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Mathieu Jeandron, Direction du Numérique pour l’Éducation – Pour faire entrer le numérique à l’Ecole, tout le monde doit avancer en même temps

Econocom 30 Nov 2015

Diplômé de Polytechnique et de Télécom Paris, Mathieu Jeandron est rentré dans le service public en 2002 avec la volonté marquée de répondre à des problématiques qui touchent à l’ensemble de ses concitoyens. Son parcours l’a d’abord amené à travailler sur des projets très techniques au sein de la direction informatique du ministère de l’Intérieur. Plus tard, il a rejoint la Direction interministérielle des systèmes d’information et de communication (DISIC) où il a piloté la stratégie informatique publique. Enfin, en septembre 2015, c’est en tant que directeur du numérique pour l’éducation (DNE) qu’il est arrivé au ministère de l’Education nationale.

 

Comment faire évoluer une institution qui compte plus de 850 000 enseignants et prend en charge plus de 12 millions d’élèves ? Quels sont les chantiers en cours ? Comment collaborer avec les professeurs sur les questions liées au numérique ? Mathieu Jeandron a accepté de répondre à nos questions.

 

 

faire de l’élève un acteur éclairé du monde numérique

 

Quel est le rôle de la direction du numérique pour l’éducation ?

 

La direction du numérique pour l’éducation est assez particulière puisqu’elle associe deux types de compétences : les compétences informatiques que l’on trouve traditionnellement dans une DSI et celles de l’ensemble des acteurs qui travaillent à l’évolution des usages pédagogiques dans le monde numérique. Nous traitons donc aussi bien de sujets liés la transformation de la relation à l’usager – parents, élèves mais aussi enseignants  – que de sujets de back-office, comme par exemple le traitement et la gestion de la paye… En fait, tout ce qui permet au ministère de fonctionner.

Au total, la DNE compte 200 collaborateurs : près de 150 s’occupent du pilotage de l’informatique du ministère et une cinquantaine du développement des usages et du plan numérique pour l’éducation.

 

Quels sont les grands chantiers sur lesquels vous travaillez ?

 

Il y a bien sûr le plan présidentiel puisque François Hollande a décidé de faire de l’Ecole une priorité principale de son quinquennat.

 

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Dans une cohérence d’ensemble avec la réforme du collège et dans la suite de la loi de refondation de l’école de Vincent Peillon de 2013, il a été décidé d’accélérer et de généraliser l’usage du numérique, notamment à partir de la classe de 5e, avec un investissement fort de l’Etat en matière de formation des enseignants, de ressources numériques et d’équipement en tablettes ou outils mobiles. Cela implique des chantiers sur de nouveaux enseignements liés au numérique et plus particulièrement à l’éducation aux médias et à l’information.

 

« Nous souhaitons que l’ensemble des élèves soient formés aux meilleurs usages du numérique. L’objectif est de structurer une approche qui fasse de l’enfant un acteur éclairé du monde numérique et pas seulement un consommateur de réseaux. »

 

Avant les déploiements de grande taille, dès la rentrée 2015, nous avons commencé à mettre en place des dispositifs dans des collèges préfigurateurs : nous avons équipé un certain nombre d’établissements, nous avons formé les enseignants et mis à leur disposition des ressources numériques. Aujourd’hui, nous pouvons donc observer la façon dont les enseignants, les élèves et l’établissement d’une manière générale se sont approprié les outils numériques et mesurer les effets en matière de pédagogie.

 

« L’enjeu du numérique à l’Ecole, ce n’est pas juste de faire joli ou “moderne”, c’est de renforcer l’efficacité pédagogique. »

 

L’outil numérique donne la possibilité au professeur de passer plus de temps avec chacun des élèves, d’accélérer les séances de cours et de mesurer le degré d’appropriation des enseignements. Cela permet de faire beaucoup de choses de façon plus simple et plus fluide et d’avoir une pédagogie plus différenciée élève par élève. On peut par exemple citer les expérimentations qui ont été menées sur la classe inversée et la façon dont on peut aujourd’hui faire suivre aux élèves les cours magistraux chez eux, sous forme de ressources numériques, et consacrer les cours en présentiel à la compréhension fine et à la levée des difficultés d’une façon plus individuelle et ciblée.

 

Sur quels autres projets travaillez-vous ?

