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Grand Lyon : la Métropole intelligente qui fait rugir l’innovation

Karine Dognin-Sauze 6 Mai 2015

Comment se saisir des nouvelles technologies pour en faire une source de progrès ? Comment organiser la mutation industrielle du territoire et construire un espace qui réponde à la contrainte énergétique, à la forte congestion du trafic et garantisse une vie heureuse en ville ? Réponses avec Karine Dognin-Sauze, Vice-présidente de la Métropole de Lyon en charge de l’Innovation, de la Métropole intelligente et du Développement numérique.

 

Grand Lyon Métropole Intelligente

 

Karine Dognin-Sauze vient du monde de l’entreprise. Après une vingtaine d’années à travailler dans le secteur des jeux vidéo pour l’américain Electronic Arts, elle a intégré le groupe GL Events où elle a mis en place une structure dédiée à l’innovation. Ses premières responsabilités politiques sont arrivées en 2007. Dès le départ en charge d’une délégation portant sur les nouvelles technologies, elle a travaillé à positionner le numérique comme une priorité pour le territoire et s’est intéressée à la question de la mutation industrielle par le digital. Karine Dognin-Sauze a ouvert le grand chantier de la ville intelligente à Lyon il y a déjà 7 ans. Aujourd’hui, sur son nouveau mandat de vice-présidente de la Métropole de Lyon, elle est en charge des questions qui touchent au numérique et à l’innovation.

 

  « Il me semble absolument essentiel que, sur cette question de la ville intelligente, la vision politique puisse prendre place : nous sommes sur une vision qui consiste à préparer un territoire à son avenir et notamment à son entrée dans le 21ème siècle. »

 

En quoi la Métropole de Lyon est-elle « intelligente » ?

 

 Karine Dognin-Sauze : Nous sommes une ville avec une très forte croissance territoriale. Lyon Confluence est une véritable vitrine technologique en termes de standards énergétiques et des quartiers comme celui de la Part-Dieu vont connaitre une phase de rénovation intense sur les 10-15 prochaines années. Nous avons ouvert de grands projets urbains pour donner place à des expérimentations dans les champs de l’énergie, de la mobilité, de la santé ou de l’intelligence collective. Aujourd’hui, 40 projets d’expérimentation, organisés sur des cycles courts de 3 à 5 ans, viennent chercher des innovations de rupture et donnent une facette très tangible de ce que peut être une ville intelligente, au-delà du seul concept.

 

Nous souhaitons permettre à notre tissu économique d’engager sa mutation. Un des préalables a été de consolider notre force de frappe dans le champ du numérique pour pouvoir travailler avec des acteurs de différents domaines, industrie des contenus digitaux, logiciel ou innovation web, et de mêler ces expertises à celles d’acteurs d’autres domaines comme la chimie ou la santé.

Quartier Lyon Confluence

 

Aller Chercher l’innovation en réunissant des acteurs très différents

 

Justement, qui sont les acteurs qui participent aux différents projets de la Métropole de Lyon ?

 

 Tous les projets mis en place intègrent systématiquement des consortiums d’acteurs venant d’horizons très différents. La démarche du Grand Lyon Métropole Intelligente est à la fois un accès marché donné à des créateurs d’entreprise et la possibilité pour des grands groupes de confronter leurs solutions avec d’autres.

« Nous cherchons à dépasser la seule logique d’innovation pour accéder à des expertises dans des domaines différents et à mélanger les genres d’acteurs : grandes entreprises et acteurs entrants, acteurs locaux et acteurs internationaux. » 

Nous ne sommes pas simplement sur des projets qui visent à transformer la ville, ce sont aussi des projets qui, au travers de la transformation de la ville, doivent produire de l’innovation et stabiliser des modèles économiques. La chaîne de valeur est en train de se recomposer et, nombre d’acteurs proposant des services, que ce soit des services énergétiques ou des services de mobilité, sont en recherche de ces modèles économiques.

« En tant que collectivité, nous avons complètement repensé notre façon de faire la ville : nous sommes sortis de la logique d’appels à projets pour une logique « bottom up » dans laquelle nous organisons les conditions de l’innovation. » 

Dans cette optique, nous avons orienté nos ressources sur la gouvernance et sur la création de lieux d’innovation. Nous avons par exemple travaillé sur la mise en réseau de l’ensemble des espaces de coworking pour permettre à ces communautés d’innovation de se regrouper.

Il y a maintenant quelques mois, nous avons inauguré TUBÀ – tube à expérimentation urbaine -, un Living Lab qui associe données publiques et privées pour co-concevoir directement avec les usagers finaux, c’est-à-dire intégrer des acteurs d’horizons différents qui seront force de proposition sur les nouveaux services. TUBÀ a d’ailleurs été implanté à proximité de la gare de la Part-Dieu, un quartier qui attire une population diversifiée, sollicitée très en amont dans la conception de ces nouveaux services urbains.

 

 

Pouvez-vous nous citer des exemples concrets de « projets intelligents » ?

 

Nous intervenons dans différents domaines. Le premier c’est l’énergie. Un des projets  smart grids les plus remarquables est probablement celui qui prend place dans le quartier Lyon-Confluence : Lyon Smart Community, financé à hauteur de 50 millions d’euros par le NEDO, une agence paragouvernementale japonaise. Une cinquantaine de partenaires sont impliqués dans la réalisation de ce projet qui consiste en la construction d’un lot de bâtiments à énergie positive, Hikari, que les premiers habitants intégreront d’ici juin. Le surplus d’énergie produit par ce lot de bâtiments alimente Sunmoov’, une flotte de voitures en auto-partage qui tournent en boucle dans le quartier et permettent aux nouveaux arrivants de ne pas forcément être propriétaires d’un véhicule.

