Digital for all now

Lycée Pilote du Futuroscope : Accompagner les élèves sur les territoires numériques

Econocom 20 Avr 2015

Le Lycée Pilote Innovant International du Futuroscope n’est pas un lycée ordinaire. Depuis près de 30 ans, il forme les jeunes à une société qui évolue en permanence. A la fois centré sur l’élève et ouvert sur l’extérieur, l’objectif du LP2I est de donner aux lycéens un maximum d’autonomie et les moyens de s’adapter à un monde professionnel de plus en plus digital.

Passé au tout numérique début janvier 2013 avec des tablettes tactiles mises à disposition du personnel et des élèves, les cours y sont téléchargeables et les emplois du temps assouplis pour permettre un suivi personnalisé de chaque élève. Les jeunes ont ainsi l’opportunité de réaliser de nombreux travaux individuels et collectifs qu’ils rassemblent ensuite dans leur WEBfolio, un portfolio numérique qui peut aussi contenir des projets réalisés en dehors de l’école. Découverte avec Hélène Paumier, professeure de lettres et de TICE et médias.

 

Un lycée complètement « digital for all now »

Ouvert en 1987, en même temps que son voisin le Futuroscope, le LP2I de Jaunay-Clan, non loin de Poitiers, est le premier en France à être passé au 100 % digital. Au 1er janvier 2013, élèves, enseignants et membres de l’administration avaient tous une tablette dans les mains. Depuis, finies les heures passées à la photocopieuse, tous les documents produits par les enseignants sont mis en ligne sur l’ENT, l’espace numérique de travail. Pour les élèves, comme pour les professeurs, cette nouvelle façon de travailler offre de nouvelles perspectives et apporte de l’interactivité à l’enseignement. Toutefois, si les élèves sont incités à télécharger le matériel pédagogique avant le cours, ils ne sont cependant pas obligés d’utiliser les tablettes et peuvent continuer à prendre des notes papier s’ils le souhaitent.

 

Plus besoin d’acheter des livres puisqu’élèves et professeurs utilisent désormais uniquement des manuels scolaires au format numérique. Certains professeurs, comme Hélène Paumier, regrettent néanmoins le manque de choix disponible :

« Plusieurs éditeurs, comme Hatier, Nathan ou Bordas, proposent des manuels scolaires numériques. Nous avons pourtant du mal à trouver des ouvrages qui nous conviennent, qui soient vraiment interactifs et répondent à nos besoins pédagogiques. »

Les tablettes sont fournies au début de la scolarité et peuvent être conservées par les élèves lorsqu’ils obtiennent leur BAC et quittent l’établissement. Un bémol : quelques-unes ont du mal à tenir le choc.

« Je ne dirai pas que nos élèves sont des brutes mais les tablettes ne sont pas conçues pour passer trois ans dans un sac à dos… Certaines ont du mal à résister ! »

 

Le WEBfolio, conçu pour regrouper les travaux des élèves

Dans ce lycée pilote, les 500 élèves, sélectionnés en fonction de leur motivation, sont formés à devenir plus autonomes, plus responsables, plus ouverts, plus créatifs. Cela passe par l’aménagement du temps scolaire : les cours durent 50 minutes afin qu’une partie du temps d’enseignement puisse être consacrée à des séquences d’approfondissement et de suivi des connaissances ainsi qu’à des travaux  transdisciplinaires. C’est d’ailleurs de là qu’est venue l’idée du WEBfolio, explique Hélène Paumier, puisque les élèves avaient besoin d’un endroit où regrouper leurs différents projets :

« Beaucoup nous appelaient après avoir quitté l’établissement pour savoir si nous avions gardé une trace d’une vidéo ou d’un projet audio effectué au LP2I car ils en avaient besoin dans leur parcours post bac. Parfois un professeur pouvait leur fournir, parfois non. C’est comme ça que nous est venue l’idée d’un portfolio dans lequel les élèves pourraient conserver tous leurs projets ».

