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Yves Le Saout – Des tablettes pour développer de nouvelles approches pédagogiques au collège et au lycée

Econocom 10 Nov 2015

Yves Le Saout est le chef de l’établissement Notre-Dame « Les Oiseaux », un ensemble scolaire des Yvelines de près de 3 000 élèves, allant de la petite section de maternelle aux classes de BTS. En 2014, l’établissement a choisi d’équiper plusieurs classes de lycée – sciences et techniques de laboratoire (STL) et sciences et technologies du management et de la gestion (STMG) – et une classe de collège d’iPad dans le but d’expérimenter de nouvelles pratiques pédagogiques.

 

Comment s’est déroulé le déploiement ? Comment enseignants et élèves se sont-ils approprié ces tablettes ? Quels conseils donner à un établissement qui voudrait se lancer dans un projet similaire ? Retour d’expérience avec Yves Le Saout.

 

 

Le numérique pour une pédagogie innovante, créative et collaborative

 

Pourquoi vous être tourné vers les outils numériques ?

 

Notre objectif, quand nous nous sommes lancés dans l’expérimentation, était de développer de nouvelles approches d’enseignement.

 

« La pédagogie frontale, c’est-à-dire les cours magistraux, même si elle n’est pas à rejeter, ne fonctionne pas nécessairement avec toutes les classes. D’autres pratiques peuvent permettre aux élèves de progresser davantage et de mieux se préparer à ce qui les attend dans leur avenir professionnel, notamment en ce qui concerne le travail collaboratif. »

 

A l’occasion de plusieurs évènements liés au numérique dans l’éducation, nous avions pu entendre les présentations d’enseignants déjà engagés dans l’aventure. Nous sommes partis de ces expériences pour amorcer notre projet d’établissement. Nous avons choisi deux niveaux spécifiques : des classes technologiques – car nous pouvons ainsi financer l’expérimentation grâce à la taxe d’apprentissage – et une classe de sixième dite « classe de mise à niveau » qui accueille des enfants rencontrant des troubles liés aux apprentissages : dyscalculie, dyslexie, dysorthographie, dyspraxie et dont l’apprentissage peut être facilité grâce à la tablette.

 

>>> A lire aussi : Le numérique pour accompagner les troubles de l’apprentissage <<<

 

En tout, ce sont une trentaine d’élèves de sixième et près de 80 élèves de classes STL et STMG qui ont été équipés d’iPad.

 

Quelles pratiques pédagogiques avez-vous pu mettre en place grâce aux tablettes ?

 

Dans les classes de STL, les élèves ont un enseignement technologique en langue vivante (ETVL) d’une heure par semaine en biotechnologie ou en sciences physiques et chimiques et doivent réaliser un PTA (projet technologique accompagné) présenté à la fois en français et en anglais.

Commenter un protocole expérimental dans une langue étrangère n’est pas toujours évident pour les élèves. Grâce aux tablettes, ils peuvent se filmer en train de décrire leur protocole expérimental en anglais. Ils n’ont, à ce moment-là, pas peur du jugement des autres ou du regard de l’enseignant et se sentent ainsi plus en confiance. Ils peuvent ensuite envoyer la capsule vidéo qu’ils ont réalisée à l’enseignant de science. Ce dernier va pouvoir la regarder avec son collègue de langues qui lui, verra ce qui pourra être amélioré au niveau du discours en continu en anglais.

 

« Avec les outils numériques, on se rend compte des progrès réels que font les élèves au niveau de leur capacité à s’exprimer dans une langue étrangère en utilisant un vocabulaire scientifique assez élaboré. »

 

Ce n’est bien sûr pas le seul exemple. Nous avons mis en place un Google Drive pour que les professeurs puissent échanger des informations entre eux et avec les élèves. Sur cet espace partagé, je vois passer de nombreux exemples d’utilisation. En fait, les élèves ont leur tablette dans leur cartable et elle peut être utilisée dans tous les cours : en sciences, en langues, en histoire-géographie, mais aussi en mathématiques puisque de nombreuses applications permettent de mieux comprendre certaines notions à partir de simulations ou de manipuler des concepts qui, autrement, pourraient rester un peu abstraits. C’est le cas de GeoGebra, par exemple.

 

 

Accompagnement des enseignants, des élèves… et des parents !

 

Quel a été l’accueil des enseignants ?

 

Les tablettes ont été très bien acceptées et très vite. Les professeurs ont pu bénéficier d’une formation et ont ainsi découvert de nombreuses possibilités d’usages. C’est d’ailleurs l’un des avantages de passer par une société comme Econocom, puisque le package proposé inclut à la fois le matériel et les formations.

