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Sandrine Murcia, Paris Pionnières : « On ne nait pas entrepreneure, on le devient »

Sandrine Murcia 26 Juin 2015

Avant de se lancer dans  l’entrepreneuriat, Sandrine Murcia a participé pendant plusieurs années à l’aventure Google, en tant que directrice marketing France puis Europe. C’est il y a 5 ans qu’elle a décidé avec son associée de monter sa propre structure, Spring Lab, pour travailler avec des groupes comme Airbus ou EDF sur des sujets liés à l’innovation et la transformation digitale.

Présidente du NUMA pendant 3 ans, Sandrine Murcia a aussi participé à la création du Camping (devenu Numa Sprint), le premier accélérateur de start-ups. Aujourd’hui, elle préside Paris Pionnières, incubateur et réseau business dédié aux femmes entrepreneures.

Faire naître l’innovation en facilitant la collaboration entre start-ups et grandes entreprises, soutenir et accompagner les femmes qui souhaitent créer une société… En véritable passionnée d’entrepreneuriat, Sandrine Murcia est sur tous les fronts ! Malgré un emploi du temps chargé, elle a accepté de répondre à nos questions.

 

 

Start-ups et grands groupes : des modes de collaboration à inventer !

 

Start-ups et les grands groupes peuvent-ils faire des mariages heureux ?

 

Sandrine Murcia : Depuis 5 ans, la collaboration entre les start-ups et les grands groupes s’est vraiment accélérée. Quand nous avons démarré Spring Lab, les grandes  entreprises étaient curieuses du numérique au niveau de la communication, notamment avec les réseaux sociaux, mais ne s’intéressaient pas encore au sujet de l’innovation. Cela a beaucoup évolué ensuite, certains grands groupes ont commencé à racheter des start-ups et à montrer l’intérêt d’une certaine ouverture.

« L’innovation vient souvent de la friction à des frontières de domaines de compétences de produits et de services qui, dans un premier temps, peuvent ne pas paraître prioritaires pour l’entreprise »

Les entreprises ne peuvent pas être spécialisées dans tous les sujets. Elles ont donc tout intérêt à s’ouvrir à l’innovation, à être curieuses de ce qui se passe ailleurs et à apprendre à travailler avec des start-ups qui, elles, portent une véritable culture du risque.

 

La plupart des grands groupes sont à la recherche d’agilité. Or, si une entreprise de plusieurs dizaines de milliers de collaborateurs peut difficilement fonctionner comme une start-up de 5 ou 10 personnes, c’est intéressant et motivant pour un grand groupe de voir comment sont organisées de plus petites structures. Cela peut par exemple servir d’impulsion pour créer en interne des clusters de collaborateurs. Cet « intrapreneuriat » aide les collaborateurs à développer leur sens de l’initiative pour mieux participer au projet de développement d’un grand groupe.

 

 

Quelles formes peuvent prendre ces associations entre start-ups et grands groupes ?

 

Cela dépend bien sûr des objectifs de part et d’autres. Le premier niveau, c’est la prise de contact et le dialogue avec des start-ups ou des centres de recherche. Mais on peut aussi envisager des programmes beaucoup plus structurés et des associations beaucoup plus fortes. Les start-ups à la recherche de clients peuvent choisir des grands groupes comme partenaires commerciaux et d’expérimentation… Celles qui sont en plein développement, qui ont une approche internationale, ont aussi intérêt à se rapprocher d’entreprises ayant des filiales partout dans le monde, pour la mise à disposition de bureaux et d’un réseau qui les aidera à trouver des clients potentiels…

 

Il existe aussi des programmes de mentoring liés à l’intrapreneurship dans lesquels des collaborateurs des grandes entreprises deviennent des mentors qui accompagnent les start-ups dans leur réflexion stratégique, commerciale ou métier…

 

On trouve donc des modes de collaborations qui varient en fonction de la nature et du stade de maturité des entreprises. Mais il y a aussi beaucoup d’autres choses à inventer !

 

 

Paris Pionnières, l’entrepreneuriat au féminin

 

Quel est le profil des entrepreneurs que vous rencontrez dans le cadre de Paris Pionnières ?

 

Ce sont surtout des profils de femmes, évidemment. Nous constatons une évolution rapide et  frappante depuis 2-3 ans : de plus en plus de femmes ont envie d’entreprendre et viennent nous voir très en amont de leurs projets alors qu’au début de l’association, nous rencontrions surtout des femmes qui avaient déjà une existence professionnelle et avaient mené une réflexion préalable détaillée et concrète.

« Aujourd’hui, un grand nombre de femmes qui viennent nous voir en sont à un stade de démarrage très peu avancé avec simplement une idée qui repose parfois sur une analyse de marché rapide… Mais elles sont passionnées, convaincues du potentiel de leur concept et elles veulent se lancer ! »

Nos interlocutrices de plus en plus jeunes. A l’incubateur, nous voyons arriver des jeunes femmes qui sortent tout juste de l’université ou de l’école. La fondatrice de LuckyLoc, location de voitures à un euro, a monté sa boite à seulement 23 ans. Une autre de nos entrepreneuses a sorti Vinoga, un jeu autour du vin, à 26 ans, sans être issue d’un environnement de viticulteurs, uniquement par passion…. Et ça cartonne !

