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Programme SI-Samu : Urgence sur le digital !

Sébastien Bachem 9 Juin 2015

C’est en 2010, à la suite de plusieurs rapports dénonçant des fragilités opérationnelles et technologiques préoccupantes dans les infrastructures techniques des SAMU, que la DGOS (Direction générale de l’offre de soin) a initié un programme national de modernisation des Samu-Centres 15, passant notamment par la mise en place d’une solution unique mutualisant l’ensemble des moyens techniques. Ce projet de mutation digitale  d’envergure, baptisé SI-Samu, a été confié à l’ASIP Santé, l’Agence nationale des systèmes d’information partagés de santé, et est conduite par le directeur de projet Sébastien Bachem :

 

« L’ASIP Santé a pour objectif de rationnaliser l’écosystème des systèmes d’information de santé. Entre autres missions, elle met en place des référentiels et  mène des projets de transformation numérique, comme le DMP (Dossier médical personnel), la messagerie sécurisée de santé  ou la construction du portail de déclaration d’incidents de la future Agence nationale de santé publique. Le programme SI-Samu entre dans ce cadre-là. » 

 

Comment moderniser des infrastructures aussi complexes et hétérogènes que celles des SAMU ? Quels bénéfices peut-on attendre de ce programme ? Comment le projet a t-il été accueilli par les personnels ? Réponses avec Sébastien Bachem, que nous avons rencontré à l’occasion des Salons Santé Autonomie qui se sont tenus à Paris les 19, 20 et 21 mai derniers.

 

Chaque jour, partout en France, les SAMU reçoivent et régulent des dizaines de milliers d’appels. Leur rôle va du conseil médical au déclenchement de véhicules d’urgence (les SMUR) et exige une disponibilité permanente ainsi que l’utilisation d’outils fiables, permettant de stocker et de faire circuler l’information entre les différents acteurs impliqués. Parmi les technologies indispensables, la « téléphonie avancée » grâce à laquelle il est possible de traiter et gérer les appels, la radio qui permet de communiquer avec d’autres intervenants, comme les pompiers par exemple, et des applications telles que le LRM (logiciel de régulation médicale) ou des logiciels de cartographie. Ce type de dispositifs exige une intégration complexe et fait que les infrastructures des SAMU sont vraiment à part dans les systèmes d’information des établissements de santé.

 

Le SAMU en quelques chiffres…

 

– 102 centres d’appels et 450 implantations SMUR – Entre 3 et 4 000 ambulances et hélicoptères pour 750 000 interventions par an

 

– Environ 31 millions d’appels chaque année soit plus d’un appel par seconde avec une activité cyclique qui monte en intensité en fin de semaine avec les week-ends arrosés et les bricolages périlleux du dimanche matin !

 

– 5% des appels perdus au niveau national

 

 

 

Modernisation du samu, Le digital à la rescousse !

Le programme SI-Samu a plusieurs objectifs : préparer la France à gérer des crises nationales (comme la grippe H1N1 en 2009), délivrer une très haute disponibilité et améliorer l’interfaçage avec les partenaires. Le tout, en assurant la confidentialité et la sécurité des données de santé.

 

SI-SamuSource : ASIP Santé

 

Depuis septembre 2014, le programme est entré dans sa phase de réalisation puisque l’ASIP Santé est déjà en train de rédiger les marchés qui lui permettront à terme de notifier ses maîtres d’œuvre. L’étape pilote débutera l’année prochaine avec le déploiement dans une dizaine de SAMU. Plusieurs mois plus tard, une évaluation sera réalisée avant d’installer la solution chez d’autres SAMU volontaires.

 

Comment est venue l’idée de ce programme de modernisation ?

Sébastien Bachem : Aujourd’hui, un constat de fragilité préoccupante et persistante concerne une grande partie des SAMU. A côté de ça, nous nous sommes aussi rendu compte qu’ils n’étaient pas en mesure de faire face à une crise sanitaire d’ampleur nationale. Le programme trouve son origine dans ce constat et la nécessité de lui apporter une solution.

