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Raphaël Mastier, Microsoft France : Le secteur hospitalier doit industrialiser sa modernisation numérique

Raphaël Mastier 29 Mai 2015

Les  établissements hospitaliers ont-ils entamé leur transformation numérique ? Quelles sont les dernières innovations digitales dans le secteur de la santé ? A quoi ressemblera la médecine de demain ? Où en est la France en matière d’e-santé ? Etat des lieux du numérique à l’hôpital avec Raphaël Mastier, en charge du développement du secteur santé chez Microsoft France.    

 

 

Le numérique, véritable atout pour les hôpitaux

 

Où en sont les hôpitaux sur la question du numérique ?

« Historiquement, le numérique n’a pas été considéré comme quelque chose de stratégique dans le monde hospitalier. » 

Raphaël Mastier : Au fil du temps, les hôpitaux ont accumulé du retard sur le sujet. Du fait d’investissements assez faibles, des solutions ont été mises en place sans être renouvelées par la suite et sont devenues complètement obsolètes. Leur très forte fragmentation a complexifié le déploiement et l’interopérabilité et a fait qu’aujourd’hui, il est nécessaire de transformer beaucoup de choses.

 

 

Quid de la data dans le secteur hospitalier ?

 « La santé est un des secteurs qui produit le plus de données mais qui, paradoxalement, en exploite le moins. »

Nous avons trois types de données : la donnée médicale, la donnée administrative et la donnée financière. Si ces données étaient mieux exploitées, nous pourrions apporter une aide précieuse aux médecins et aux directions mais aussi participer à l’effort global de prévention Nous proposons des solutions d’analyse et de pilotage. A l’hôpital Saint Joseph, par exemple, des outils de business intelligence ont permis d’optimiser le taux d’occupation des lits et le temps d’attente aux urgences. Les personnels ont ouvert les yeux sur les données qu’ils avaient à disposition et cela leur a permis de beaucoup mieux piloter, surveiller et anticiper sur le fonctionnement de l’hôpital.

« Ce qui va arriver de plus en plus, c’est l’analyse prédictive, que l’on appelle aussi le machine learning, c’est-à-dire la capacité à analyser un certain nombre d’informations en amont pour améliorer le fonctionnement d’un système ou d’une organisation. »

Avec l’analyse prédictive, le temps d’attente aux urgences pourra être calculé à partir d’une analyse effectuée sur plusieurs années. Il sera ainsi possible d’anticiper les équipes et ressources nécessaires. Autre exemple : avec le machine learning, en analysant les données de tous les patients ayant une pathologie et étant hospitalisés pour la traiter, nous pourrons déterminer le meilleur moment pour les faire sortir de l’hôpital… Et éviter ainsi qu’ils soient ré-admis une semaine après. Grâce au machine learning, il sera possible de s’organiser beaucoup plus efficacement.

 

 

Vers une mutualisation des systèmes d’information de l’hôpital 

 

Autre sujet dont on parle beaucoup : le cloud.

 « La sécurisation des données va paradoxalement passer par leur externalisation. »

Ce n’est pas le métier premier de l’hôpital de sécuriser des données. Le cloud apporte cette capacité de sécurisation mais aussi de la souplesse pour les déploiements. Il n’est plus nécessaire de développer des services dans l’hôpital, il s’agit juste de les « consommer » au niveau des environnements de travail. Ce mode de fonctionnement va changer l’organisation des établissements hospitaliers dans le futur.

 

 

Quelle est votre méthodologie ? Comment travaillez-vous avec les hôpitaux ?

Nous avons un écosystème de partenaires, comme Econocom par exemple, qui couvre l’ensemble du territoire. Les solutions Microsoft sont souvent intégrées dans les hôpitaux par ces mêmes partenaires. Lorsqu’une validation éditeur est nécessaire, nous avons des consultants qui peuvent intervenir pour la mise en place.

Nous avons aussi des établissements qui viennent nous voir avec leurs problématiques spécifiques. C’est le cas de l’hôpital Saint Joseph qui souhaitait pouvoir analyser ses données pour optimiser son organisation.

Le collaboratif et les réseaux sociaux privés, c’est aussi un sujet très important puisqu’il faut trouver des solutions pour faciliter la communication entre les différents acteurs de l’hôpital. Nous sommes force de proposition et pouvons montrer ce qui fonctionne ailleurs. Souvent, nous prenons des exemples qui ne sont même pas dans le secteur de la santé pour expliquer ce que nous pouvons faire d’un point de vue technologique et ce que ça apporte aux équipes en place. Après, une fois que nous avons donné ces idées, nous travaillons sur un projet concret avec nos partenaires ou avec le client en direct.

 

 

 

Des personnels parfois frustrés par les retards de déploiement des nouvelles technologies

 

Comment ces transformations numériques sont-elles vécues par les personnels ?