 

Nous avons mis en place un portail de ressources issues des établissements culturels et scientifiques du secteur public. Le dispositif s’appelle Éduthèque. Grâce à un partenariat très large avec par exemple Arte, Le Louvre, la BNF ou encore le CNRS, nous mettons à disposition des enseignants de nombreuses ressources numériques produites par ces Institutions publiques.

 

En lien avec le réseau Canopé, un opérateur du ministère, nous avons créé un réseau social professionnel des enseignants, Viaeduc. Il permet aux professeurs d’échanger de façon très étroite – et en dehors des canaux spécifiques – sur les ressources, les outils ou les bonnes pratiques pédagogiques.

 

Enfin, M@gistère est une plateforme de formation en ligne destinée aux enseignants. La formation continue est un véritable enjeu : pour les professeurs, ce n’est pas forcément simple de s’absenter de leur classe ou de prendre du temps en dehors des heures de cours pour la formation. Ce dispositif de formation en ligne tutoré est donc là pour leur permettre d’accéder à une offre nationale de formation à distance.

 

 

Proposer du concret pour lutter contre l’inertie

 

Rencontrez-vous des obstacles à la transformation ?

 

Comme partout, nous rencontrons une certaine inertie, inhérente à la taille du ministère. Pour que le changement touche l’ensemble des parties prenantes, il faut du temps, des convictions et surtout des exemples, expérimentations et démonstrations. Le concret rassemble plus facilement qu’une stratégie théorique que les gens pourraient rejeter parce qu’elle leur paraît un peu artificielle.

 

« Nous sommes tous accaparés par un existant. La principale difficulté du changement, c’est qu’avant qu’il ne se substitue au fonctionnement actuel, il y a une charge supplémentaire à absorber… Ce qui n’est pas complétement évident. »

 

Aujourd’hui, se pose la question du manuel scolaire. Quand nous discutons avec des éditeurs de manuels scolaires, nous nous rendons compte qu’ils sont conscients des modifications profondes de leur modèle : passer d’un manuel papier à des ressources numériques interactives est un investissement qu’ils sont prêts à faire. L’un des obstacles, c’est le besoin de coordination étroite avec l’ensemble de l’écosystème : tant qu’il n’y a pas de tablettes massivement déployées, les éditeurs hésitent à investir dans le manuel numérique car très peu vont l’utiliser. A l’inverse, tant qu’il n’y a pas de ressources numériques disponibles et facilement accessibles, ce n’est pas très intéressant d’avoir des tablettes en classe car on accède à pas grand-chose et qu’on est vite obligé de sortir le livre.

 

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La principale inertie est donc liée à ces interdépendances très lourdes qui nécessitent pour nous d’agir sur tous les tableaux en même temps. Et puisqu’on parle de ressources, il faut aussi imaginer qu’elles ne sont utilisables que par des professeurs qui sont formés, dans des établissements connectés avec le bon débit et avec un chef d’établissement convaincu et porteur du changement. Le nombre de conditions à réunir est assez important.

 

« Concernant le numérique à l’Ecole, tout le monde a envie de dire que le prérequis, c’est l’autre, alors que tout le monde doit avancer en même temps. » 

Collaborer avec les enseignants dans une logique bottom up

 

Comment arrivez-vous à collaborer avec les enseignants ?

 

Côté professeurs, il y a une grande impulsion nationale et une volonté d’avancer qui est très forte avec des investissements et un certain nombre de solutions et de dispositifs nationaux.

 

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Nous avons organisé notre dispositif sur la base du bottom up. Nous faisons beaucoup intervenir les enseignants. Ce sont d’ailleurs eux qui, la plupart du temps, fabriquent les ressources numériques pour le compte des éditeurs. C’est donc dès le départ un travail de terrain.

 

« Nous essayons de ne pas mettre de carcans en matière de développement d’usages. Si nous organisons des échanges de bonnes pratiques et que nous mettons à disposition des ressources, nous prenons bien soin de conserver l’essentiel de la liberté d’initiative au niveau local. »

 

La révolution numérique du secteur de l’éducation est en marche : les différents acteurs ont déjà pris conscience de l’urgence de la transformation. Les enseignants sont pour la plupart déjà prêts à faire entrer l’Ecole dans l’ère numérique, comme le prouvent les nombreux exemples que nous publions chaque semaine… Pas de doute, le changement, à l’Ecole, c’est NOW !

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