Digital for all now

Nicolai Gerard, Digital Acceleration Officer du Groupe SEB : « Oser essayer et risquer l’échec, c’est la clé ! »

Econocom 24 Sep 2015

Nicolai Gerard a rejoint le Groupe SEB au début de l’année 2015. Avant, c’est à New York, chez le géant international de l’agroalimentaire PepsiCo qu’il officiait, définissant et menant le développement de l’activité e-commerce. Il a également travaillé pendant près de 10 ans pour le cabinet de conseil Bain & Co, à Paris puis à Los Angeles et à New York.

 

Aujourd’hui, c’est un poste presque sur mesure que Nicolai Gerard occupe au sein du Groupe SEB. Le Digital Acceleration Officer est – comme l’indique son titre, imaginé par les RH – chargé de l’accélération, une notion clé pour le groupe car elle décrit à la fois la volonté d’aller plus vite et de bâtir sur l’existant.

 

Quels sont ses secrets pour faire entrer le digital chez le leader mondial du petit équipement domestique ? Comment évangéliser les collaborateurs de Krups, Moulinex, Rowenta, Tefal, Calor et autres marques du groupe ? Nicolai Gerard partage avec nous sa vision et ses conseils !

 

C’est une feuille de route validée avec le Comité Exécutif qu’a entre les mains le Digital Acceleration Officer du Groupe SEB. Et, loin d’être confidentielle, elle est partagée avec plus d’une centaine d’acteurs du digital chez SEB, dont une douzaine de chefs de chantiers mais aussi une équipe de 500 managers… La communication étant pour le groupe un facteur clé du succès de l’accélération digitale.

 

Parmi les projets en cours, un plan e-commerce 2018 – le groupe possède déjà plusieurs sites web, complétés par un site de vente d’accessoires et consommables –, de meilleures pratiques de commercialisation des produits connectés, l’optimisation des points de contact avec les digital shoppers, la mise en place d’une digital workplace 2.0… Des chantiers qui s’inscrivent dans des thématiques différentes et très complémentaires dans l’écosystème SEB : le digital marketing, l’e-commerce, l’offre et l’expérience connectées ou encore les outils informatiques qui sont derrière le digital et les digital people.

 

« infuser » le digital dans l’entreprise

 

Quels changements la transformation digitale implique-t-elle dans l’organisation interne du Groupe SEB ?

 

Nicolai Gerard : La digitalisation a un retentissement fort sur les équipes. La formation est un excellent exemple : la plupart de nos managers sont concernés par nos trainings sur le digital. L’organisation est aussi impactée, avec de nombreuses créations de postes ces trois dernières années… Et quelques compléments que nous apporterons vraisemblablement dans les mois qui viennent.

 

« Notre approche est tout sauf un silotage du digital dans l’organisation. Pas question de créer une équipe séparée qui aurait le “privilège” du digital. Nous sommes dans une logique d’infusion où tous les collaborateurs sont acteurs de l’accélération digitale au sein du Groupe SEB. »

 

C’est important car le sujet digital est souvent l’un des plus intéressants au sein des différents marchés et des différentes fonctions. C’est un thème fort de croissance et de changement. Si vous dépossédez les membres d’une équipe du digital, très souvent vous les démotivez.

 

 

Quels projets digitaux avez-vous déjà mis en place ?

« En matière de digital, il est critique de vite transformer l’essai et de rapidement prouver des résultats concrets. Sinon, on est vite caricaturé. »

 

Dans l’e-commerce, nous avons développé des outils de reporting en central (dashboards) pour traquer – au niveau des différents marchés – les données (metrics) qui sont spécifiques au commerce en ligne, avec un accent particulier sur des objectifs logistiques, particulièrement importants pour nos partenaires distributeurs (qu’ils soient click & mortar – c’est-à-dire des acteurs traditionnels ayant une activité en ligne – ou pure players).

 

Toujours dans l’e-commerce, nous avons organisé dans de nombreux pays des sessions de formation pour nos équipes commerciales et marketing, pour aller dans le détail des nouveaux modes de collaboration requis avec les e-retailers. La frontière entre le commerce et le marketing étant particulièrement perméable dans l’e-commerce, cette formation continue permet à nos équipes de travailler avec les e-commerçants aussi bien en tant que nouveaux canaux de ventes qu’en tant que des plateformes medias.