« Au niveau des équipes, nous sommes souvent face à un problème d’obsolescence numérique. »

Un professionnel de santé qui travaille à l’hôpital s’attend à utiliser des solutions qui sont au standard de ce qu’on fait aujourd’hui en matière de numérique. Or, souvent, il y a une frustration causée par le retard de déploiement qui s’est accumulé au fil du temps puisque les solutions proposées dans son environnement numérique de travail ne sont pas forcément dernier cri.

Nous avons aussi le cas inverse, des hôpitaux qui sont très en avance et qui proposent des technologies avec lesquelles les personnels ne sont pas forcément à l’aise. C’est le cas par exemple des réseaux sociaux privés. Lors de la mise en place, il y a parfois un vrai travail de transformation interne à mener. L’accompagnement au changement se fait alors plutôt avec nos partenaires qui travaillent avec les ressources humaines ou avec les équipes de déploiement des systèmes d’information.

 

 

Et côté patient ? Que peuvent apporter les nouvelles technologies ?

« La vision qu’a le patient de l’hôpital est fonction de ce qu’il voit quand il est hospitalisé. La chambre est donc une véritable vitrine. »

Plus on aura des chambres connectées, plus la perception de l’hôpital qu’auront les patients sera positive. On peut citer l’exemple du CHRU de Lille qui propose un terminal patient dans la chambre. Le patient peut profiter d’un certain nombre de services. Il peut téléphoner, aller sur Internet, regarder la télévision… Des services à valeur ajoutée qui apportent du confort et l’aident à réduire son stress. Et lorsqu’un personnel soignant vient dans la chambre, il peut basculer sur l’application métier, sur ce même périphérique tactile.

L’information est un besoin qui sera aussi de plus en plus demandé. Quand un patient est admis pendant plusieurs jours, il est souvent dans un tunnel en matière d’information : on doit lui faire des examens et des soins mais il n’a pas forcément une vision très claire de l’heure de ces soins ou du nom du médecin qui les pratique.

« Le scénario du futur, c’est peut-être que, lors de chaque admission à l’hôpital, une application sur smartphone informe sur le parcours et les traitements, en temps réel. »

Aux Etats Unis, on travaille sur l’ouverture au patient lui-même du dossier informatisé. Le patient devient alors acteur du flux d’information articulé autour de son dossier. En France, c’est encore nouveau.

Pour analyser la perception qu’ont les patients ou les usagers d’une ville ou d’une région des services de santé qu’il développe, l’hôpital peut aussi faire de l’analyse des sentiments sur les réseaux sociaux. Il en tire ainsi des informations qui lui permettront de piloter ses transformations par rapport à la perception qui a été mesurée.

 

 

Faciliter l’hospitalisation à domicile 

 

Pour des raisons de compétitivité, le temps d’hospitalisation va se réduire et on va développer de plus en plus l’hospitalisation à domicile (HAD). A Paris, l’APHP a choisi des tablettes Windows  pour optimiser le suivi du patient au domicile en permettant la coordination entre plusieurs acteurs. Les infirmières qui interviennent au domicile peuvent utiliser la tablette qui devient en quelque sorte un cahier de suivi dématérialisé et synchronisé avec le système d’information de l’hôpital

« La chambre d’hôpital va devenir le maillon d’une chaine dans laquelle le numérique servira de liant. »

Nous sommes à la fois sur des sujets numériques en amont de l’hospitalisation pour la préparer et pour qu’elle soit optimisée en fonction du profil du patient. En aval de l’hospitalisation, les objets connectés vont prendre le relais pour le suivi à distance du patient.

 

 

Où en est la France par rapport au reste du monde sur ces thématiques ?

En France, nous souffrons d’une réglementation très complexe qui n’encourage pas forcément le développement de start-ups. Aux Etats-Unis, c’est peut-être un peu plus facile de démarrer sur des sujets comme la santé.

« Nous avons des sociétés très innovantes dans le secteur de la santé et encore plus dans le bien-être. Sur la partie matériel médical, salles d’opération, cœurs artificiels… Nous sommes très en avance. Mais, paradoxalement, quand on regarde la donnée numérique et le taux d’équipement informatique dans l’hôpital, nous sommes souvent sur des usages datés voire encore au papier. Il y a un vrai décalage. »

Dans d’autres pays, notamment les pays nordiques, les investissements sont beaucoup plus forts sur le numérique, les systèmes qui sont plus à jour. Or, à partir du moment où les socles numériques sont modernes, il est possible de construire des services beaucoup plus facilement.

« Aujourd’hui, un accent est donné sur le numérique… Cela va permettre d’accélérer de grands projets de transformation numérique dans les hôpitaux. »

 

 

Pour aller plus loin :

La télémédecine pour une santé accessible à tous, partout : regards croisés de Pierre Simon et Nicolas Vaillant

Santé : « Avec une tablette dans la chambre, je me sens comme à la maison »

Santé mobile et connectée : l’utilisateur au cœur des innovations

 

 

Crédit photo : GotCredit – Health / Flickr.com / Licence CC BY 2.0

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