 

En quoi consiste exactement SI-Samu ?

Le principe, c’est de remplacer l’ensemble des infrastructures qui sont dans les SAMU par un service externalisé, c’est-à-dire venir concentrer l’ensemble des infrastructures dans plusieurs data centers pour rendre le service disponible via un accès déporté.

 

SI-Samu : présentations du programme, de la stratégie industrielle et de la stratégie d’achat aux industrielsSource : ASIP Santé

 

Grâce à ce paradigme, nous pouvons concentrer les besoins et les financements. Ainsi, nous sommes capables de changer d’échelle dans l’offre technique mise à disposition, un outillage complexe car il couvre à la fois l’informatique, la téléphonie et aussi la radio.

« Dans les régions, les établissements de santé ont beaucoup de mal à rassembler l’ensemble des compétences nécessaires à cette maîtrise technologique. Les acteurs industriels de niche sur lesquels s’appuient les SAMU notamment sur le segment du logiciel de régulation médicale (LRM) ne sont pas en mesure d’offrir un support 24/7 satisfaisant, d’avoir la réactivité attendue en termes d’évolution, de gestion de bugs… C’est tout ce modèle que nous sommes en train de modifier et c’est ça qui constitue le principe fondateur du programme SI-Samu. »

 

Quels sont les bénéfices que peuvent attendre les SAMU de ce programme de modernisation ?

L’objectif et de mettre les SAMU à l’abri des difficultés techniques et de leur apporter un véritable support 24/7, mais aussi mettre à leur disposition des services à forte valeur ajoutée sur des volets innovants comme la gestion de crise ou l’entraide et la coopération entre SAMU. L’idée est aussi d’avoir une base de données sur laquelle on puisse mener des études cliniques et faire des analyses de l’activité pour en tirer des enseignements.

 

En parlant d’innovation, peut-on aujourd’hui communiquer avec le SAMU par photo ou vidéo ?

A l’heure actuelle, on ne peut pas envoyer par SMS sur le 15 une photo pour qu’elle soit traitée correctement. A terme, c’est la fonctionnalité globale de la gestion multicanal qui sera mise en place, mais nous devons d’abord nous concentrer sur les difficultés auxquelles les Samu font face avant de passer aux innovations futures.

 

Comment est perçu le programme de modernisation par les équipes des SAMU ?

« Nous avons opté pour une stratégie fondée sur le volontariat et avons obtenu de très bons retours. »

Le programme connaît aujourd’hui une très belle adhésion de la part des acteurs métier, c’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle Marisol Touraine, la ministre de la Santé, s’est engagée sur ce programme de modernisation, qui fait désormais partie des projets stratégiques de la DGOS.

Il y a vraiment eu une transformation des états d’esprit tout au long des travaux amonts qui ont été réalisés avec la communauté métier. Si, au début, il y avait des sceptiques, maintenant il y a une véritable adhésion et cohésion autour du programme. Après, c’est évident qu’il y a aussi des projets régionaux qui se sont créés et qui n’ont pas attendu l’arrivée du SI-Samu pour essayer d’apporter des solutions performantes !

 

 

Les 11 SAMU pilotes ont été annoncés à l’occasion des Salons Santé Autonomie (Mulhouse, Albi, Rodez, Besançon, Dijon, Mont de Marsan, Bayonne, Pau, Guéret, Tulle et Limoges). Les autres devront encore attendre quelques années pour, qu’à terme, l’ensemble des services d’aide médicale urgente profite de cet ambitieux programme.

 

 

Pour aller plus loin :

Raphaël Mastier, Microsoft France : Le secteur hospitalier doit industrialiser sa transformation numérique

La télémédecine résiste à la déprime en France

Comment digitaliser la santé en France ? Réponses avec @le_Fing et @CartelReseau

 

Crédit photo : Muffingg – Véhicule du SMUR de Paris / Wikipedia.org / Licence CC BY SA 3.0

 

 

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