 

 

Donner l’envie d’entreprendre !

 

Notre rôle, c’est de sensibiliser et d’accompagner le plus de femmes possible dans l’aventure entrepreneuriale : nous voulons susciter chez les femmes l’envie d’entreprendre et renforcer leur confiance en elles. Nous recherchons des profils qui veulent lancer une entreprise pour la développer ensuite et créer de l’emploi. Ainsi, en deux ans, nous avons déjà accompagné plus de 200 start-ups pour plus de 1 000 créations de postes. Nous voulons vraiment être sur des projets innovants avec des potentiels économiques forts. Pour les entrepreneuses, cela implique un profil et un état d’esprit particuliers, mais aussi beaucoup d’ambition.

 

Au-delà de l’ambition, quelles sont justement les qualités que doivent posséder ces entrepreneuses pour réussir ?

 

Principalement la curiosité et la capacité de pouvoir se dire « Je n’ai jamais créé d’entreprise mais je vais quand même me lancer ». Il faut aussi savoir s’entourer de gens qui pourront vous accompagner dans le développement de la société et vous aider à surmonter les difficultés. Pour cela, c’est utile de pouvoir échanger avec d’autres entrepreneurs, qui sont passés par les mêmes affres et questionnements.

 

L’esprit d’ouverture est nécessaire, il ne faut surtout pas s’enfermer ! Quand on démarre une  entreprise, on a des contraintes de ressources à tous les niveaux : personnel, financier… Il faut donc réussir à s’appuyer sur les autres et ne pas hésiter de parler de son projet autour de soi pour créer un réseau et trouver du soutien.

« Être autonome ne veut pas dire tout faire tout seul. C’est important de garder un état d’esprit collectif… Ce qui ne veut pas dire qu’on ne décide pas seul, au final »

Autre qualité nécessaire, la ténacité. Il faut s’accrocher : tout ce qui peut arriver arrivera ! Une certaine force de caractère est nécessaire pour ne pas se laisser impressionner. Chez Paris Pionnières, nous disons souvent : on ne naît pas entrepreneur, on le devient.

 

 

Un accompagnement humain, adapté aux problématiques rencontrées par les femmes

 

Nous apportons aux  femmes un soutien business (rédaction du business plan, accompagnement à la levée de fonds, structuration commerciale…) mais aussi un accompagnement humain. A la différence des autres incubateurs ou accélérateurs, nous prenons des projets à leur début et nous les aidons à éclore… Que cette éclosion prenne 3 ou 6 mois ! Nous sommes là pour donner du temps – souvent les femmes ont une activité à côté donc le temps n’est pas extensible – et pour montrer aux femmes qui décident de se lancer qu’elles ne sont pas seules, mais entourées d’un réseau de coachs et d’experts.

 

Les femmes qui entrent dans le programme Paris Pionnières sont accompagnées par un coach « fil rouge », tout au long de leur temps avec nous. Au début, pour de la « pré-incubation », c’est-à-dire pour affiner le projet, monter le business plan ou trouver l’expertise ou les compétences nécessaires au projet.

 

Quand l’entreprise est créée et que l’on entre véritablement dans l’incubateur, le coach est là avec un réseau de mentors : des femmes, mais aussi des hommes chefs d’entreprise ou managers dans des grands groupes – certaines de ces femmes sont d’ailleurs d’anciennes pionnières.

 

Les femmesviennent nous voir parce qu’elles veulent être challengées et qu’elles recherchent des relations d’égal à égal. Nous proposons un environnement ouvert et bienveillant, certaines femmes qui n’ont pas confiance en elles réussissent à aller plus loin en étant face à une autre femme : cela peut les aider à sortir des réticences et des obstacles.

« Si les femmes viennent chez nous, c’est parce qu’elles font ainsi face à moins de questionnements : si elles doivent partir tôt pour récupérer leurs enfants à l’école, personne ne les regardera bizarrement »

A l’incubateur, nous avons mis en place le mercredi des sessions de coworking pendant lesquelles les femmes – mais aussi les hommes puisque nous sommes une structure mixte – peuvent venir avec leurs enfants. Pendant que les parents travaillent, nous proposons aux enfants des ateliers de coding ou d’apprentissage des langues, avec des start-ups de Paris Pionnières spécialisées dans ces sujets.

« Nous sommes convaincus qu’avoir davantage de femmes chefs d’entreprise est bénéfique pour l’économie mais aussi pour la société : c’est un véritable levier de changement des mentalités ! »

Il y encore 50 ans, une femme devait demander l’autorisation de son mari pour avoir un chéquier. Aujourd’hui, des jeunes femmes de 25 ans lèvent plusieurs millions d’euros. Cette évolution passe par l’entrepreneuriat : c’est aussi pour ça que nous sommes passionnés par le sujet, parce que c’est un changement de société extrêmement enthousiasmant !

 

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Crédit photo : Woman working on an airplane motor at North American Aviation, Inc., plant in Calif. by Alfred T. Palmer [Public domain], via Wikimedia Commons

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