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Jean-Michel Ledru, incubateur EDHEC : « aujourd’hui, il suffit d’un ordinateur pour créer sa boite »

Econocom 1 Sep 2015

C’est après avoir été chef d’entreprise et entrepreneur que Jean-Michel Ledru a créé EDHEC Young Entrepreneurs (EYE), l’incubateur de la grande école de commerce et de gestion, qu’il dirige depuis maintenant 5 ans. Sa mission : accompagner les étudiants et les jeunes diplômés de l’EDHEC dans la création d’entreprise à Paris, Lille et Nice.

 

Quel est le profil de ces jeunes entrepreneurs ? De quelle forme d’accompagnement ont-ils besoin ? Quels conseils pourrait-on donner à ceux qui se lancent dans l’entrepreneuriat ? Réponses avec Jean-Michel Ledru.

 

L’incubateur, « service après-vente » de l’EDHEC

 

Pouvez-vous nous parler de votre activité au sein de l’incubateur EDHEC ?

 

Jean-Michel Ledru : Quand nous commençons à travailler avec les étudiants et les jeunes diplômés de l’EDHEC, ils sont encore au stade de l’émergence de leur idée. Au départ, nous sommes donc en phase d’exploration. Une fois que le concept est validé, nous passons à une phase d’incubation à l’issue de laquelle l’entreprise se crée. L’entrepreneur passe alors devant une commission qui valide ou non, un accompagnement qui signe la fin de l’incubation pour une phase de trois ans de consolidation. Pour certaines entreprises, nous pouvons aussi proposer deux ans supplémentaires d’accélération.

 

Tout ce que nous faisons est gratuit : nous ne prenons pas de parts en capital, même à Paris et  Nice où nous hébergeons les jeunes entreprises.

Créer sa boîte : l'incubateur EDHEC

« Nous venons en complément de la partie école : nous sommes en quelque sorte un service après-vente de ce qui se passe au niveau académique ! »

 

Après, nous restons disponibles pour ceux qui ont quitté l’incubateur : ils font partie de notre communauté, sont invités aux évènements et peuvent contribuer au coaching et au soutien des jeunes incubés. Parfois, ils sont accompagnés ailleurs, mais nous, nous les avons vus grandir et avons tissé avec eux un lien de confiance qu’il est difficile de reproduire avec un investisseur. Nous avons avec ces entrepreneurs une relation privilégiée qui fait qu’ils vont revenir vers nous dans des moments stratégiques car ils souhaitent avoir notre éclairage ou nous faire part de leurs doutes.

 

 

Quel est le profil des entrepreneurs que vous accompagnez ?

 

Une de nos spécificités, c’est que 40 % de nos entrepreneurs sont des femmes. C’est beaucoup par rapport à la moyenne française… Mais c’est aussi normal car la mixité est respectée chez nos étudiants.

 

Depuis sa création en 2010, EYE a accompagné la création de 90 entreprises qui ont créé 450 emplois et ont levé 10 millions d’euros de fonds. On peut par exemple citer Pumpkin, une start-up lilloise, incubée à l’EDHEC et chez Euratechnologies, qui propose une application permettant aux particuliers de se rembourser entre eux et qui vient de lever 600 000 euros. Page Yourself, un service permettant de personnaliser une page Facebook, a gagné le grand prix de l’innovation de la ville de Paris et Lemontri, une start-up spécialisée dans le tri sélectif, a fait une levée de fonds de 400 000 euros.

 

Notre mission est d’accompagner tous les entrepreneurs, pas uniquement les entreprises qui sont dans les nouvelles technologies : nous travaillons donc aussi bien avec des marques de bijoux ou de vêtements qu’avec des entrepreneurs qui travaillent dans des secteurs de pointe comme l’IoT. Il y a d’ailleurs plusieurs points communs entre l’accompagnement des entreprises technologiques et celui de celles qui sont plus généralistes… Le but étant toujours d’aider ces entrepreneurs à être le plus efficace possible pour qu’ils structurent leur gouvernance et s’organisent le mieux possible.

 

Du coaching en « one to one »

 

Quel est le parcours d’un entrepreneur qui vient vous voir ?

 

Nous faisons du coaching et du mentoring, c’est-à-dire que nous amenons l’entrepreneur à se poser les bonnes questions. Nous ne faisons pas les choses à la place de l’entrepreneur, nous le guidons. Au final, c’est toujours lui qui prend ses décisions.

 

« Nous respectons énormément le principe de la liberté de l’entrepreneur, nous ne sommes pas là pour le contrôler ou le faire rentrer dans une boîte. Nous sommes comme des coachs sportifs : notre objectif, c’est que notre protégé gagne la course ! »

 

Nous avons un réseau constitué de membres du corps professoral ou issus de notre communauté d’anciens, mais aussi de partenaires externes comme le réseau Entreprendre ou des banques, des avocats, des juristes… Tous nous apportent des expertises et des éclairages dans des domaines précis et nous travaillons avec eux pour aider les incubés à monter leur business plan, préparer des rendez-vous avec des banques ou des business angels, réaliser des tableaux financiers…

 

Nous ne sommes pas uniquement dans le conseil, nous allons vraiment dans le concret. Par ailleurs, tout ce que nous faisons est en one to one : nous ne traitons pas les questions collectivement car nous estimons que chaque sujet est spécifique.

 

Entreprendre = se fixer des objectifs et savoir gérer son temps

 

Quels sont les points sur lesquels les entrepreneurs demandent le plus d’accompagnement ?

