Digital for all now

Stéphane Distinguin : L’esprit start-up pour bousculer « les pyramides des organisations »

Stéphane Distinguin 21 Oct 2014

Digitick, KisskissBankBank, Bureaux à partager… Trois des nombreuses start-up accompagnées sur le chemin du succès par l’agence Fabernovel, spécialisée dans l’innovation. À sa tête : Stéphane Distinguin, 41 ans. Diplômé de l’École Supérieure de Commerce de Paris (ESCP), ce chef d’entreprise aux talents multiples est considéré comme l’un des activistes les plus influents de l’écosystème digital parisien. Également membre du Conseil National du Numérique et président de Cap Digital, il milite sans relâche pour l’introduction du numérique dans les organisations, en France donc mais aussi à San Francisco, New York, Moscou et Lisbonne où est implantée Fabernovel. Difficile donc, de trouver meilleur interlocuteur pour évoquer la réalité de l’intégration du numérique dans les entreprises

 

« Le numérique, la révolution de toute ma génération »

« Le futur est déjà là, mais il n’est pas réparti très uniformément. » Pour qualifier le numérique, Stéphane Distinguin cite l’écrivain William Gibson. Il poursuit, insistant sur l’importance de l’ouverture au plus grand nombre de sa puissance transformatrice :

« Il faut chercher à en tirer le maximum et bien le distribuer. Au départ, le numérique était pour moi une simple passion, puis le design, l’invention des objets et l’entreprenariat m’ont mené directement vers lui. Aujourd’hui, je reste passionné, mais j’ai une responsabilité : quand on a la chance d’être dans un domaine qui recrute, qui transforme le monde et rend énormément de chose possibles, on a le devoir de l’inculquer aux autres, à ceux qui l’ont moins bien compris, et le partager. Lorsqu’on parle du numérique, il est technique, technologique mais aussi social. Au contact des utilisateurs, on se rend compte que l’on n’a pas que des clients.»

Ma femme me dit toujours…

Sans prétendre connaître la recette pour démocratiser le numérique au sein des organisations, celui qui se décrit comme un « militantiste » affiche ses convictions :

« Il faut tenir compte de l’élément générationnel selon le principe de Mme Colombo, la femme du célèbre inspecteur. Il la cite souvent comme un élément, une compétence extérieure qui l’amène à se poser des questions en se référant à une autorité. Et lorsque l’on regarde bien les entreprises, ce sont souvent les enfants ou neveux des dirigeants qui posent les questions et font bouger les choses. La toute première conscience des patrons vient des jeunes. Le numérique est un domaine assez surprenant qui pose des questions aux pyramides des organisations. On peut être jeune et avoir raison, comme dans le rock ou dans la pop. »

Plus pragmatique, ce digital maker qui sent dans son dos le souffle de la nouvelle génération de passionnés du numérique (« je fais presque figure de vétéran ! ») sait aussi que la réalité des marchés est implacable, prenant l’exemple de Google, entouré d’un grand scepticisme lors de son introduction en bourse en 2004… et dont on connaît la position dix ans plus tard.

« Je me sers beaucoup d’entreprises comme Apple, Google, Facebook, ou encore Amazon, identifiées comme des acteurs exceptionnels, pour expliquer à quel point on peut aller vite avec le digital. Et en général, les organisations comprennent très vite de quoi il retourne. »

« Les start-up ont réinventé les modèles de conception et de développement, y compris pour les plus grandes organisations. »

À condition de s’ouvrir aux autres, de gérer en patron en écoutant des jeunes sociétés qui « ont bouleversé positivement la conduite des projets». À la tête des entreprises, le chef doit donc être celui qui incarne le digital :

« Il doit offrir des conditions de travail pour permettre à chacun de prendre des risques, stimuler cet état d’esprit qui permet de tester les choses, de les apprendre, d’aller plus vite. Il a aussi un devoir de vision. Dans un monde ultra rapide, il faut pouvoir définir un cap et l’incarner, recruter et attirer des talents. Enfin, il est primordial de changer la culture de l’organisation dans le rapport à la prise de risque et réussir à valoriser les parcours, à pousser à l’intérieur des salariés de l’entreprise, comme des personnes qui ont monté leur boite ou qui vont le faire. Il ne faut pas valoriser uniquement la réussite, ça ne servirait à rien. »

Sans juger, Stéphane Distinguin n’occulte ainsi pas l’échec dans la démocratisation du numérique :

« Les échecs sont dus à des erreurs de méthode et de partenariat. Ce qui est important, c’est l’agilité : favoriser la vitesse et l’évolution des projets. Les rapports de force existent, il faut les gérer avec pragmatisme et régularité. Dans toutes les grandes révolutions, des éléments industriels et économiques ont des répercussions sur la démocratie. Lorsque certaines grandes plateformes californiennes sont largement à plus de 90% de parts de marché, se pose la question de la souveraineté du pays. Il ne faut pas que le numérique apporte une nouvelle fracture à celle déjà existante, ne pas écarter des personnes qui seraient très éloignées du numérique. Ce qui change c’est la difficulté de la loi à s’adapter et s’imposer à des pratiques et des systèmes qui vont aussi vite et évoluent tout le temps. »

« Le numérique doit assurer sa propre promesse »

Une vitesse à laquelle la France s’est adaptée, devenant même championne d’Europe de la gouvernance numérique selon le dernier classement l’ONU fondé sur le capital humain, les investissements publics en termes d’infrastructures de télécommunication, et les services auxquels les citoyens peuvent accéder en ligne. Si les Etats-Unis et notamment la Californie, Israël, la Scandinavie et la Chine sont des « puissances numériques phénoménales » selon Stéphane Distinguin, il met en avant une certaine « French touch » digitale :

« Voyagesscnf.com est un leader de l’e-commerce aujourd’hui, avec une politique volontariste où le numérique est intégré dans l’offre et le développement. Vélib’ et Autolib’ ou encore Blablacar sont des projets géniaux, très numériques, et qui aident considérablement les usagers dans leur vie de tous les jours. Le digital ne saute pas aux yeux, mais tout ce qu’il y a derrière – bornes, comptes clients… – sont des services numériques. »

Le retard – un peu – comblé, il faut continuer à battre le fer tant qu’il est chaud, et passer du mode réactif au mode actif :

« Lorsque l’on voit le taux de pénétration des équipements numériques, notamment chez les particuliers dans notre société, on se dit que tout est là ou presque. Il faut désormais passer à l’action, notamment dans les entreprises, et ce en partageant. On constate toujours des inégalités, des gens qui sont allés plus vite que d’autres, des industries qui sont passées devant d’autres. Le numérique doit permettre de partager le numérique. Quand on parle de “Digital for All Now”, pour moi ce “Now”, c’est prendre conscience d’une responsabilité et de l’enjeu de cette accélération : c’est maintenant et pas plus tard. »

 

Photo : Corporation, photo par Nec-Monitor-292, licence CC BY 2.0

Vous aussi prenez la parole et partagez avec nous votre histoire de Digital Maker !