Digital for all now

Bruno Grossi : Numérique à l’école: déclenchons le mouvement!

Bruno Grossi 21 Oct 2014

Le numérique à l’école est enfin à l’agenda, avec une ambition réaliste au regard du décalage qui existe entre nos vies de tous les jours et cette institution. La question clé est simple: comment déclencher un mouvement d’ampleur et le rendre durable? Une tribune de Bruno Grossi, directeur exécutif d’Econocom.

 

Antonio Gramsci écrivait qu’«aucune société ne s’assigne une tâche sans disposer des conditions nécessaires et suffisantes pour pouvoir l’accomplir». On sent bien que, sur le numérique à l’école, nous en sommes là. L’ambition est posée, et la nécessité de rattraper notre retard fait consensus.

 

Car retard il y a. On compte, semble-t-il, quatre fois moins d’ordinateurs au collège en France que dans la moyenne des pays d’Europe. Comment imaginer que, dans un monde où la connaissance est partout disponible, nos classes ressemblent encore à celles de nos parents? Comment se satisfaire du fait que les deux-tiers des enfants s’ennuient en classe, quand ils vivent dans un monde où les écrans et autres «objets connectés», leur ouvrent un accès aisé, ludique et permanent à la connaissance, à l’extérieur?
Cette urgence a été saisie. Le président de la République en a fait une priorité à la rentrée, et le Conseil national du numérique vient de remettre un rapport qui porte une ambition importante sur l’éducation et le numérique. Les parents et les élèves sont prêts, en attente. L’ensemble des communautés éducatives débattent et proposent: nous y sommes.

 

Evidemment, c’est ce moment que nous, Français, choisissons pour critiquer, proposer des chemins différents, râler parfois aussi. On se perd un peu dans les initiatives, on conteste déjà des projets d’orientations, on mélange un peu enseignement au numérique et enseignement par le numérique.

 

Et si tous ensemble et au même moment, on prenait le sujet au sérieux? Le sujet ne devrait pas tant être celui des détails, des dizaines de mesures potentielles, des expérimentations supplémentaires à mener, que celui de trouver le starter. Comment créer le mouvement? Comment rendre réelle et massive, l’entrée du numérique dans nos écoles? Comment changer d’échelle?

 

Changer d’échelle, c’est dépasser les symboles. Le bac «humanités numériques» que propose le rapport du Conseil national du numérique? Pourquoi pas, allons-y. Mais attachons-nous avant tout aux déclencheurs: à ces facteurs qui vont permettre vite de changer de dimension et d’arrêter le stop and go. Concentrons-nous, comme si nous étions dans une start-up nationale, sur ce qui permet de penser en grand et de changer la donne.

 

Priorité à l’équipement et à l’accompagnement des professeurs

Ce qui change la donne, c’est defaire entrer massivement le numérique dans la classe. Tant qu’on laissera cette partie de notre quotidien hors des salles de classe ou présente en trop faible densité, on pensera «trop petit» et «trop lentement».

 

Pour basculer du bon côté du challenge, il me semble qu’il y a deux priorités.
La première, c’est l’équipement. On ne fera pas de nos élèves des citoyens autonomes dans l’âge numérique qui est déjà le leur (et aussi le nôtre) en les armant uniquement de crayons et de papier. Le numérique n’est pas tout, ne fait pas tout, mais il doit physiquement entrer dans la salle de classe, maintenant et pour tous. Les outils numériques, apprivoisés par les enseignants et déjà largement connus des élèves, deviendront très vite des auxiliaires efficaces.

 

La deuxième, c’est l’accompagnement des professeurs. La majorité des professeurs est positive et prête à accompagner cette mutation. Il leur manque l’accompagnement pour établir avec leurs élèves une nouvelle relation autour des solutions numériques à leur disposition. Un plan de formation des enseignants au numérique, concentré dans le temps, est un autre investissement que notre pays devrait consentir pour faire entrer notre école dans le siècle.

 

En cette rentrée, douze collèges de Seine-Saint-Denis se sont réunis autour d’un projet: celui de créer un «choc éducatif» autour du numérique. Toute la communauté enseignante y est unie, et se mobilise dans une dynamique incroyable au sein même des établissements, rassemblant professeurs et élèves dans une nouvelle relation. Le déclencheur, il est là, à portée de main.
Comment financer? Si par extraordinaire, nous n’arrivions pas à dégager des économies suffisantes pour financer ce choc éducatif salutaire (et bon pour le moral), notre ministre de l’Economie pourrait proposer un emprunt national. Une grande cause d’avenir le demande, et l’on pourrait même proposer les mêmes avantages que l’assurance vie afin de susciter une collecte ou un transfert de quelques milliards.

 

Que croyez-vous qu’il adviendrait? Je parie sur le succès.
Alors, qu’attend-on pour basculer?

 

Cette tribune, écrite par Bruno Grossi, Directeur Exécutif en charge de la Stratégie, des Acquisitions et de la Communication d’Econocom a initialement été publiée sur Slate.fr.

Vous aussi prenez la parole et partagez avec nous votre histoire de Digital Maker !