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Rachel Even : quand le numérique favorise le bien-être à l’hôpital

Rachel Even 20 Août 2014

Le numérique révolutionne aujourd’hui l’hôpital. Si les moyens techniques pour traiter les patients évoluent considérablement, la chambre du patient connaît elle aussi des bouleversements. C’est à cet espace que se dédie depuis 15 ans Rachel Even, directrice de l’association Art Dans la Cité, afin de le rendre plus accueillant pour les enfants et les faire participer à la création d’une œuvre artistique, au sein même de l’hôpital. Entretien avec celle qui transforme le séjour des jeunes malades à l’hôpital.

 

Le numérique, un impact fort sur le mieux-être des jeunes malades

Mais qu’est-ce qui a poussé Rachel Even à se lancer dans un tel projet ? Tout commence en 1999, lorsqu’elle décide de fonder son association avec quelques artistes. L’objectif : exporter l’art en dehors des lieux qui lui sont dédiés. Et pourquoi ne pas le faire pénétrer dans le milieu hospitalier ? Il y a difficilement moins réjouissant qu’une chambre d’hôpital. Entre les machines et les murs blancs, ces lieux pratiques tournés vers l’application médicale inspirent souvent crainte et défiance, surtout en ce qui concerne les chambres stériles. Comment le rendre plus accueillant ? Comment en faire un espace de plaisir ? L’art se révèle donc une manière de faire oublier le contexte hospitalier et la maladie. explique Rachel Even explique :

« On voulait sortir de l’espace du musée ou de la galerie. Quand on a commencé à faire des happenings avec des enfants malades, on s’est aperçu que ça avait un impact très fort sur leur mieux-être ».

Rachel Even et ses artistes ont d’abord usé d’outils « traditionnels » comme les pinceaux pour des œuvres visuelles originales telles que des peintures ou des fresques. Mais l’utilisation d’outils numériques s’est vite imposée comme une évidence pour cette association lorsqu’elle a décidé en 2010 de créer, modeler et modifier les espaces de soins pour le projet Fenêtre Sur Chambre. L’idée : mettre en place une sorte de fenêtre virtuelle sur un monde à destination des enfants. L’occasion de multiplier les interactions pour les jeunes patients hospitalisés qui sont invités à contribuer à des œuvres numériques. Plus uniquement contemplatifs, ils sont dès lors acteurs de leur propre œuvre.

 

Offrir un outil pour personnaliser sa chambre

Mais comment ça marche ? Afin d’impliquer directement le patient, Art Dans La Cité a mis en place un prototype de boîtier, Illumin’Art dont la conception est déjà en soi, une véritable aventure humaine qui rassemble des acteurs différents du numérique. Imaginé en collaboration avec un ingénieur, des designers et des artistes tels que Santiago Torres, vénézuélien en résidence à Paris, ce boitier rassemble un capteur de mouvement, une manette de console de jeux, un ordinateur et un vidéoprojecteur.

Un outil qui centralise les différentes fonctions pour permettre au patient de participer à la création d’une œuvre numérique, selon un scénario imaginé par un artiste. A l’aide du vidéo projecteur et d’un logiciel spécifiquement développé pour l’occasion, le patient peut, à l’aide de quelques mouvements, modifier, voire même créer une œuvre directement projetée dans sa chambre. Et le résultat est épatant. Fini les murs immaculés de l’espace de soin, Rachel Even leur permet de se créer un nouveau décor à leur image. Ludique et interactif, le boitier est conçu aussi bien pour les patients les plus jeunes que pour les personnes âgées qui peuvent ainsi rompre avec la télévision, activité passive assez largement prisée des seniors. Plongés en immersion, Illumin’Art fait de l’attention et l’action les maîtres-mots.

 

Un personnel soignant qui doit être impliqué

Si le concept peut laisser rêveur, ce n’est pas pour autant une mince affaire de le mettre en place au sein des hôpitaux, organisations structurellement assez rigides. Proposer un tel projet innovant a en effet exigé de prouver son utilité pédagogique. La première phase du travail pour Rachel Even et son association a donc été de démontrer les vertus de l’art dans le « mieux être » des patients. Et pour ce faire, quoi de mieux que de tester le dispositif, comme le raconte la présidente de l’association :

« Le personnel hospitalier qui pouvait émettre des réserves en premier lieu, a tout de suite changé d’avis, séduit par le coté interactif apporté par le numérique. »

Une fois en immersion dans l’expérience, le personnel soignant a ainsi pu constater les bénéfices du dispositif et de l’art numérique :

« C’est en testant qu’ils ont pu réaliser que l’enfant peut s’évader grâce au boitier, jusqu’à parfois, oublier sa maladie et les appareils qui sont reliés à lui.  Ils ont pu constater que les sens étaient largement sollicités dans cette chambre où l’on reste la plupart du temps statique. »

Et l’essayer, c’est l’adopter :

« On peut voir qu’il y a une réelle attente de la part des patients qui ont déjà pu bénéficier des créations d’Art Dans La Cité, mais pour que le projet aboutisse, il faut que l’hôpital s’implique et participe à la démarche. »

 

Le futur de la révolution ?

Par le biais d’un seul boitier, Art dans la Cité initie donc une révolution dans l’établissement hospitalier, qui va encore plus loin que les méthodes de soin. Mais il reste la question du financement. « Et c’est le véritable nerf de la guerre » comme l’affirme Rachel Even.

Pour subvenir à ses besoins, Art Dans La Cité fonctionne depuis son commencement grâce à des acteurs privés, des mécènes. Désormais, Rachel Even souhaiterait que l’hôpital assiste financièrement le développement des projets :

« Il faut que l’hôpital s’implique et participe à cette démarche. Aujourd’hui ces établissements s’équipent de plus en plus numériquement, ça fait partie de la révolution, et il faut que toutes les pièces y prennent part. L’hôpital doit rentrer dans la course du numérique pour tous. »

Si le boitier devrait dans quelques temps, être commercialisé, l’association envisage déjà de se développer à l’international, et de révolutionner ainsi, des chambres de soin dans le monde entier !

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