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Pédagogie innovante : l’université de Rouen mise sur le numérique

Econocom 4 Mar 2016

Encourager les enseignants-chercheurs à mener davantage d’actions pédagogiques innovantes grâce au numérique. C’est l’objectif que s’est fixé l’université de Rouen. Entre serious games, quiz en ligne, vidéoconférences, tables anatomiques tactiles et mêmes drones, en 2015, ce sont une trentaine de projets qui ont été validés par un fonds universitaire destinés aux initiatives numériques. Avec des élèves enthousiastes et plus présents en classe, le premier bilan que dresse le site EducPros.fr est globalement positif… Même si les réticences de certains enseignants doivent encore être levées.

 

Jouer à un jeu vidéo pendant un cours de sciences sociales, cela vous paraît farfelu ? C’est pourtant ce qui est proposé aux étudiants de la licence de psychologie et du DUT carrières sociales de l’université de Rouen. Grâce au serious game Odyssée éthique, ils peuvent apprendre à travailler en équipe et se confronter à des situations professionnelles via des scénarios fictionnels.

 

Comme une trentaine d’autres initiatives cette année, ce jeu sérieux a été financé par le bonus qualité enseignement (BQE), un fonds universitaire mis en place en 2013 par Cafer Ozkul, président de l’université. Conçu pour soutenir des « actions pédagogiques innovantes visant à améliorer l’acquisition et l’évaluation des connaissances », il encourage les enseignants déjà investis à poursuivre leurs actions et incite les autres à s’emparer du sujet du numérique. Pour Tony Gheereart, vice-président chargé du numérique de l’université, c’est évident :

 

« À l’heure d’Internet et de Wikipédia, il faut réfléchir à d’autres manières de faire cours. »

500 000 € pour porter 31 projets en 2015

 

Grâce au BQE, plusieurs investissements matériels ont pu être réalisés : tablettes, logiciels de montage vidéo, équipement de vidéoconférence… L’outil le plus étonnant a cependant été acquis par le biais de l’Idefi-Remis, une initiative d’excellence en formations innovantes. Il s’agit d’une table de dissection anatomique tactile à taille réelle, l’une des premières en France. Elle permet aux étudiants de visualiser le corps humain – peau, système nerveux, organes, muscles, squelette –  en trois dimensions sous tous les angles. Fabrice Duparc, professeur d’anatomie est enthousiaste :

 

« J’ai reçu des personnes en formation d’anesthésiste. Ils ont pu simuler une anesthésie péridurale. Approcher tout le système nerveux comme ça, avec une telle précision, on ne voit ça dans aucun bouquin ! »  

étudiants convaincus vs enseignants sceptiques

 

Les méthodes d’évaluation elles aussi évoluent avec les outils numériques. Les étudiants en biologie sont ainsi régulièrement amenés à répondre à des QCM en ligne, dans le cadre du contrôle continu. Une pratique pédagogique qui séduit ces futurs diplômes, incités à réviser plus régulièrement et à faire davantage travailler leur mémoire.

 

Côté professeurs, le temps gagné lors de la correction des copies est apprécié, mais contrebalancé par le travail préparatoire que supposent ces nouvelles méthodes. Bruno Gugi, enseignant-chercheur en biologie interrogée par EducPros.fr, explique en effet passer « de deux à cinq fois plus de temps à préparer les  cours avec le numérique ».

 

La réponse du BQE ? L’allocation de 20 000 euros pour financer les heures passées à concevoir les QCM de biologie. Malgré ces efforts, certains enseignants restent encore hostiles au numérique car, rapporte Bruno Gugi, « leur implication dans ces activités chronophages n’est pas récompensée dans la suite de leur carrière ».

 

D’autres considèrent que le numérique n’est pas de la pédagogie, mais de la technique… Et ne veulent donc pas y toucher, explique Vincent Roy, un enseignant-chercheur en neurosciences. Ce n’est pas son cas : lui met des outils de révision en ligne depuis déjà une dizaine d’années et participe à la plateforme d’e-learning de l’université. Cet outil permet aux professeurs de voir plus facilement quels points n’ont pas bien été assimilés par les étudiants : «  L’étape suivante serait de travailler en pédagogie inversée, mais pas en L1, car cela demande de la maturité », précise Vincent Roy.

 

Alors, comment lever les réticences des enseignants ? A l’université de Rouen, la conduite du changement passe par la formation. En 2014, des formations aux technologies de l’information et de la communication appliquées à l’enseignement (TICE) ont été mises en place. Un service aux usagers du numérique (SUN) est également à disposition de tous. L’idée étant de toujours rester dans l’incitation, sans jamais rien imposer.

 

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