 

Nous avons un autre projet qui s’appelle Smart Electric Lyon, conduit par EDF, dont l’objectif est notamment de créer des services énergétiques qui seront adossés aux compteurs communicants Linky.

 

Concernant la mobilité, le projet Optimod’ rassemble l’ensemble des données de mobilité de  tous les opérateurs : transports en commun, taxis, parkings, services en auto-partage Bluely mais également bike sharing puisque Vélov existe maintenant au sein de l’agglomération depuis plus de sept ans. L’objectif est de produire une centrale de mobilité qui permette de faire du prédictif de trafic à une heure. C’est une innovation de rupture mondiale, sans équivalent. Cette centrale de mobilité permet de donner naissance à tout un faisceau de services, à la fois pour la mobilité individuelle mais également sur le fret de marchandises à l’échelle de l’agglomération. Très concrètement, à Lyon, l’application Onlymoov’ vous permet de calculer votre trajet multimodal d’un point A à un point B en intégrant les données de trafic et de congestion.

Transports à Lyon

Sur l’intelligence collective, nous avons lancé il y a une dizaine de jours un projet qui s’appelle City Remix : sur des lieux de flux, comme par exemple à la gare Saint Paul à Lyon, nous mobilisons des citoyens pendant quelques jours pour leur faire produire des propositions de services, des idées sur les nouvelles façons de vivre en ville…

 

 

Comment communiquez-vous sur ces projets auprès des citoyens ?

 

Au niveau de la population, nous communiquons projet par projet parce qu’il y a un effort d’éducation extrêmement important à faire sur la thématique globale de la smart city.

« En tant que telle, la ville intelligente ne signifie rien pour les citoyens»

 Nous essayons d’être très pragmatiques en montrant comment ces projets peuvent changer la vie de tous les jours. La question de l’innovation est en permanence présente dans l’agglomération : en marchant dans une rue, vous pouvez croiser un véhicule sans chauffeur ou voir de nouveaux panneaux dynamiques en phase de test. Nous essayons d’habituer la population à ces nouveautés et nous utilisons aussi beaucoup l’évènementiel, c’est-à-dire nos grands évènements d’agglomération comme la Fête des Lumières et ses 4 millions de visiteurs, pour montrer ce que l’interactivité peut apporter.

« Nous évitons de mettre les nouvelles technologies au centre des propos, nous parlons plutôt de ce que cela peut permettre. » 

Pour l’instant, les retours sont plutôt positifs. Mais c’est vrai que sur certains projets d’expérimentation et notamment sur le volet habitat social de Lyon Smart Community, il a vraiment fallu expliquer à des personnes qui sont dans des logements parfois un peu obsolètes, pourquoi l’énergie est une question importante. Il faut alors les convaincre de l’utilité d’un projet qui porte sur autre chose que sur leurs besoins essentiels… C’est un travail au cas par cas.

 

 

Donner du sens et s’inscrire dans une démarche globale

Sur la thématique de la ville intelligente, où situeriez-vous la France dans l’échelle mondiale ?

 

En France, le contexte est très particulier : nous devons faire avec des bâtis existants, nous avons toute une culture qu’il faut intégrer, ce qui n’est pas toujours le cas à l’étranger.

Nous sommes aussi probablement moins tombés dans des démarches purement commerciales avec des acteurs du numérique qui ne connaissent pas véritablement les paradoxes d’une ville et cherchent à placer des solutions pensées hors-champ sans forcément appréhender correctement l’acceptation de la population ou la correspondance avec des aspirations dans la vie quotidienne.

« Ma conviction, c’est qu’en Europe, et en France en particulier, nous avons vraiment une voie alternative à proposer sur ces concepts de villes intelligentes. En tout cas, c’est ce que l’on cherche à faire à Lyon. » 

La façon dont la ville intelligente doit être réappropriée par les habitants est un sujet à part entière : la question est de savoir en quoi cela représente un progrès et comment ceux à qui sont destinées ces villes intelligentes se les approprient vraiment, quelles sont leurs envies, comment intégrer ce qu’ils souhaitent au travers de projets conséquents… Les médias commencent à évoquer les villes intelligentes et c’est une bonne chose car, souvent, la perception n’est pas forcément si positive que ça… Il faut trouver de nouvelles façons d’en parler.

« Inéluctablement, aujourd’hui, les nouvelles technologies imprègnent la façon de vivre en ville, viennent percuter les modèles d’organisation, remettent en question les modes de faire et les modes d’administrer… Et nous n’en sommes qu’au début ! »

 

 

Pour aller plus loin :

Eric Legale d’Issy-les-Moulineaux: « L’innovation est dans notre ADN »

Cit’Ease de GDF SUEZ : « Accompagner les villes dans la transformation numérique de leur territoire »

Jean-Louis Missika : « Une smart mairie pour une smart city »

 

Crédit photo : K.G.Hawes – Faux Tilt-Shift: Lyon, Laury Rouzé -Passerelle de la Confluence et Connie Ma – Greater Lyon looks pretty confusing… / Flickr.com / Licence CC BY-NC-ND 2.0 et Alpaca / Métropole de Lyon

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