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Foundation, ingénierie numérique pour le bâtiment : « Il y a encore un an et demi, on nous prenait pour des fous »

Vincent Barué 25 Mar 2015

Cela fait presque 10 ans que Vincent Barué s’intéresse à l’ingénierie numérique. Architecte de formation, il s’appuie sur les principes du BIM  – Building Information Modeling, un ensemble de processus visant à modéliser de façon intelligente les données liées à un bâtiment – pour concevoir des maquettes numériques pour les bâtiments, infrastructures et territoires. Au confluent de l’ingénierie et des nouvelles technologies, Foundation, l’entreprise qu’il a créée avec son associé Nicolas Boutet, produit de véritables supports dynamiques de conception, de gestion et d’exploitation des bâtiments. Sur des projets comme l’université de la Citadelle d’Amiens, l’extension de Roland-Garros, l’Art Institute de Chicago ou le nouveau Palais de Justice de Paris, Foundation a collaboré avec des grands noms de l’architecture comme Renzo Piano ou Christian de Portzamparc. A l’occasion du salon BIM World qui se déroule les 25 et 26 mars à Paris, nous avons interrogé Vincent Barué sur son activité.

 

 

L’ingénierie numérique au service de l’architecture et de la MAÎTRISE d’ouvrage

En quoi consiste votre métier ?

 

Nous proposons des bases de données en 3D pour les bâtiments. C’est-à-dire que nous créons des maquettes numériques dans lesquelles nous modélisons et géoréférençons l’ensemble des informations de chaque élément d’un projet (mur, porte, fenêtre…) : Qui l’a construit ? Dans quel matériau ?  Quand a-t-il / va-t-il être réalisé ? Quel est son coût ? Quelle est sa durabilité ?

 

Cela peut aller très très loin dans le niveau de détail : de la modélisation des fluides circulant à l’intérieur du bâtiment jusqu’au renseignement de la composition du caoutchouc d’un vitrage.

 

 

Modélisation 3D de la Tour Montparnasse

Modélisation 3D de la Tour Montparnasse : chaque élément de construction est détaillé

 

 

Modéliser un projet demande du temps mais le ROI est là : grâce aux modèles numériques, on peut par exemple savoir combien va coûter la réalisation d’un projet et comment un bâtiment va se comporter structurellement une fois terminé.

 

 

Pourquoi avoir choisi le nom de Foundation ?

 

Parce que nous sommes des geeks fans de science-fiction ! Il était donc naturel pour nous de s’inspirer de la série de romans d’Isaac Asimov. Le Cycle de Fondation raconte l’histoire d’un scientifique qui amalgame énormément d’informations pour en faire une encyclopédie grâce à laquelle il est ensuite capable d’anticiper les comportements. C’est aussi ce que nous faisons : nous agrégeons et structurons l’information dans des bases de données 3D pour anticiper les comportements acoustiques, thermiques ou encore économiques d’un bâtiment.

 

 

Comment en êtes-vous venu à faire de l’ingénierie numérique ? 

« Il y a encore un an et demi, on nous prenait pour des fous. Les gens ne comprenaient pas ce dont on parlait » 

Un de nos points de démarrage, c’est ce qu’on appelle le BIM, un processus de travail collaboratif autour d’un modèle numérique. Pendant 8 ans, c’est ce que nous avons fait, sur des grands projets comme le Parc des Princes, Roland-Garros ou le stade de l’Euro 2016.

 

> A lire aussi : Le #BIM ou la « Carte Vitale » digitale du bâtiment

 

Notre parcours est atypique dans la mesure où, avec une petite équipe, nous avons rapidement fait face à des projets d’envergure. Nous avons donc dû trouver les moyens de créer et de paramétrer des bases de données tout en déployant des moyens d’aide à la conception pour les architectes et les ingénieurs. Concrètement, pour la conception de stades, cela voulait dire créer des outils qui calculent le nombre de places, les coefficients de visibilité des spectateurs ou encore alertent sur les temps d’entrée et de sortie.

 

Foundation_parc_des_princes

Modélisation 3D du Parc des Princes

 

 

Qu’est-ce que l’ingénierie numérique change par rapport aux méthodes de travail traditionnelles ?

