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La télémédecine pour une santé accessible à tous, partout : regards croisés de Pierre Simon et Nicolas Vaillant

P.Simon et N.Vaillant 18 Nov 2014

S’il est un secteur où faire aboutir les progrès numériques au plus vite revêt une importance vitale, c’est bien celui de la santé. Alors que les médecins se font rares dans certains territoires, la télémédecine propose des solutions concrètes et efficaces pour rendre la santé réellement accessible à tous comme pour améliorer le quotidien des patients: écrans, capteurs, visioconférences médicales, caméras de haute précision…

 

Pierre Simon, président de la Société Française de Télémédecine et praticien pendant 32 ans au Centre Hospitalier de Saint Brieuc, et Nicolas Vaillant, Directeur de Clinifit, une entreprise spécialisée dans le renouvellement du matériel médical grâce au numérique, ont partagé avec nous leur vision de la santé du troisième millénaire. Tous deux partagent le même objectif : donner autonomie et pouvoir aux différents acteurs de la médecine, du médecin au patient.

 

L’accès aux soins, un droit fondamental

La télémédecine permet de concrétiser un droit fondamental, consacré par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : l’accès aux soins. Aujourd’hui, la croissance démographique et le vieillissement de la population tirent la demande à la hausse ; mais les habitants des territoires les plus reculés et/ou enclavés voient souvent, de fait, leur accès aux établissements de santé rendu très complexe par leur situation géographique. Ainsi, le numérique et la télémédecine constitue un remède très efficace à ce phénomène de “désertification médicale”, dont souffrent 2 millions de Français. Pierre Simon explique :

 

« Les déserts médicaux existent aussi bien au Canada qu’en Norvège ou en Australie… Et tous ces pays ont trouvé des solutions pour y faire face. Avec la télémédecine, pour soigner les gens à distance, la France peut faire aussi bien qu’eux et est déjà très bonne élève en la matière. »

 

Depuis 2010, le Gouvernement s’intéresse en effet particulièrement au développement du secteur pour réduire les inégalités territoriales. L’enjeu est démocratique, tout citoyen doit pouvoir accéder aux soins, quels que soient son origine, ses moyens financiers ou son lieu de résidence.

 

Le 28 février dernier, c’est même tout un programme de modernisation des hôpitaux et des cabinets médicaux que lançait le Premier ministre de l’époque, Jean-Marc Ayrault. Avec le programme “Territoires de Soin Numérique”, 18 régions bénéficient depuis fin juillet d’1,5 milliard d’euros pour initier le grand mouvement de rénovation numérique du secteur de la santé. Une révolution qui, selon Nicolas Vaillant, améliorera notre façon de vivre la maladie et l’hospitalisation.

 

Le travail (numérique), c’est la santé

 

« Dans le cadre personnel comme professionnel, le numérique est ancré dans le quotidien mais on constate toujours un fossé à l’hôpital, affirme le directeur de Clinifit. On cherche donc à intégrer ces mêmes infrastructures et technologies numériques pour faciliter le travail du personnel hospitalier, ou permettre au patient de poursuivre son activité professionnelle dans le cadre de son hospitalisation. Récemment, nous avons aussi permis à une maman de suivre les soins de son bébé qui était en service néo-natal, dans une cellule stérile, alors qu’elle-même était convalescente. »

 

Rien de si nouveau en soi, ajoute humblement Nicolas Vaillant : visioconférence, caméras de précision, écrans de grande qualité, autonomie énergétique des outils… : ces technologies existent déjà depuis un certain temps, mais leur usage en milieu hospitalier constitue à lui seul une sacrée prouesse – les enjeux imposant une fiabilité absolue des infrastructures :

 

« Il faut avoir des infrastructures qui, comme la fibre, permettent de traiter l’information rapidement. Avec la sécurisation des données transmises, c’est l’enjeu fondamental. En matière de données de santé, de nombreux freins réglementaires encadrent nos activités pour protéger les patients. »

 

Respecter le cadre légal : une priorité à laquelle veille le président de la Société Française de Télémédecine Pierre Simon. Le choix des partenaires revêt ainsi une importance cruciale, il exige une grande minutie :

 

« Pour faire une téléconsultation, c’est-à-dire une consultation à distance où le médecin examine le patient via un écran, on a besoin d’images de haute résolution, donc d’un niveau de débit d’au moins 2 mégabits par seconde pour transmettre les données en temps réel ainsi que les dossiers médicaux numérisés des patients. Il nous faut un opérateur réseau spécialisé dans l’usage du numérique en médecine, qui offre une bande passante fiable et de la sécurité. »

 

Outre les infrastructures, c’est l’accompagnement du personnel médical qui est nécessaire :

 

« Quelle que soit la qualité de la technologie, on accompagne pour créer de nouveaux usages et très vite faire gagner du temps pour sauver des vies. »

Le patient-acteur de sa santé : une réalité numérique

 

Permettre à un médecin d’assister au suivi d’une opération alors même qu’il se trouve à des milliers de kilomètres du bloc, effectuer une échographie sur un terminal aussi gros qu’un téléphone portable en pleine campagne, faire lire le résultat à un expert à l’autre bout du monde…Ces dispositifs télémédicaux ne relèvent pas de la science-fiction, Pierre Simon en expérimente depuis déjà… quinze ans !

 

« En tant que néphrologue, j’avais mis en place un dispositif de télé-dialyse entre la métropole et Saint-Pierre-et-Miquelon. Je pouvais surveiller les informations transmises par un rein artificiel à travers une plateforme centralisée et tout surveiller ainsi. »

 

Une pratique à laquelle se soumettent volontiers de nombreux patients, de plus en plus conscients des bénéfices du numérique. L’installation de matériel moderne au sein de l’hôpital répond donc à une attente de la société où chacun devient acteur de sa propre santé :

 

« On assiste à un changement de rapport patient/soignant où le patient a désormais des outils pour se prendre en charge et communiquer à ce sujet avec son médecin, affirme Nicolas Vaillant. Il sait lire ses bulletins de santé ou trouver les informations pour le faire et il faut savoir s’y adapter. »

 

Des outils qui rendent le patient plus autonome et qui soulagent le personnel médical de certaines tâches. Autant de temps disponible que ce dernier peut alors consacrer à ceux qui sont le plus dans le besoin, comme les personnes âgées, souvent isolées. Pierre Simon raconte :

 

« La télésurveillance précise d’une maladie peut être assurée par une infirmière, qui définit avec le patient et le docteur un niveau d’alerte à partir duquel il faut intervenir. Le télé-mentorat permet en outre de guider et d’accompagner ces personnes en permanence, et notamment en cas de chute à domicile. »

 

Seniors, nouveau-nés, mamans et professionnels de santé … La télémédecine fait entrer la santé dans une nouvelle ère. Qu’attendons-nous pour transformer la vague en raz-de-marée ?

 

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