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Rudy Deblaine, Initiative Île-de-France : « La création d’entreprise s’est démocratisée ! »

Econocom 17 Juil 2015

Rudy Deblaine est le délégué général d’Initiative Ile-de-France, un réseau qui coordonne et anime les quinze plateformes de l’association Initiative France situées en région parisienne. Objectif ? Accompagner et financer les entrepreneurs lors de la création, de la reprise et de la croissance de leur entreprise. Le soutien financier d’Initiative Ile-de-France se fait notamment grâce à des prêts d’honneur, destinés à tous les secteurs d’activité : commerce, services, industrie, mais aussi innovation technologique via la plateforme Scientipôle Initiative.

 

Comment Initiative Ile-de-France s’insère-t-elle dans l’écosystème entrepreneurial ? Quel est le profil des entrepreneurs qui font appel à ce réseau ? Quels obstacles à la création d’entreprise peuvent ainsi être levés ? Rudy Deblaine a répondu à nos questions.

 

 

TRANSFORMER L’INITIATIVE INDIVIDUELLE EN ENTREPRISE

 

Quelle est la mission du réseau Initiative Ile-de-France ?

 

Rudy Deblaine : La mission d’Initiative Ile-de-France est double. Dans un premier temps, il s’agit d’accompagner les entrepreneurs lors de la création de leur société. Cela passe d’abord par une phase d’évaluation technique, puis, une fois que l’entrepreneur a son business plan en main, par une expertise financière de son dossier. Le projet est alors analysé par un comité qui rassemble plusieurs acteurs de l’écosystème entrepreneurial : avocats, chefs d’entreprise, banquiers, représentants consulaires… Ce comité donne son avis sur la stabilité du projet et apporte des conseils aux entrepreneurs.

 

Vient ensuite la partie financement. A la suite de leur passage devant le comité, les entrepreneurs peuvent bénéficier de prêts d’honneur à taux 0%. Le principal objectif de ces prêts est de faire un effet levier sur les prêts bancaires. Quand un entrepreneur crée, reprend ou développe une entreprise, il a besoin d’un apport personnel dont il ne dispose pas forcément. Cet apport lui permet d’être plus crédible auprès des banques et de financer tous les apports immatériels, comme les fonds de roulement par exemple, qui ne sont pas couverts par les banques.

 

En effet, les établissements bancaires ne financent pas tout : ils n’assument en général que 60% à 70% du business plan. A travers nos prêts d’honneur, nous sommes donc là pour apporter des fonds supplémentaires. Si le prêt d’honneur moyen tourne autour de 20 000 euros, nous pouvons aller jusqu’à 75 000 euros, notamment dans le cas d’une reprise à fort potentiel ou pour financer la croissance d’une entreprise.

 

 « Les banques sont très attentives à ce que nous faisons et attendent que nous labellisions les projets : dans plus de 90% des cas, elles attendent notre accord avant de donner leur propre accord définitif. »

 

Les banques nous font confiance car elles savent que nous allons étudier, accompagner et suivre le projet. Nous avons un taux de pérennité qui est de 87% à 3 ans et 75% à 5 ans, contre une moyenne hors réseau à 60%/70% à 3 ans et seulement 50% à 5 ans. Ces très bons résultats sont évidemment liés à l’accompagnement que nous accordons aux entrepreneurs.

 

Nous proposons également un accompagnement après la création, un suivi technique qui va consister à vérifier la bonne santé financière de l’entreprise, à l’insérer dans des clubs et dans des réseaux, mais aussi à lui permettre d’être parrainée : lorsque nous repérons un domaine dans lequel l’entrepreneur est un peu faible, nous lui proposons un mentor qui pourra l’accompagner dans ce domaine.

 

« Nous voulons transformer l’initiative individuelle en entreprise qui va produire de la richesse économique mais aussi des emplois sur le territoire. »

 

Chaque année, le réseau accompagne environ 1 500 entreprises. Ces entreprises intègrent en moyenne 4 salariés, 20% d’entre elles comptent plus de 5 à 10 emplois… Et les entreprises que nous avons déjà financées cherchent à se développer et donc à créer elles aussi des emplois supplémentaires.

 

 

VERIFIER l’Adéquation homme/projet

 

Ce sont les entreprises qui viennent vers vous ?

 

Les entreprises viennent d’elles-mêmes car elles ont entendu parler de notre activité dans des salons, des forums, dans les chambres consulaires (chambres de commerce et d’industrie ou chambres des métiers et de l’artisanat) ou même grâce à nos partenaires, notamment les banques qui nous font confiance et envoient les entrepreneurs chez nous. Le Crédit Agricole a par exemple décidé que tous les entrepreneurs, pour obtenir leur financement bancaire, devraient passer par notre réseau.

 

« Avant de sélectionner un dossier, nous vérifions l’adéquation homme/projet : c’est-à-dire le fait que l’entrepreneur a bien cette appétence à devenir chef d’entreprise. »

 

 

Accompagnez-vous les projets d’innovation technologique de la même façon que les projets plus généralistes ?

 

Concernant l’innovation technologique, nous accompagnons trois profils de sociétés : les projets digitaux/numériques/web, les projets liés aux sciences de l’ingénieur (optique, mécanique, électronique, hardware…) et les projets qui touchent aux sciences de la vie et à la santé. Nous avons par exemple accompagné Airinov, pionnier et leader français du drone agricole : les drones Airinov sont de véritables outils d’analyse de la vigueur des plantes, qui incluent un capteur et des algorithmes de traitement des données conçus avec l’Inra pour obtenir des indicateurs agronomiques inédits. Aujourd’hui, l’entreprise compte 24 collaborateurs.

