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Juan Hernandez, L’Accélérateur : « Il n’y a jamais eu une telle promotion de l’entrepreneuriat en France »

Juan Hernandez 18 Juin 2015

Créé début 2012 par plusieurs serials entrepreneurs, L’Accélérateur est une structure privée organisée en fonds d’investissement. Outre l’apport financier, les jeunes start-ups y trouvent un accompagnement pointu et personnalisé, destiné à maximiser leurs chances de succès.

 

Quels sont les besoins de ces entrepreneurs qui frappent à la porte de L’Accélérateur ? A quels types de problèmes sont-ils confrontés ? Est-il, aujourd’hui, facile d’entreprendre en France ? Réponses avec Juan Hernandez, co-fondateur de L’Accélérateur.

 

Ingénieur télécom de formation, Juan Hernandez a rejoint Lagardère début 1995 pour participer à la création des activités Internet du groupe, notamment Club Internet et le Studio Grolier. A partir de 2004, il a créé en solo plusieurs sociétés dans les secteurs de l’Internet et des services informatiques, revendues en 2010. C’est en 2011 qu’il a commencé à faire de l’accompagnement et du conseil en stratégie, financement et organisation pour les start-ups… et qu’il a eu l’idée de créer L’Accélérateur.

 

 

Un accompagnement qui va au-dela du seul financement

 

Quel type d’accompagnement proposez-vous aux entreprises ?

 

Juan Hernandez : Notre accompagnement passe par quatre apports :

 

> un coaching business sur-mesure, inscrit sur la durée : nous travaillons avec les entrepreneurs sur la formulation et la définition de la proposition de valeur, la conception du business model, la stratégie marketing, les canaux de distribution… Nous avons une quinzaine de coachs business, tous des entrepreneurs très expérimentés qui ont déjà lancé plusieurs sociétés, les ont développées, les ont parfois étendues à l’international et, les ont revendues.

 

> un accompagnement sur le plan humain : nos coachs en développement personnel, leadership et management aident les entrepreneurs à renforcer certaines de leurs aptitudes ou à lever les freins psychologiques qui peuvent apparaître au fil du développement de leur société.

 

> la mise à disposition d’un vaste réseau : clients grands comptes, partenaires potentiels, institutionnels, pouvoirs publics, médias…

 

> le financement : nous investissons dans les sociétés que nous accompagnons, entre 20 000 et 50 000 euros au départ. En contrepartie de cet apport financier et du coaching gracieux, nous prenons une participation au capital. Plus tard, quand les sociétés se développent et qu’elles ont besoin de lever plusieurs centaines de milliers d’euros – ou davantage – nous participons aussi aux levées de fonds, en réinvestissant nous-mêmes entre 50 et 200 000 €, et, surtout, en aidant ces entrepreneurs à établir une stratégie de financement et en leur donnant accès à notre réseau de business angels et de fonds d’investissement.

« En près de trois ans, nous avons fait plus d’une quarantaine de levées de fonds pour nos sociétés, pour plus de trente millions d’euros levés. »

 

 

Qui sont les entreprises qui viennent vous voir ?

 

Nous avons aussi bien des structures en création que des structures qui font déjà du chiffre d’affaires. Ce sont des entreprises jeunes, à 80 % dans le numérique et à 20 % dans des secteurs plus traditionnels. Si nous décidons de les accompagner, c’est que nous estimons que leurs équipes sont à la hauteur de l’enjeu et qu’elles ont une véritable proposition d’innovation dans leur domaine.

 

Il y a une cinquantaine de sociétés actives dans l’accélérateur. En B2B, on peut par exemple citer 1001 menus, qui facilite le marketing online des restaurants et travaille sur une très grosse levée de fonds pour se développer sur le marché français et européen. En B2C, FioulReduc permet d’acheter son fioul domestique en ligne au meilleur prix garanti. Dans le domaine du tourisme, Guest App aide les hôtels, campings ou restaurants à recueillir et gérer les avis de leurs clients pour améliorer leur promotion en ligne… Nous avons des entrepreneurs dans les domaines du sport, du logiciel ou de la cosmétique.

 

Dans la majorité des cas, les entrepreneurs qui nous contactent sont au début de l’aventure : soit ils sont en phase de projet et la société va être lancée ou vient de l’être, soit l’entreprise existe depuis 1 an ou 2. Souvent, il n’y a pas encore de salariés au moment où on les sélectionne, ce sont les fondateurs qui travaillent et l’équipe grandit au fil du développement.

« Nous sélectionnons très rarement des entreprises avec un seul fondateur. En général, ce sont des équipes de 2, 3, 4 ou même 5 personnes. Nous les rencontrons une première fois lors d’un rendez-vous assez court, pour nous faire une idée de la nature et de l’intérêt du projet mais aussi, et surtout, de la qualité de l’équipe. Nous approfondissons ensuite sur les équipes qui nous ont paru les plus intéressantes. »

La majorité des entrepreneurs a autour de 30 ans, beaucoup viennent d’écoles de commerce, mais nous avons aussi quelques ingénieurs. Environ 60% des sociétés sont en région parisienne, le reste est en province.

 

 

Les entrepreneurs ont besoin de soutien…

 

Pourquoi ces entrepreneurs se tournent-ils vers vous ?

