Digital for all now

#LiFi : quand la lumière se transforme en data

Econocom 2 Nov 2016

Une connexion Internet haut débit qui passe par la lumière ? C’est désormais possible grâce à la solution innovante mise sur le marché par Lucibel en septembre 2016. Après quatre ans de R&D, le LiFi va sans doute faire des étincelles : déjà déployé chez plusieurs partenaires de l’entreprise, ses atouts en matière de sécurité pourraient lui ouvrir les portes de secteurs sensibles, comme la santé, la défense ou l’industrie nucléaire. Explications avec Edouard Lebrun, Directeur Innovation chez Lucibel.

 

Lucibel est une PME française qui conçoit, fabrique et commercialise des produits et services fondés sur technologie LED. Ses solutions innovantes s’inscrivent dans trois axes de développement majeurs : l’éclairage, le bien-être avec des technologies d’éclairage circadien, et la communication par la lumière.

 

-> Découvrez aussi notre interview de Frédéric Granotier, fondateur et PDG de Lucibel

 

 

pleins feux sur la lumiere numerique

 

Quelles solutions proposez-vous pour « communiquer par la lumière » ?

 

En septembre 2016, nous avons mis sur la marché la première génération de luminaires industrialisés LiFi (Light Fidelity), une technologie bidirectionnelle haut débit d’échange de données par la lumière, permettant un accès Internet ou intranet. Et nous travaillons sur le VLC, Visible Light Communication, une application de transmission de données monodirectionnelle, qui permet notamment de faire de la géolocalisation indoor.

C’est très important de bien avoir cette distinction en tête pour faire une analogie avec les technologies de transmission de données sur base d’ondes radio. Le WiFi, le Bluetooth ou encore la 4G ont des applications diverses, dans des environnements différents : indoor, outdoor, plus ou moins grandes distances… On utilise plutôt le WiFi pour la communication et le Bluetooth pour l’interaction. Sur le même modèle, dans les technologies de transmission de données utilisant les ondes lumineuses, nous avons d’un côté le VLC, plutôt pour du déclenchement contextuel (beacon, par exemple) et le LiFi pour une connexion Internet par les ondes lumineuses.

 

Comment fonctionne le LiFi ?

 

Quelle que soit la technologie concernée, VLC ou LiFi, nous utilisons une propriété de la LED (diode électroluminescente) qui, lorsqu’elle est traversée par un courant électrique, émet de la lumière en scintillant. C’est grâce à cette modulation binaire – diode allumée ou éteinte – que nous arrivons à transmettre des données.

 

 

Un éclairage a priori normal, capable de transmettre des megaoctets de données

 

Nous arrivons à moduler la diode à très haute fréquence, plusieurs millions de fois par seconde, sans que cela ne soit perceptible par l’œil humain. Nous pouvons ainsi envoyer des mégaoctets de données, jusqu’à 42 MB par seconde.

 

 

Ça fait un peu plus de 4 ans que nous sommes en phase de R&D. En 2015, nous avons installé des prototypes chez notre partenaire Sogeprom (promoteur immobilier et filiale de la Société Générale). Après 18 mois passés à travailler sur l’industrialisation de notre solution, nous avons officiellement présenté la technologie le 21 septembre 2016, sur le Campus Microsoft.

 

Quels sont les avantages de cette nouvelle technologie ?

 

Un des avantages clés, c’est la sécurité. La proposition de valeur du LiFi est de sécuriser les derniers mètres de connectivité sans fil. Un réseau WiFi, ce sont des ondes radio qui traversent les murs. Dans un immeuble, on peut ainsi capter les réseaux WiFi des voisins et, quand on s’y connaît un peu en informatique, ce n’est pas très compliqué de casser les codes de sécurité et donc potentiellement de dérober les informations contenues sur les PC et tablettes. C’est la même chose dans les entreprises : des personnes mal intentionnées peuvent se positionner en dehors du building avec des antennes suffisamment puissantes pour capter le réseau WiFi et ainsi accéder aux informations.

 

Dans ce contexte, l’intérêt de la lumière, c’est que, contrairement aux ondes radio, elle ne traverse pas les murs. Par conséquent, il est possible d’offrir de la mobilité d’accès à Internet, tout en étant sécurisé.

Evidemment, rien n’est inviolable et des hackers peuvent intervenir directement sur la structure physique, mais concrètement, pour dérober des informations, il faudrait que le pirate soit avec l’utilisateur, sous le cône de lumière du dispositif LiFi.

 

Quelles perspectives d’usage peut-on citer ?

 

Lors de la dernière édition des Trophées de la Sécurité, qui s’est déroulée le 26 septembre 2016 et a réuni plus de 400 professionnels du secteur, nous avons remporté le prix de la Cyber-Sécurité. Sogeprom et Nexity ont d’ores et déjà intégré la solution dans leurs locaux. La technologie a été mise sur le marché en septembre 2016. A l’heure actuelle, nous sommes donc en plein démarrage, en phase de qualification avec de grandes entreprises liées à la sécurité privée ou à la défense.

La logique de l’industrialisation, c’était de rendre le luminaire aussi compact qu’un luminaire classique et de faire qu’il puisse être piloté par la Gestion Technique de Bâtiment (GTB). Et, comme c’est également un point d’accès réseau, il fallait qu’il puisse aussi s’intégrer dans les systèmes d’authentification utilisés par les DSI, afin de pouvoir être piloté à distance, comme n’importe quel autre point d’accès.

Ce sont ces trois aspects – compacité, intégration dans la GTP en tant que luminaire et intégration dans les systèmes d’authentification en tant que point d’accès réseau – qui font que le dispositif est aujourd’hui qualifiable et intégrable par les filières classiques du bâtiment et du monde du réseau.

 

 

Des applications qui vont De la Centrale nucleaire à la halte-garderie

 

Par ailleurs, un autre avantage de la solution, davantage lié à la sûreté qu’à la sécurité, c’est le fait qu’elle peut offrir de la mobilité d’accès à Internet dans tous les environnements où il y a des contraintes en termes de normes électromagnétiques, par exemple, les zones industrielles sensibles, les centrales nucléaires, certains hôpitaux où se trouvent des IRM et des blocs opératoires… D’un point de vue plus réglementaire, cela permet également de répondre à la loi Abeille, qui interdit la mise en place de borne WiFI dans les lieux qui accueillent des enfants de moins de trois ans, comme les crèches ou les garderies. Dans ces environnements-là, passer par du LiFi est une bonne alternative.

 

A lire aussi :

-> #Sécurité : Faut-il se méfier du cloud ? Réponses avec Grégory Haïk (EuroCloud France)

-> Sécurité des objets connectés : quels enjeux ?

-> Jean-Claude Tapia, Digital Security : « La sécurité numérique exige un co-arbitrage impliquant les métiers et l’IT »

 

Crédit photo : Andrew_Writer / Flickr.com / Licence CC BY 2.0

Vous aussi prenez la parole et partagez avec nous votre histoire de Digital Maker !