Digital for all now

Stéphanie Delestre : « La recherche d’emploi doit devenir aussi facile que la réservation d’un voyage »

Stéphanie Delestre 11 Déc 2014

Faire baisser le chômage de 10% : c’était l’ambitieuse promesse de la start-up Qapa, lors de son lancement en 2011. Comment ? En améliorant le « matching » entre les compétences des candidats et les offres d’emploi. L’outil : un algorithme qui affine la sélection des offres en fonction des préférences et interactions des candidats.

 

Le Digital for all now, une arme de destruction massive du chômage ? Rencontre avec Stéphanie Delestre, co-fondatrice et PDG de Qapa.

 

Vous avez travaillé dans de grandes entreprises comme des start-up. Comment le digital a-t-il révolutionné les différents secteurs que vous avez connu ?

 

Je viens du monde des medias. Et Internet est un média extraordinaire, avec lequel on peut tout faire, qui révolutionne la façon dont on consomme et diffuse l’information.

 

En 2002, j’ai commencé à travailler pour Eurosport. Ce fut un véritable virage. Là-bas, j’ai pu développer la vidéo sur internet et sur mobile, j’ai monté des programmes dédiés et impulsé un partenariat avec Yahoo. Mais il était difficile de convaincre un groupe, qui génère plusieurs milliards d’euros de chiffre d’affaires, de passer à un autre modèle. Le cœur de business n’étant pas le digital, Eurosport avait peur de se faire cannibaliser. Encore aujourd’hui, les grands groupes veulent passer au digital le plus tard possible, ils craignent de se mettre en danger.

 

Créer sa start-up et révolutionner un marché, « c’est un peu comme le saut de Félix Baumgartner depuis la stratosphère » !

Comment avez-vous fait pour passer d’un tel grand groupe à des start-ups comme Qype, avant de développer la votre start-up, Qapa, spécialisée dans la recherche d’emploi ?

 

La vraie révolution est dans les start-up, là les gens n’ont rien à perdre. Au tout début, chez Qype, nous étions cinq dans un petit bureau au-dessus d’un fast-food à Hambourg. En trois ans nous sommes devenus le leader des guides communautaires en Europe, nous avons complètement bouleversé le business des pages jaunes. Nous étions tout petits mais très agiles, et nous sommes arrivés sur un marché énorme, mais très traditionnel. Cette expérience, c’est un peu comme le saut de Félix Baumgartner depuis la stratosphère – avec toute l’adrénaline qui va avec !

 

Une fois Qype racheté par Yelp, j’ai voulu monter ma société. Mon objectif était d’apporter des solutions à la première préoccupation des Français : l’emploi. Au lancement, nous avons levé des fonds auprès de 360 investisseurs. Cet argent nous a permis d’investir dans l’algorithme de matching et de le perfectionner en permanence.

 

La recette sur un marché en constante mutation : « innovation, innovation, innovation » !

Votre projet s’inscrit sur un marché de l’emploi mouvant et en proie à de fortes mutations avec le numérique, comment faites-vous pour vous y adapter ?

 

La recette, selon moi, se résume en trois mots : innovation, innovation et innovation ! Le marché de la recherche d’emploi n’a pas évolué depuis 15 ans. Qu’il soit sur papier ou internet, le modèle reste le même : « je mets une annonce dans une vitrine et j’attends qu’on m’appelle ». L’apparition de Monster n’a donc pas révolutionné le business, on est juste passé du modèle papier à internet.

 

Innover, sur le marché de l’emploi, c’est apporter la meilleure expérience entre le recruteur et le candidat. Pour révolutionner ce marché, il faut « sourcer » en temps réel les candidats et faire en sorte que la recherche d’emploi devienne aussi facile que la réservation d’un voyage.

 

« Le numérique permet d’adapter les outils en fonction des publics »

 

Plus précisément, qu’est-ce qui cloche dans la recherche d’emploi « traditionnelle » ? Que permet le numérique dans ce domaine ?

 

Il faut décomplexifier le processus, notamment simplifier et automatiser tout ce qui se situe en amont de la recherche et qui est très chronophage. Sur Qapa, le CV n’est pas obligatoire : le site dresse un profil sur compétences en temps réel, en quelques minutes.
QAPA s’adresse à tout le monde, aux ouvriers comme aux cadres, aux provinciaux comme aux franciliens, aux PME comme aux grands groupe. Et ça, c’est grâce aux nouvelles technologies, qui permettent d’adapter les outils en fonction des publics. Ainsi, nous connaissons une croissance extrêmement forte de notre base de données : plus de 200 000 nouveaux inscrits et 13 000 offres d’emplois pourvues chaque mois.

 

La vraie révolution, c’est celle du matching. Toutes les informations qui concernent un candidat vont être enregistrées et analysées, mais ce n’est pas tout : les données sur la façon dont ce candidat échange, interagit, utilise et navigue sur le site sont également collectées et décryptées. Nous sommes, en quelques sortes, l’Amazon de l’emploi : nous enregistrons, analysons et adaptons la recherche en fonction de la pertinence et de la qualité.

 

« Les algorithmes permettent de trouver les meilleures offres pour les candidats et les meilleurs candidats pour les recruteurs »

Quels sont les freins rencontréspar ces publics dans leur recherche d’emploi ? Comment les lever ?

 

Le premier frein réside dans l’absence de formation aux métiers qui recrutent : il y a en France 900 00 emplois difficilement pourvus et près de 10 millions de chômeurs. Par exemple : le digital touche tous les secteurs, toutes les entreprises cherchent des informaticiens … mais nous n’en formons pas suffisamment.

 

Le deuxième frein tient aux difficultés de mise en relation. C’est là que nous intervenons : nous voulons fluidifier le marché de l’emploi en accélérant le changement ou le retour à l’emploi. Pôle Emploi pense « métier », nous pensons compétences. Les algorithmes vont permettre de trouver les meilleures offres pour les candidats et les meilleurs candidats pour les recruteurs.

 

Le troisième frein, c’est le coût. Le recrutement avec Pôle Emploi est loin d’être gratuit, le temps de circulation et de validation est long et compliqué. Sur Monster, le coût de diffusion d’une annonce oscille entre 600 et 1 000 euros. QAPA se base sur un tout autre business model, qui est fonction de la performance : l’inscription sur le site comme la diffusion d’annonce sont gratuites, le recruteur reçoit ensuite les CV par ordre de pertinence. Ce n’est que la mise en relation qui est payante.

 

 

« Les start-ups se positionnent sur les secteurs où il existe un grand décalage entre le prix proposé au consommateur et le service ou le produit obtenu »

Pour vous, qu’est-ce que le digital for all now ?

 

Tout devient digital maintenant. Aucun secteur n’est à l’abri d’une révolution, pas même les secteurs « protégés » comme le luxe ou la santé. Les start-ups se positionnent sur les secteurs où il existe un grand décalage entre le prix proposé au consommateur et le service ou le produit obtenu. Ce qui est intéressant derrière tout ça, c’est de réussir à comprendre ce qui va pouvoir se digitaliser.

 

Crédits photos : Resume – Glasses, photo par Flazingo Photos, licence CC BY 2.0

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