 

C’est très variable. Comme nous touchons à tous les domaines de l’entreprise, nous n’avons pas vraiment de limites. Nous sommes particulièrement pertinents sur tout ce qui touche à l’encadrement et à la gestion de projet.

 

« Les entrepreneurs, et pas uniquement les plus jeunes, ont des lacunes au niveau de l’organisation du temps et des équipes. Ceux qui ont déjà travaillé en entreprise ont déjà bénéficié d’une certaine structure mais, quand on est seul, il faut savoir se discipliner tout seul et mettre en place une discipline personnelle d’excellence au service de son projet alors qu’il n’y a pas de pression extérieure pour le faire. »

 

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite se lancer dans l’entrepreneuriat ?

 

Le premier, c’est de faire un plan avec des objectifs extrêmement précis à la journée, à la semaine, au mois, au trimestre et à l’année. Il faut se demander : quel est le meilleur usage de mon temps aujourd’hui ? Qu’est-ce que je veux avoir accompli à la fin de la semaine, du mois, du trimestre ? … Et répondre à ces questions en fonction des objectifs qu’on s’est donné.

 

Quand on est seul, ou même dans une équipe, et qu’il n’y a pas de pression externe, il faut la créer ! Pour cela, on peut mettre en place une gouvernance avec un comité de pilotage – même si les membres ne sont pas engagés au capital – qui obligera à effectuer des reportings à échéances régulières et à s’engager sur ce que l’on fera par la suite.

 

Autre point sur lequel il faut vraiment veiller : la gestion du temps.

 

« Quand on crée une entreprise, il y a deux énergies : l’argent et le temps. Comme, en règle générale, on commence avec des moyens limités, savoir utiliser le temps que l’on passe sur le projet est fondamental. »

 

A quels obstacles un entrepreneur peut-il être confronté ?

 

Une des difficultés consiste à trouver un équilibre entre le rêve et la réalité. Beaucoup de nos entrepreneurs sont dans un rêve, ils veulent révolutionner le monde et citent des chiffres énormes. C’est bien d’avoir de l’ambition et de se projeter, mais il faut aussi être très concret sur ce qu’on a besoin de faire là, tout de suite, maintenant. Passer son temps à inventer un rêve trop lointain, c’est perdre beaucoup de temps. Souvent, j’utilise une image pour l’expliquer :

 

« C’est bien de vouloir créer un hôtel sur Mars mais, quand on n’a jamais rien envoyé dans l’espace, il faut commencer par essayer d’envoyer le premier étage d’une fusée faire un tour dans l’atmosphère : si ça ne se fait pas, on n’ira jamais sur Mars ! »

 

Y a-t-il des qualités qui sont nécessaires pour entreprendre ?

 

C’est difficile de trouver des qualités génériques car tous les entrepreneurs sont différents. Par exemple, certains ont énormément de charisme et échouent, d’autres n’en ont pas beaucoup et réussissent.

 

« C’est finalement rassurant de voir qu’il n’existe pas de profil-type de l’entrepreneur : n’importe qui peut réussir un projet d’entreprise à partir du moment où il en a la volonté. »

 

Je crois qu’on a tous en nous une étincelle qui fait que, dans les bonnes circonstances, on peut créer une entreprise !

 

Quand le numérique favorise l’émergence de l’entrepreneuriat…

 

Est-ce que les jeunes se tournent plus vers l’entrepreneuriat aujourd’hui qu’il y a quelques années ? 

 

Oui et nous le voyons de façon très claire. Cette année, nous mettons d’ailleurs en place une filière d’étudiants entrepreneurs en sélectionnant 50 étudiants qui rentrent en septembre en première année à l’EDHEC. Ils seront dispensés des cours facultatifs du 2ème trimestre pour pouvoir consacrer ce temps à leur création d’entreprise. Nous allons aussi sélectionner 20 projets au niveau des Master 1 et 2 et leur proposer des horaires de cours aménagés.

 

Est-il facile d’entreprendre ?

 

Il y a 20 ans, à part les Chambres de commerce, il n’y avait pas beaucoup de structures destinées aux entrepreneurs. Aujourd’hui, il existe plein d’associations, d’incubateurs, d’accélérateurs, de réseaux… A ce titre-là, c’est sans doute plus facile.

 

Le numérique est aussi une aide à l’entrepreneuriat puisqu’il permet de créer des choses rapidement.

 

« Avant le numérique, c’était compliqué de se dire : ‘’Je suis étudiant et entrepreneur’’. Aujourd’hui, il suffit d’un ordinateur pour créer sa boîte ! Les outils numériques favorisent l’émergence d’entrepreneurs toujours plus jeunes. »

 

 

Retrouvez l’intégralité de notre séquence consacrée à l’entrepreneuriat :

Elise Nebout, NUMA ! « Il existe 1 000 et 1 façons d’entreprendre ! »

Véronique Torner : « En intégrant la galaxie Econocom, Alter Way s’ouvre à de nouveaux horizons »

EnterNext et Océasoft : Quand la Bourse permet aux PME de voir plus loin !

– Cédric Messeguer, Digital Security : « Sans le soutien d’un grand groupe, nous aurions difficilement pu nous lancer »

Bruno Martinaud, Polytechnique : « Il est facile d’entreprendre mais il est difficile de réussir »

– Sandrine Murcia, Paris Pionnières : « On ne nait pas entrepreneure, on le devient »

– Juan Hernandez, L’Accélérateur : « Il n’y a jamais eu une telle promotion de l’entrepreneuriat en France »

Credits : Pexels / Licence CC0

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