Digital for all now

L’école est morte, vive l’école !

Econocom 26 Nov 2014

Un professeur à moustache portant une blouse, posté sur son estrade dos au tableau noir, les mains entachées de craie blanche et face à une assemblée de jeunes écoliers qui écoutent religieusement : voilà l’image d’Epinal de l’école. Un modèle d’enseignement magistral, linéaire et unilatéral progressivement amendé et en passe d’être révolutionné.

 

L’école d’aujourd’hui ne peut former les cerveaux de demain sans tenir compte des bouleversements technologiques qui secouent nos sociétés. Plus encore, elle doit être la première actrice du changement grâce au digital, qui représente un allié de poids pour repenser son fonctionnement et mieux accomplir leur mission d’éducation, d’instruction et d’égalité des chances entre les élèves des collèges et lycées. L’éclosion des talents futurs est numérique ! Voyage en immersion.

 

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« Nous avons fait le pari du numérique il y a près de dix ans. »

Direction Aix en Provence (Bouches-du-Rhône), à la rencontre d’Hélène Melgar, directrice du lycée général et technologique Sainte Marie, et de son équipe. Vidéoprojecteurs, tablettes tactiles, infrastructures en réseau : le lycée a résolument pris le virage numérique. Enseignants, techniciens ou élèves, tous les acteurs sans exception sont enthousiasmés par les nouvelles méthodes pédagogiques qui accompagnent l’introduction des nouveaux outils. La directrice commence :

 

« Nous avons fait le pari du digital il y a près de dix ans. Puisque le lycée dispense un enseignement à la fois général et technologique, nous avions tout le crédit pour être précurseur. Sans notre infrastructure en réseau, rien n’aurait été possible. Aujourd’hui nous avons 24 salles avec 24 vidéoprojecteurs, 300 élèves et autant de tablettes tactiles pour mettre en œuvre le cursus pédagogique. Les classes de 3ème ont à disposition les tablettes dans les salles. Les lycéens possèdent la leur en échange d’une contribution mensuelle de 20€. A la fin de leur scolarité la tablette est payée. Chaque étudiant peut suivre son cursus scolaire avec sa tablette, cela concerne toutes les matières sans exceptions. »

Derrière ses lunettes rectangulaires et sa mèche blonde se cache une passion du partage, la quintessence de l’enseignement. Une vocation qui passe aujourd’hui par la tablette :

 

« Du planning des cours à la gestion des absences et du système de correction des devoirs, tout est informatisé. On veut que les jeunes vivent avec leur temps tout en exploitant les outils numériques pour l’enseignement et l’éducation.»

 

Une manière de repousser les murs de l’institution tout en définissant un nouveau cadre d’exigences individuelles et collectives.

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Le Digital for all now que propose le lycée Sainte-Marie s’inscrit dans la lignée du « connectivisme », nouvelle théorie de l’enseignement portée par le professeur Georges Siemens et qui veut fonder l’apprentissage en lien avec les outils numériques. C’est une révolution… qui s’inscrit dans une continuité socio-historique : le connectivisme succède au behaviorisme (l’enseignement se fondant sur l’observation) et au cognitivisme (la pensée comme processus de traitement de l’information), lui-même ancêtre du constructivisme – qui veut que l’individu s’approprie les informations plus qu’il ne les ingurgite. Bref, les tablettes comme outils d’enseignement représentent une évolution structurelle de l’éducation, le sens de l’Histoire !

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« Les élèves jouent vraiment le jeu et s’investissent au-delà des portes de l’établissement »

 

Ces différentes conceptions de l’enseignement ne s’opposent pas, elles se complètent. Olivier Mavenel, professeur de Sciences économiques et sociales en classe de seconde :

« Le cours est beaucoup plus interactif, réactif et captivant pour les étudiants. On garde une base de direction et d’accompagnement, mais on créer de l’autonomie et surtout de l’engouement. Certains élèves manquent de confiance en eux, la tablette leur permet de reprendre confiance en leurs capacités. Avec quelques applications simples, ils font des choses fantastiques.

 

La grande surprise vient de leur investissement. Avec une classe de 3ème, on a lancé un site internet. Les élèves jouent vraiment le jeu et s’investissent au-delà des portes de l’établissement. Pour les enseignants, c’est galvanisant. On est plus en phase avec les élèves car ces derniers utilisaient déjà les tablettes et les outils numériques chez eux. C’est une génération de l’instant. Enfin, nous avons les outils pour leur répondre et progresser avec eux. Leur vision des examens a changé par exemple. Désormais, on fait des quizz. Ils ont la réponse de manière quasi-instantanée, alors ils sont plus réactifs et ont cette soif d’apprendre que l’on ne voyait pas autant avant.

 

Ça nous demande juste plus de travail au préalable et il reste quelques détails techniques à faire évoluer. L’accès au réseau, Internet et les mots de passe doivent être simplifiés pour fluidifier encore plus l’enseignement. Mais on réduit la distance avec les élèves et on créer des synergies éducatives. On va de l’avant tous ensemble ! »

 

« L’ergonomie reste le maitre mot »

 

Une vision que partage Isabelle Gassier, professeure de logistique, droit et transport :

 

« L’iPad est l’outil idéal pour les disciplines que j’enseigne. Au début j’étais réticente à l’idée de partager tous mes cours sur la Dropbox. Finalement, les cours s’avèrent bien plus dynamiques et riches en interactions. Et je me rends compte qu’ils consultent vraiment les leçons une fois chez eux. »

 

Une fois chez eux, les élèves ne vivent plus le travail personnel comme « des devoirs ». Vers la fin de la fracture entre salle de classe et domicile ? Probablement. Au fond, ces élèves prennent déjà le pli du nouveau monde du travail et des métiers d’aujourd’hui – et de demain, qui nécessitent souvent une veille constante et un accès permanent aux dossiers en cours.