 

Sur le sujet du contenu digital – photos, vidéos et les descriptifs présents sur nos sites de marques et sites de vente en ligne –, nous avons mis en place des outils d’audit qui nous permettent de vérifier en quasi-continu la justesse des informations.

 

Enfin, dans le domaine des Ressources Humaines, nous sommes en train de déployer un nouvel outil d’e-learning, la Seb Digital Academy, qui permettra non seulement de sensibiliser un grand nombre d’employés au digital, mais aussi d’utiliser des techniques numériques pour accélérer les formations sur des sujets traditionnels et ce, dans le monde entier.

 

 

le  « test & Learn », cliché ou vrai défi ?

 

Outre la Seb Digital Academy, comment évangélisez-vous les collaborateurs au numérique ?

 

Il n’est pas difficile de convaincre nos collaborateurs que le digital est important. Beaucoup ont eu la curiosité personnelle de se pencher sur les nouvelles technologies, les nouveaux acteurs… Et des études récentes nous ont encore prouvé que la majorité des employés du Groupe sont convaincus non seulement de l’importance du sujet mais aussi du fait que notre comité exécutif s’en est totalement emparé.

 

« Le défi relève plutôt de notre capacité à tous d’adapter notre culture, nos processes, aux enjeux du digital et en particulier à l’enjeu de vitesse et d’agilité. Le terme “Test & Learn” est devenu un cliché dans toute discussion sur le digital. Et pourtant, c’est un vrai défi. Peu d’entreprises ont dans leur ADN cette idée de tester des pilotes, en quelques mois, voire quelques semaines, pour éventuellement abandonner l’idée si elle n’est pas porteuse. Oser essayer et risquer l’échec, c’est la clé ! »

 

 

Y a-t-il des entreprises qui vous servent d’inspiration ?

« Le digital va tellement vite qu’il est essentiel de rester très ouvert sur l’extérieur. »

Dans le monde purement numérique, les géants, les GAFA, continuent de montrer le chemin. Un Apple reste l’étalon-or du design de l’expérience utilisateur dans de nombreux domaines. Amazon continue d’innover plus que jamais, comme par exemple avec le slogan « It is still Day 1 ». Les disrupteurs, type Uber, prouvent tous les jours à quel point le changement peut aller vite. Et puis de grandes entreprises vont très vite dans leur conversion. C’est par exemple le cas de Pernod-Ricard qui a su digitaliser ses systèmes informatiques ou de Starbucks qui offre une expérience omni-canal formidable à ses clients en magasin à partir de son app.

 

Digitaliser = Communiquer, communiquer, communiquer !

 

Quels conseils pourriez-vous donner à une entreprise qui initie sa transformation digitale ?

 

> Infuser le digital dans l’ensemble de l’entreprise, en marquant des priorités : le sujet est trop vaste pour le cantonner à quelques fonctions, ou le localiser au sein d’une (nouvelle) équipe silotée. S’il ne faut pas déposséder les équipes du formidable vecteur de croissance digital, il faut cependant piloter les thèmes clés avec un élan venant du sommet de l’organisation.

 

> Trouver un équilibre entre des ambitions, une vision digitale et des réalisations très concrètes. Il faut inspirer, il faut regarder quelques années en avant, en imaginant des scénarios de disruption, de transformation – en particulier de l’expérience consommateur. Mais il faut aussi une exécution rigoureuse, avec des KPIs, des objectifs ciblés très concrets pour régulièrement mesurer le niveau d’avancement.

 

> Communiquer, communiquer, communiquer ! La disruption digitale est souvent une source d’anxiété pour les employés et c’est parfois difficile de faire prendre conscience à l’ensemble d’un groupe de toutes les initiatives qui sont en cours pour sa digitalisation. Avoir une plateforme de communication régulière, ouverte sur les projets en cours est essentiel.

 

 

Découvrez d’autres interviews d’experts du digital et de l’innovation :

– Expérimenter pour mieux tirer parti des opportunités du digital – Entretien avec Pierre-Philippe Cormeraie, dir. innovation du Groupe BPCE

– Patrick Hoffstetter, CDO Renault : « Il faut embarquer l’ensemble des salariés dans la transformation numérique »

– Sandrine Godefroy, CDO Econocom : « La #transfonum est un terrain de jeu quasi infini »

 

Crédit photo : Pixabay / Licence CC0

Vous aussi prenez la parole et partagez avec nous votre histoire de Digital Maker !