 

En général, c’est parce qu’ils ont compris que se faire accompagner pouvait leur éviter de faire des erreurs et de perdre du temps et, éventuellement, de l’argent.

 

Mes associés et moi avons une longue expérience entrepreneuriale. Nous savons être extrêmement lucides et réalistes dans les situations que nous analysons… Ce qui est toujours un peu difficile pour le chef d’entreprise.

« Les entrepreneurs sont pris dans une certaine forme de schizophrénie : d’un côté, ils doivent être optimistes et volontaires pour entraîner leurs équipes, clients et actionnaires et de l’autre, ils doivent garder de l’humilité et du recul. »

Le fait d’être passés par les mêmes étapes et de connaître de manière intime leur activité, sans en avoir pour autant les commandes, nous donne une acuité particulière : nous pouvons analyser les situations de manière objective, là où les entrepreneurs ont plus de mal à être neutres sur leur situation. Concrètement, nous les aidons à se poser les bonnes questions et à y apporter une réponse.

 

 

A quels types de problèmes peuvent être confrontés ces entrepreneurs ?

 

Souvent, l’entrepreneur définit une offre et pense qu’il suffira de plus de moyens pour communiquer mieux et à plus grande échelle pour que cette offre se vende beaucoup plus…  Il ne se rend pas compte que l’offre est parfois bancale et que ce n’est pas en communiquant davantage qu’il vendra plus. Il faut donc veiller à avoir une proposition de valeur pertinente pour que le produit ou service se vende et que le business model soit bien pensé pour que le produit ne soit pas vendu à perte et que l’entreprise gagne de l’argent. Mais les entrepreneurs peuvent aussi se trouver face à beaucoup d’autres types de problèmes : divergences entre associés, choix stratégiques, recrutement d’hommes clés, freins psychologiques qui apparaissent lorsque l’activité se développe…

« Tout, du lancement d’une entreprise à son développement, passe par des hauts et des bas et le fait d’avoir un associé disponible en permanence pour accompagner une entreprise est extrêmement important. »

Nous sommes sur un accompagnement longue durée car les problématiques évoluent au fil du temps. Sur les premiers mois, il s’agit de bien définir la proposition de valeur, d’avoir un plan de développement national rapide… Ensuite, il faut s’adapter à des changements concurrentiels ou réfléchir à la stratégie à l’international, au financement, à bien s’entourer, …

« Ce n’est pas parce que vous êtes leader sur le marché que deux ans plus tard vous le serez encore. Il y a en permanence des problématiques qui font qu’il faut se poser les bonnes questions tout au long de la vie de l’entreprise. »

  

 

Plus facile d’entreprendre aujourd’hui qu’il y a 20 ans ?

 

Depuis 3 ans et demi qu’existe L’Accélérateur, voyez-vous les besoins des entrepreneurs évoluer ?

 

Les offres d’accompagnement se multiplient : des structures qui faisaient de l’incubation se sont reformatées pour devenir des accélérateurs, souvent avec des formules d’accompagnement de courte durée, des fonds d’investissement font maintenant aussi de l’investissement d’amorçage… Le paysage a beaucoup changé, par conséquent, les entrepreneurs qui viennent nous voir nous demandent davantage d’explications sur notre spécificité.

 

Quand j’ai connu l’entrepreneuriat, il y a vingt ans, au début du développement du numérique, ce qui était difficile, c’était de se lancer et de réunir des moyens financiers pour tous les moyens techniques que cela exigeait : la bande passante pour l’accès à Internet était très chère,  les serveurs pouvaient coûter plusieurs dizaines de milliers d’euros, il fallait acheter des logiciels… Dans bien des cas, il était compliqué de commencer sans avoir réuni quelques centaines de milliers d’euros dès le départ.

 

Aujourd’hui, c’est beaucoup plus facile parce que le coût de ces technologies a fortement chuté : les prix ont été divisés par 20 ou 30. On peut donc se lancer, tester une idée, avec 20 ou 30 000 euros, des sommes qu’il est relativement facile de réunir.

 

Autre élément facilitant : il n’y a jamais eu une telle promotion de l’entrepreneuriat en France.

« Depuis 2 ou 3 ans, beaucoup d’incubateurs se sont lancés, la FrenchTech a été créée, la BPI soutient énormément de projets avec des financements et des subventions, Pôle Emploi permet à des gens qui ont perdu leur emploi de toucher leurs indemnités en lançant une entreprise… Tout l’environnement public favorise la démarche entrepreneuriale. »

La contrepartie, c’est que la compétition n’a jamais été aussi vive. Quand il y a une bonne idée quelque part, elle est reprise immédiatement ailleurs : si vous lancez une activité et que le concept est intéressant, dans les six mois suivants, vous aurez 5 ou 10 concurrents.

« Si vous n’êtes pas très fort dans votre stratégie, vos choix, vos avantages concurrentiels et dans votre capacité à réunir des fonds pour aller plus vite et dans la meilleure direction que les autres, vous ne durerez pas longtemps. »

 

 

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Crédit photo : Nathan E Photography – « Going nowhere fast » / Flickr.com / Licence CC BY 2.0

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