 

Les maquettes numériques évitent de tout devoir construire en 2 dimensions. Avant, quand un architecte voulait déplacer une porte, il fallait la déplacer dans la coupe, dans l’élévation, dans le plan… Ce type de calcul ne pouvait pas être automatisé, le temps de conception était donc beaucoup plus long. Nous, nous offrons des outils qui permettent d’accélérer la production pour que les architectes puissent se concentrer davantage sur la conception et donc sur l’originalité et la qualité de leurs projets. C’est un peu comme si, lors de la phase de conception, vous pouviez construire virtuellement votre projet avant de le faire physiquement. Du coup, on évite les aléas, erreurs, omissions. Aucune incohérence géométrique n’est possible puisqu’on travaille en 3D.

 

Par ailleurs, quand on travaille de façon traditionnelle, au début, on ne produit pas beaucoup et après, il faut sans cesse ressaisir le projet : le plan dessiné par l’architecte doit l’être également par l’ingénieur… Pour finalement arriver à une quantité de plans très importante. Avec les maquettes numériques, tout le monde travaille autour d’un même modèle central et a donc accès à la même information, au même moment.

 

 

Fondation_tour_Danube

Maquette numérique de la Tour Elithis Danube à Strasbourg

 

 

LE BIM ne doit pas s’arrêter aux phases de construction

 «  Nous sommes appelés à tous les points de démarrage d’un projet. »

Amalgamer et structurer autant d’informations pour servir uniquement à la construction, c’est dommage. Nos maquettes sont de véritables avatars numériques, c’est-à-dire qu’elles sont le reflet synchrone du bâtiment réel et permettent de le suivre tout au long des étapes de sa vie : de la conception à l’exploitation, en passant par la construction et la commercialisation. Grâce à cet avatar numérique, les clients accèdent très rapidement à une information fiable et constamment mise à jour.

 

Faciliter le travail d’exploitation

 

L’exploitation constitue 75% du cycle de vie d’un bâtiment. Or, nos maquettes numériques peuvent servir de bases de données d’exploitation foncière. En cliquant sur un logement, on peut savoir qui y habite, depuis quand et à quel coût. Les exploitants obtiennent donc les informations relatives à leur parc d’un simple clic. Nous pouvons aussi mettre en place des systèmes d’alerte : quand les extincteurs devront-ils être remplacés ? Y’a-t-il eu un changement de norme ?

 « On ne vend pas du BIM, on vend des services. »

Ce qui est long à faire, c’est de modéliser et de structurer la base de données d’un projet. Une fois que c’est fait, nous pouvons développer des services et des plus-values complémentaires, comme par exemple des passerelles vers les logiciels métiers de nos clients et le déploiement d’éléments technologiques : facility management, applications smartphones… Ces services sont là pour accompagner le client tout au long du cycle de vie du projet, comme un fil d’ariane numérique. Le but est toujours de lui permettre de gagner beaucoup de temps… et d’argent. 

 

Rendre le virtuel plus palpable

Pour que nos clients comprennent immédiatement l’information, nous habillons les modèles bruts avec des ombres et des lumières. C’est important : nous centralisons beaucoup d’informations mais il faut bien rendre le virtuel palpable.

«  Nous avons embauché deux développeurs de jeux vidéo. »

Nous proposons aussi de la réalité virtuelle afin que les gens puissent naviguer dans nos maquettes en temps réel à l’échelle 1. En mettant le casque, ils sont immergés à l’intérieur du bâtiment et peuvent apprécier les hauteurs sous plafond, la réaction des matériaux à la lumière… Cela permet une véritable anticipation du niveau de confort et de fonctionnalité du projet, aussi bien lors de la conception que lors de la commercialisation

 

 

Visite d’une maquette grâce à un casque d’immersion 3D

Visite d’une maquette grâce à un casque d’immersion 3D

 

 

Rencontrez-vous des freins ou des réticences lors de la mise en place de ce type d’outils ?

 

Ce que nous faisons se pratique déjà dans des industries comme l’aéronautique, l’aérospatiale ou l’automobile mais nous avons du mal à le mettre en place dans le bâtiment car c’est un secteur où on fonctionne en silos de compétences.

« Il y a une vraie appétence pour le BIM mais tout le secteur doit évoluer. »

Les acteurs, qu’il s’agisse des architectes, ingénieurs ou économistes, ont tendance à être réfractaires car leurs habitudes sont bouleversées, notamment en termes de prises de responsabilité, de structuration des agences, d’équipements, de formations…. Or, pour fiabiliser les maquettes numériques, il faut que tous les intervenants puisse avoir une lecture globale et une compréhension des protocoles amont et aval du projet. Foundation accompagne tous les corps de métiers, quel que soit le point du cycle de vie du projet… Pour arriver au digital for all now, il faut éduquer le marché !

 

 

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