite 20 minutes de pause… Ce qui donnait environ 4 mètres carré de plafond poncé par jour. Grâce à l’exosquelette, les chiffres sont plutôt de 18 mètres carré par jour, sans forcer. Le fait de ne plus se fatiguer les bras dans cette position très difficile a permis au salarié de travailler beaucoup mieux et beaucoup plus vite, donc avec un meilleur rendement. On nous a raconté qu’avant, le soir, il rentrait chez lui et se jetait sur le canapé absolument exténué… Alors qu’aujourd’hui, il s’occupe de sa famille !

 

Avez-vous des concurrents sur ce marché ?

« Dans le monde, nous sommes les seuls à faire ce que nous faisons. » 

Il existe des gens qui sont sur le thème des exosquelettes mais  plutôt avec une approche thérapeutique ou médicale, c’est-à-dire pour permettre à des gens qui sont sur un fauteuil roulant de se remettre à marcher. Il y aussi tout ce qui est militaire avec l’américain Sarcos ou l’université de Berkeley … Nous sommes les seuls à œuvrer pour les travailleurs d’aujourd’hui, pour ces gens qui s’abiment vraiment la santé… Mais nous savons bien que la concurrence ne va pas tarder à arriver !

 

Demain, les particuliers seront-ils tous équipés d’exosquelettes pour effectuer chez eux des travaux d’entretien ou de bricolage ?

Nos exosquelettes coûtent entre 4 et 10 000 euros. Ça rentre dans les budgets des entreprises mais, pour les particuliers, c’est une somme conséquente… Donc, l’essor de l’exosquelette dépendra du déploiement sur le terrain car c’est ce qui fera baisser les prix.

« Techniquement, nous sommes prêts mais il faut aussi habituer l’œil à voir quelque chose d’aussi spécial que les exosquelettes dans les usines ! »

 

 

Pour en savoir plus :

De l’industrie aux services, le « savoir-faire » des robots évolue

Et si votre futur collaborateur était un « cobot » ?

Un robot mobile dans les hôpitaux américains

 

Crédit photo : wwwuppertal – Iron man / Flickr.com / Licence CC BY-NC 2.0

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