 

Nous arrivons juste après la phase de R&D, lorsque l’entreprise est en recherche de marché, pour l’aider à passer le cap de la levée de fonds. Dans ces cas-là, contrairement à des projets plus généralistes, le prêt d’honneur ne sert pas vraiment à faire levier bancaire, mais plutôt à rendre crédible le projet et à lever du capital-investissement.

 

Autre spécificité de l’entrepreneuriat innovant et technologique : les entrepreneurs ont des profils plutôt jeunes, en général autour de la trentaine, et sortent souvent d’écoles de commerce ou d’écoles d’ingénieur à des niveaux bac +4 ou bac +5. Dans l’entrepreneuriat généraliste, nous sommes sur des profils plus variés, avec une moyenne d’âge qui se situe autour de 40 ans, ou même 45 ans dans le cas de reprises.

 

La solution que nous apportons est complémentaire à ce que proposent les incubateurs, aussi bien pour la partie innovation technologique que pour les secteurs plus généralistes.

 

« Les incubateurs ont pour objectif de permettre à l’entrepreneur de faire mûrir son projet : nous, nous sommes là pour intervenir au moment où l’entrepreneur est en phase de mise sur le marché. »

 

 

Quelles relations entretenez-vous avec les investisseurs ?

 

Nous avons des relations très resserrées avec les investisseurs. Notre plateforme Scientipôle Initiative a d’ailleurs une antenne au plateau de Saclay, mais d’autres sont situées dans Paris et dans d’autres départements.

 

Pour nous, l’objectif, c’est non seulement de financer et d’accompagner mais aussi de mettre l’entrepreneur en réseau avec des structures qui pourront lui apporter des réponses concernant le développement de son entreprise. Nous ne pouvons pas tout faire et nous ne faisons pas tout : nous sommes en complémentarité avec ce que les autres apportent, nous travaillons donc en étroite collaboration avec les incubateurs et plus globalement, avec tout l’écosystème innovant et technologique.

 

 

L’Entrepreneur doit Être autonome, responsable et volontaire !

 

Quelles qualités un entrepreneur doit-il avoir ?

 

Un créateur d’entreprise doit être autonome, mais aussi responsable, puisque créer une entreprise est une forme de responsabilité dans la mesure où elle va engendrer des emplois qui contribueront au développement économique du territoire. L’entrepreneur doit aussi être à même de se projeter vers l’avenir pour anticiper les sujets majeurs et innovants… Mais aussi les difficultés. Et surtout, il doit aussi bien s’entourer :

 

« Aujourd’hui, on ne crée par d’entreprise seul. Il faut s’entourer des bonnes personnes et d’organismes d’accompagnement qui peuvent apporter des conseils. »

 

Les entreprises innovantes et technologiques sont particulièrement en demande d’accompagnement : il faut pouvoir aider l’entrepreneur à aller dans la bonne direction. Ensuite, ce dont les entreprises ont besoin, c’est de se développer, de bien manager leur structure, leur politique RH et leurs équipes.

 

 A quels obstacles les créateurs d’entreprise peuvent-ils être confrontés ?

 

Les marchés de vente peuvent être longs, surtout quand ils incluent de la R&D : avant d’entrer sur la vente, il y a un temps pendant lequel l’entrepreneur s’investit sans avoir de retour sur cet investissement puisque son entreprise n’est pas encore lancée. Lors de la phase de R&D, il n’y a pas encore de clients ni de chiffre d’affaires, mais il faut quand même trouver de l’argent. La levée de fonds est là pour faire passer le cap de la matérialisation de l’entreprise et rechercher des clients qui permettront de faire fonctionner l’entreprise et de convaincre les partenaires.

 

Est-il facile aujourd’hui d’entreprendre en France ?

 

Le modèle français a évolué : il existe aujourd’hui des organismes d’accompagnement et des dispositifs financiers spécifiques qui n’existaient pas avant, toutes les grandes écoles ont une branche entrepreneuriat.

« Un chef d’entreprise a aujourd’hui presque toutes les cartes en main pour faire avancer son projet. La question aujourd’hui, c’est surtout de trouver les marchés innovants, qui sortent un peu de l’ordinaire… ou tout simplement qui fonctionnent en temps de crise. »

 

Construire L’avenir à travers l’entrepreneuriat

 

La création d’entreprise est aussi une porte de sortie qui permet de créer son propre emploi et devenir son propre patron.

« Auparavant, beaucoup de personnes envisageaient leur carrière dans des grands groupes, ce n’est plus le cas aujourd’hui, l’idée de créer son entreprise s’est démocratisée. »

L’esprit entrepreneurial progresse dans la société et les nouvelles technologies permettent de créer une entreprise plus facilement.

« Le numérique permet de se projeter dans des dynamiques nouvelles et ouvre la voie à des applications infinitésimales : il suffit d’avoir un peu d’imagination (et un peu de levée de fonds !) pour lancer son produit ! »

 

 

A lire aussi, sur le thème de l’entrepreneuriat :

– EnterNext et Oceasoft : quand la Bourse permet aux PME de voir plus grand !

– Cédric Messeguer, Digital Security : « Sans le soutien d’un grand groupe, nous aurions difficilement pu nous lancer »

– Bruno Martinaud, Polytechnique : « Il est facile d’entreprendre mais il est difficile de réussir »

– Sandrine Murcia, Paris Pionnières : « On ne nait pas entrepreneure, on le devient »

– Juan Hernandez, L’Accélérateur : « Il n’y a jamais eu une telle promotion de l’entrepreneuriat en France »

 

 

Crédit photo : Pexels / Licence CC0

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