Il y a eu un réel échange entre les enseignants pour partager les différentes pratiques. Nous avons organisé des réunions régulières avec le responsable informatique de l’établissement pour faciliter la maîtrise des différentes applications disponibles pour la tablette et réfléchir à leur usage pédagogique.

 

Les élèves ont-ils été conquis ?

 

Notre crainte, c’était de voir ces tablettes davantage employées pour le côté loisir que pour une utilisation vraiment scolaire. Mais, très vite, les élèves de première et de terminale en ont fait de véritables outils de travail. Nous n’avons pas eu de situation délicate à gérer et cela ne nous a pas apporté de perturbations au niveau des pratiques habituelles dans la classe.

 

Par contre, en sixième, les enfants ont tout de suite envisagé toutes les possibilités ludiques de la tablette : prendre des photos, se filmer…. Il a vraiment fallu prendre le temps de les accompagner sur l’usage de cet outil et leur faire percevoir à la fois les limites et leurs devoirs, notamment au niveau du droit à l’image. Nous les avons donc formés pour qu’ils utilisent les tablettes de manière pertinente.

 

Et au niveau des parents d’élèves ?

 

Les parents des élèves de première/terminale ont constaté l’enthousiasme de leurs enfants et, surtout, les progrès faits pour la majorité d’entre eux. Il y a eu davantage d’interrogations au niveau de la classe de sixième : pourquoi le choix d’un iPad et non de matériel Androïd ? Pourquoi cette classe plutôt qu’une autre ? Quels sont les dangers ? Que se passe-t-il si l’enfant la casse ?

Cette année, ça sera notre deuxième année d’expérimentation avec les sixièmes, nous pourrons donc prendre le temps de faire un point avec les parents sur ces questions.

 

 

La tablette ne remplace pas le travail du professeur

 

Pouvez-vous tirer un premier bilan de cette expérimentation ?

 

Globalement, le bilan est positif, mais il ne faut pas oublier que la tablette n’est qu’un outil, elle ne fait pas de miracles. Si elle peut contribuer à maintenir la motivation de l’élève par contre, elle ne viendra pas la renforcer. C’est en tout cas le constat que nous avons fait avec les professeurs de première et de terminale technologiques : les élèves qui auraient pu, à un moment donné, perdre en motivation du fait de difficultés rencontrées avec des travaux plus traditionnels, gardent leur motivation avec la tablette. Par contre, la tablette ne permet pas de faire naître l’enthousiasme chez des élèves qui ne sont pas motivés. Même s’ils connaissent une petite période d’engouement due au nouvel outil, le déclic n’est pas suffisant… Et quelque part, heureusement !

 

« La tablette vient renforcer les apprentissages des élèves, conforter leurs acquis et leur donner plus d’autonomie. Elle peut éviter des pertes de motivation, mais il faut que l’enseignant déploie toujours autant de trésors pour arriver à motiver l’élève ! »

 

Comptez-vous équiper d’autres classes ?

 

Equiper l’ensemble des classes fait partie des projets de l’établissement à moyen terme. Mais avant, nous souhaitons vraiment consolider tout ce qui a été mis en place et tirer les leçons de cette première expérimentation. Il reste aussi des questions en suspens. Actuellement l’établissement ne refacture pas le coût de la tablette. Si nous généralisions l’usage, il faudra réfléchir à la participation des familles pour l’acquisition des tablettes.

 

Quels conseils pourriez-vous donner aux établissements qui souhaitent se lancer ?

 

La principale préoccupation doit être d’accompagner l’équipe au niveau de l’usage de ce nouvel outil.

 

« Il faut prendre le temps de s’approprier l’outil par la formation et beaucoup échanger entre collègues sur les découvertes, sur ce qui fonctionne ou non et sur ce qui change dans les pratiques pédagogiques. »

 

Faire une étude financière est également important : avant de déployer les tablettes, la première chose que nous avons fait, c’est de consolider les connexions Internet. L’établissement n’était pas relié à la fibre optique et compte-tenu de sa taille, il était impensable de multiplier les accès sans un réseau suffisamment fiable. Nous avons donc souscrit un contrat de location auprès d’une société pour disposer d’une fibre dédiée à l’établissement et sécuriser le réseau Internet.

Pour conclure, je dirais que c’est une expérience qui prend du temps… mais qui est enthousiasmante !

 

Crédit photo : Maurizio Pesce / Flickr.com / Licence CC BY 2.0

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