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Pierrick Petillion : « Les tablettes à l’école transforment totalement la place de l’enseignant dans la classe »

Pierrick Petillion 27 Nov 2014

Et si le traditionnel « sortez vos cahiers ! » des instituteurs était remplacé par « sortez vos tablettes ! » ?

Si le cartable électronique était une utopie il y a quelques années, il pourrait bientôt devenir la norme, notamment en Belgique où le gouvernement a sérieusement pris le virage numérique dans les écoles. Il y a un an et demi il a fait part de sa volonté de faire passer un nouveau cap à l’éducation. Un appel à projet « Dans quelle école rêvez-vous d’enseigner demain ? » a été lancé aux enseignants du plat pays, et ce ne sont pas moins de 170 dossiers qui ont été déposés, dont 28 ont obtenu une subvention.

Parmi ceux-ci, le projet de Pierrick Pettillion, professeur des écoles, a été sélectionné. Son idée, intitulée TIC TAC (Technologie de l’information et de la communication pour que la Technologie soit Accessible à Chacun) : équiper ses élèves en tablettes numériques et expérimenter de nouvelles pédagogies au sein d’un espace de travail réinventé.

« Ce n’est pas un gadget »

 

Mais comment un tel projet a-t-il pu voir le jour ?

 

S’il a été mis en place dans l’école, c’est qu’il a été porté par une équipe pédagogique motivée et déterminée à soutenir le numérique pour faire bouger les lignes et transformer l’Ecole :

 

« On a la chance d’avoir un directeur qui est branché dans le domaine. Il nous demande constamment d’essayer de trouver des idées et d’innover dans notre pratique » explique Pierrick Pettillion.

 

Plancher sur le cartable numérique lui est alors apparu comme une évidence. L’enseignant a donc usé des tablettes pour captiver ses élèves et les faire travailler chacun à son rythme, avec en tête un seul et même objectif : leur réussite scolaire.

 

Mais la mise en place de ce nouvel outil à l’école implique un certain nombre de difficultés et d’obstacles à surmonter, à commencer par les craintes des parents d’élèves. D’abord perçu comme un jeu « trop ludique », il a fallu démontrer les vertus éducatives de la tablette aux parents comme le raconte l’enseignant :

 

« Ils avaient peur qu’on passe à côté des matières nécessaires. Il a fallu qu’on leur dise que ce n’était pas qu’un gadget avec lequel on peut jouer, et leur montrer tout le potentiel en termes d’enseignement. »

 

De même, l’utilisation de tablettes numériques est soumise à des contraintes techniques importantes. Le professeur doit parfaitement connaître l’outil pour être capable de résoudre un problème lorsqu’il en rencontre un, notamment s’agissant des problèmes de connexion ou encore de mise à jour : « En termes d’infrastructures on a besoin du WiFi et d’un dispositif qui accepte 26 connexions en même temps ! ».

 

Un professeur enseignant-pilote

 

Les résultats de l’expérimentation sont sans appel, les élèves font preuve d’une bien plus grande attention et d’un regain de motivation :

 

« L’introduction de ces outils change la façon de travailler. Les élèves sont vraiment au centre, et ce sont eux qui se construisent à l’aide des écrans. L’aspect ludique de la tablette est moteur. Faire une leçon de conjugaison sur une feuille, c’est une chose et cela convient à certains mais pas à tous. Mettez le tout en musique sur tablette et cela change la donne. Vous retiendrez l’attention de plus d’élèves. Or c’est le même sujet. Au professeur de scénariser son cours différemment. »

 

L’enseignant change de rapport avec les élèves, jusqu’à sa position dans la classe. Chacun derrière sa tablette, les élèves sont plus autonomes. Si l’outil, à usage individuel, ne demande pas de déplacer tous les bureaux de la classe, il impose au professeur de quitter l’estrade pour naviguer entre les tables :

 

« Il est révolu le temps où le professeur se tenait devant ses élèves en récitant la leçon. Il faut être mobile désormais » affirme Pierrick Pettillion.

 

Le professeur est désormais un guide qui travaille en partenariat avec ses élèves, mais si l’idée peut séduire, il faut encore être capable de passer le cap :

 

« Il faut accepter et aimer changer ce rapport-là. Certains aiment avoir un contrôle total, désormais il faut être capable de réagir à la seconde. C’est la fonction de l’enseignant qui est redéfinie. »

 

Toutes reliées entre elles et au tableau de la classe, les tablettes modifient également les déplacements des élèves au sein de la classe. Le professeur peut ainsi choisir de montrer aux élèves l’écran de l’un d’entre eux en particulier, sans que celui-ci n’ait besoin de se déplacer au tableau. Il facilite ainsi la prise de parole des plus timides, parfois effrayés à l’idée de devoir monter sur l’estrade devant les autres.

 

De nouveaux outils pour un suivi plus individualisé des élèves

 

Si l’enseignant s’est tourné vers les nouvelles technologies pour transformer son enseignement, il n’en n’oublie pas pour autant les livres et les cahiers :

 

« On essaye de trouver un bon équilibre entre les deux. La transition ne peut pas être aussi abrupte » affirme-t-il.

 

Mathématiques, histoire/géographie ou grammaire ; toutes les matières sont susceptibles d’être enseignées sur tablettes. Ce sont simplement les applications qui changent. En la matière, de nombreuses start-up planchent sur le développement d’applications éducatives qui viennent épauler le professeur.

 

Parmi celles-ci, le professeur belge utilise Socrative, qui permet aux élèves de répondre à des tests depuis les écrans. Un rapport est ensuite envoyé à la fin de la séance sur l’adresse mail de l’enseignant qui peut ensuite effectuer les corrections en mobilité de manière simple sur sa propre tablette, grâce à l’outil d’analyse des résultats simplifiés, et assurer un meilleur suivi individuel de chaque élève : c’est un gain de productivité et d’efficacité majeur.

 

Le prochain projet de Pierrick Pettillion : mettre en place une « classe inversée » en permettant aux élèves de ramener la tablette à la maison, un principe largement popularisé dans les pays anglo-saxons aujourd’hui. Outre l’idée d’alléger le cartable, le projet serait de ne plus donner de devoirs mais des séquences vidéo à visionner sur leurs tablettes, puis un questionnaire à remplir. La séance suivante débuterait ainsi par le débriefing de la leçon visionnée avant de travailler en atelier pour approfondir les notions et prendre le temps de répondre aux interrogations des élèves.

 

Les outils numériques permettent donc de gagner du temps en classe afin de dialoguer avec l’enseignant et lui permettre d’accompagner plus efficacement les élèves.

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