Les enseignants ont commencé par mettre en place un projet de portfolio numérique qui intégrait notamment la création de cartes heuristiques conçues avec le logiciel de mind mapping Freeplane. Toutefois, ils se sont vite rendu compte que les élèves manifestaient assez peu d’enthousiasme et avaient du mal à adhérer au concept. En 2012, ils ont donc refondu le projet pour imaginer le WEBfolio. L’idée est simple : une liste d’outils est mise à disposition des élèves pour qu’ils puissent choisir le support ou le mix de supports qui conviendra le mieux à leur projet : Prezi pour une présentation type diaporama, WordPress, Tumblr mais aussi Soundclound pour les productions audio, Picasa pour les photos, Youtube ou Vimeo pour les vidéos… Une fois l’outil choisi et les éléments à présenter rassemblés, les jeunes peuvent alors construire leur WEBfolio :

«  Souvent, les élèves viennent nous demander s’ils peuvent intégrer tel ou tel élément à leur WEBfolio. On leur répond qu’ils peuvent y mettre tout ce qu’ils estiment pertinent : des bulletins scolaires scannés, des photos d’un voyage à l’étranger… On les responsabilise en leur disant : c’est TON WEBfolio, c’est TOI qui choisis la forme que tu veux lui donner et ce que tu veux mettre dedans en fonction de ton projet d’orientation. »

Pour Hélène Paumier, l’objectif est que le WEBfolio évolue avec l’élève et soit ensuite poursuivi sur des sites comme LinkedIn ou Viadeo.

 

Familiariser les élèves avec les aspects juridiques du net

La question du droit revient souvent puisque le concept même du WEBfolio est d’amener des mineurs à publier leurs travaux sur Internet. La réponse d’Hélène Paumier est claire : les élèves sont très bien informés et signent des consentements avant de mettre des contenus en ligne. Leur WEBfolio est considéré comme un site personnel sur lequel ils publient en tant qu’individus et non en tant qu’élève du LP2I.

« Les élèves connaissent déjà les outils mais nous devons leur expliquer les implications juridiques. Ils ne connaissent pas les licences Creative Commons et ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas utiliser une chanson dont ils ne possèdent pas les droits pour illustrer une vidéo »

Pour la professeure, sur ce type de sujets, les cours magistraux sont inefficaces : il est essentiel de mettre les élèves en situation de publication. Lors du salon écriTEch’6, elle expliquait :

« Le rôle de l’école est d’accompagner les élèves sur les territoires du net pour leur apprendre à indiquer les sources, à respecter les droits des uns et des autres, à utiliser les licences Creative Commons… Le travail s’avère particulièrement instructif : quand on a fait de la radio, on n’est plus jamais le même auditeur. »

L’école doit donc accompagner les élèves pour qu’ils deviennent des usagers avertis du web… Et cela exige évidement de se doter de l’équipement adapté. Au LP2I, pour la construction du WEBfolio, les élèves n’utilisent pas leurs tablettes, adaptées pour la recherche documentaire et la consultation mais assez peu à la production, ils le font sur les ordinateurs de l’école lors des temps dédiés au projet ou chez eux.

 

Aider les élèves à mieux comprendre et mieux maitriser les outils du digital, c’est aussi ça le rôle de l’école. La formation des jeunes au numérique est un combat qui ne peut pas attendre. Au cœur du mouvement Digital for all NOW, c’est elle qui nous aidera à construire la société de demain ! 

 

 

Pour aller plus loin :

Pierrick Petillon : « Les tablettes à l’école transforment totalement la place de l’enseignant dans la classe »

L’école est morte, vive l’école : reportage au lycée général et technologique Sainte Marie

A l’école aussi, digital doit rimer avec sécurité des données

 

Crédit photo : ebayink – Tablet use 1 / Flickr.com / Licence CC BY-NC-ND 2.0

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