Digital for all now

Franck Mirabelli, le digital maker qui promet de révolutionner l’éclairage public

Franck Mirabelli 20 Nov 2014

« Notre ampoule consomme trois fois moins que les autres, elle est plus performante, plus intelligente grâce au digital, elle voit, elle entend, elle parle, elle renifle… »

 

L’emballement pointe lorsque Franck Mirabelli, 58 ans, patron de Ledex (entreprise familiale spécialisée dans l’éclairage urbain et les projecteurs de terrains sportifs), décrit son invention ! Et il a raison : oui, son ampoule intelligente existe bel et bien et promet le « Digital for all now » pour les communes, les habitants, mais aussi l’État. À condition que les investissements suivent et que les responsables politiques mettent de la lumière à tous les étages. Car dans un monde toujours plus connecté, « ils doivent reconnaître les meilleures inventions made in France et les propulser sur le devant de la scène pour pouvoir se revendiquer nation numérique » assure Franck Mirabelli.

 

Une ampoule intelligente grâce aux savoir-faire « made in France »

En 2010, celui qui fut fabricant d’enseignes lumineuses chez Leclerc durant trente-deux ans et qui a connu vingt années d’expérience dans le domaine de la LED (un composant électronique capable d’émettre de la lumière lorsqu’il est parcouru par un courant électrique) n’imaginait pas que son projet d’ampoule du futur prendrait « une telle envergure ». Tout a commencé par hasard, avec un verre d’huile laissé par sa femme dans son atelier.

« J’ai alors plongé une LED dedans et j’ai remarqué que le bas du verre s’éclairait énormément. Plus je descendais, plus le verre s’illuminait en bas. Je me suis dit qu’il fallait creuser l’idée. »

Il prend ainsi une seringue servant à faire des piqûres aux chevaux, la remplit d’huile et de plusieurs LED, et lui colle un culot d’ampoule E40. Le prototype en main, il file vers la Chine pour commencer à industrialiser sa lumineuse invention. « Les Chinois ont bien compris ce que je voulais mais la qualité ne fut pas au rendez-vous », regrette le créateur. Retour donc dans l’Hexagone et coup de foudre avec la société française Horizon Telecom, 31 salariés, spécialisée dans la miniaturisation de circuits imprimés.

« À l’origine, mon ampoule a été créée pour s’allumer et s’éteindre, avec 50% d’énergie consommée en moins par rapport à une ampoule classique. Horizon Télécom m’a dit que je pouvais faire mieux que ça. En installant une caméra, un détecteur sismique, un GPS… »

C’est donc grâce au made in France que cette ampoule intelligente existe, puisque la société Altilum s’ajoute au duo tricolore, petite structure de huit salariés experte en télédétection nocturne des éclairages publics par hélicoptère.

« Les Français sont bien plus innovants que la plupart de nos voisins, mais nous manquons clairement de moyens. Et d’une réelle volonté politique. Pour avoir un rendez-vous avec un élu, il faut se lever de bonne heure… En fait, personne ne veut prendre de risque financier en investissant dans le numérique, chacun reste sur ses positions. »

L’entrepreneur pointe par exemple du doigt les financements qu’il a récoltés pour son invention, lauréate durant les deux derniers mois des prix du concours du Salon des Maires et des Collectivités Locales, et du concours EDF.

« La BPI (Banque Public d’Investissement) nous a prêté 100 000€ pour notre projet. C’est très gentil, mais je ne fais rien avec cette somme ! Depuis le début de l’aventure, j’ai mis 300 000€ de ma poche. Si on nous avait avancé 500 000€, nous serions champions du monde ! J’aurais créé des dizaines d’emplois et nous ferions alors voir à Philips et Osram que nous sommes plus forts qu’eux. »

Un véritable ordinateur pour une ville plus agile

Les entreprises néerlandaises et allemandes, très implantées en France, sont le cauchemar de Franck Mirabelli, « ils peuvent me tuer financièrement du jour au lendemain. » Conscient du potentiel de l’ampoule magique, Philips a rendu visite au patron. « Imaginez qu’ils mettent 100 ou 150 millions sur la table pour mon brevet… ». Il assure qu’il ne cèdera pas aux sirènes étrangères, espérant que les politiques se manifestent. Comme Didier Cazabonne, le maire adjoint de Bordeaux qui lui a ouvert ses portes et sensibilisé Alain Juppé sur l’ampoule efficiente. Les autres maires vont voir très vite le mouvement : près de dix millions d’ampoules seront à changer en 2015 pour l’éclairage des villes, tunnels, autoroutes…

« Les municipalités évoluent et comprennent qu’elles peuvent non seulement réaliser 50% d’économie d’énergie avec cette ampoule qui consomme 180 Watts au lieu de 400, mais aussi, avec les différentes options disponibles, s’offrir un bol d’air numérique. Tout en économisant de l’argent. »

Aujourd’hui, l’ampoule de Franck Mirabelli, dont la durée de vie est de 60 000 heures (contre 14 000 pour une ampoule classique), peut embarquer un GPS, le WiFi, une adresse IP, une caméra… Et filmer ce que le réverbère éclaire, savoir s’il y a saturation de CO2 dans une ville, s’il y a des fuites radioactives autour d’une centrale, détecter les tremblements de terre, changer de couleur en cas de brouillard, relever les compteurs d’eau grâce à une pulsion, retrouver un agresseur grâce à la caméra intégrée, éviter d’allumer toute la ville pour savoir quelle ampoule est à changer… Une lampe d’Aladdin véritable ordinateur pour une ville plus agile.

« Tout peut et doit se faire maintenant, les capacités existent. Mais les Etats-Unis ne se gênent pas pour les piquer ou racheter des brevets : il faut de l’aide, des politiques notamment, pour conserver et alimenter nos cerveaux en France ! Nous sommes en retard sur le développement du numérique par rapport aux USA ou à la Chine. Avec des investissements, nous les rattraperons et les dépasserons. À condition de garder la matière grise en France. Je regretterais tellement que cette ampoule parte à l’étranger. »

L’enthousiasme de l’inventeur faiblit légèrement. Avant de reprendre de plus belle. « Je peux éclairer une maison sans électricité, le produit est prêt. Je travaille également avec la gendarmerie, les douanes et la police nationale pour un autre produit. » Tout reste secret pour le moment. Il ne peut en revanche taire son rêve ultime : éclairer Paris.

« Les Allemands et les Hollandais éclairent notre capitale. C’est grave car nous avons une ampoule franco-française de meilleure qualité. Anne Hidalgo, sur les recommandations de Didier Cazabonne, a dit qu’elle nous recevrait pour voir ce que nous pouvons faire. Ce serait formidable d’éclairer la ville lumière ! »

 

City of lights, photo par Tallapragada, licence CC by 2.0

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