 

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Pour Isabelle Gassier, la clé de ces nouvelles méthodes d’enseignement se trouve dans l’harmonisation de l’apprentissage entre les disciplines et dans l’ergonomie des outils digitaux comme des applications. A la manière des livres à une époque, il faut élaborer un format standard :

 

« Les professeurs devront à terme travailler de la même manière et uniformiser leurs méthodes : il faut le même fonctionnement d’application pour que l’élève n’ait aucun frein à son apprentissage. Le numérique offre cette possibilité. Il faut fluidifier les process et ne pas se contraindre avec une ribambelle de mots de passe ou d’applications trop différentes dans leur organisation.
L’ergonomie reste le maitre mot. Car ces tablettes nous procurent une facilité d’exécution mais aussi d’organisation et de suivi des élèves. Chacun devient pro-actif, on le ressent en classe. Les élèves s’épanouissent bien plus. »

« J’ai grandi en Chine, les professeurs avaient tous des tableaux interactifs. Ici, on a chacun sa propre tablette »

Du point de vue des premiers intéressés, les élèves, cette nouvelle forme d’apprentissage sonne comme une délivrance. Hugo, élève en seconde, se confie : « J’écris tellement mal, si vous saviez. Avec la tablette je suis au niveau de tout le monde. Puis j’apprends bien plus vite car j’organise mieux et plus facilement mes cours. J’ai grandi en Chine et les professeurs avaient tous des tableaux interactifs. Mais ici, on a chacun sa propre tablette. Et on ne le dit pas trop mais ça permet de prendre part au cours d’une autre manière. On ne se contente pas de copier bêtement ce que dit le prof’. On participe, on agit, et le soir, on va chercher les cours sur Evernote ou sur la Dropbox de la classe pour avoir les bases. » Ces derniers ne s’étonnent plus de faire des heures supp’. Pour eux la simplicité et l’instantanéité si chères à leur génération se cristallisent dans cette tablette d’à peine dix pouces.

 

 

Pour Maxime, lui aussi élève de seconde :

 

« On a vraiment de la chance d’être équipé de la sorte. A la maison j’avais déjà une tablette mais elle servait surtout pour le divertissement. J’ai commencé à réviser avec pour le brevet l’an passé. Puis ma sœur m’a demandé de l’aide pour passer son Bac. Finalement la tablette se transforme en bureau. En plus tout va plus vite, même pour apprendre, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Lors des cours on se partage le tableau avec le Airplay. Tour à tour on présente nos exposés, on fait le cours avec le professeur. »

 

Une vision idyllique de la formation qui semble ne souffrir d’aucune faille. Aucune ? Pas totalement. Isabelle Gassier admet que « si on devait reprocher une chose à ce nouveau dispositif c’est le temps perdu à rentrer les mots de passe et les quelques aléas du Wifi. Il y a pire comme problématique d’enseignement, non? »

 

Le Digital for all now prend toute son ampleur au lycée Sainte-Marie en créant un écosystème stimulant pour tous les acteurs, de l’équipe pédagogique aux étudiants qui jouent un rôle de plus en plus important dans leur cursus scolaire, qu’ils façonnent à leur image. L’investissement, l’esprit d’équipe et la gestion de projet deviennent les maitres mots de l’établissement grâce au digital. Motivé par une forte ambition de la direction et du corps enseignant, le lycée Sainte-Marie s’impose comme le prototype de l’école qui vit avec les usages des nouvelles générations et qui les prépare efficacement aux postes clés de l’économie de demain.

 

« Comment décrieriez-vous le lycée idéal ? » La parole est aux élèves

 

Jenifer : « Le rêve serait de pouvoir suivre les cours d’autres lycées à travers le monde. Notre communauté et nos travaux ne se cantonneraient pas aux limites physiques du bâtiment. On pourra travailler avec des anglais, des chinois, des australiens. On aurait de vraies responsabilités, ça ne serait pas travailler pour seulement apprendre. Mais pour que ce soit possible, il faut que tout le monde dispose des mêmes outils. »

 

Hugo : « Dans le lycée idéal, le papier aurait une valeur sacrée et ne serait mobilisé que ponctuellement. On ferait tout grâce à des outils numériques connectés à nos cerveaux pour exploiter le maximum de nos capacités. Pas de perte entre l’idée et sa conception. J’ai hâte! »

 

Marie : « J’aimerais qu’on puisse visiter n’importe quel lieu depuis nos tablettes et qu’on puisse s’y installer pour travailler, afin d’avoir l’environnement qui nous correspond le mieux pour se sentir à l’aise. On se baladerait dans les musées, les centres scientifiques etc. On n’aurait plus besoin de s’assoir derrière une chaise pour apprendre. Je réviserais l’histoire au Louvres et j’apprendrais la géographie lors d’une randonnée dans les montagnes. Et nos tablettes du futur enregistreront tout pour nous. Elles seront comme des assistantes dans nos devoirs sur le terrain. »

 

Pierre : « On aura tous autant de chance de réussir car les outils numériques seront si performants et personnalisés à notre image qu’il combleront nos éventuelles lacunes. On travaillera plus vite et mieux. Ca veut dire qu’on ne sera pas stressé, qu’on travaillera en équipe et qu’il n’y aura plus de système de notation, on sera tous dans la cour des grands. »

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