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Dr E. Mahé – La télé-expertise médicale, une solution pour faciliter l’accès aux spécialistes

Econocom 16 Fév 2016

Depuis près de deux ans, le centre hospitalier Victor Dupouy d’Argenteuil et l’hôpital Saint-Louis à Paris ont mis en place un système de télé-expertise en dermatologie. C’est le premier projet pérenne de ce type en France. Le docteur Emmanuel Mahé, chef du service de dermatologie du centre hospitalier d’Argenteuil nous fait entrer dans les coulisses d’un dispositif efficace et innovant.

 

 

De l’expertise sur photo

 

En quoi consiste le projet de télédermatologie de l’hôpital d’Argenteuil ?

 

Dr. Emmanuel Mahé : Il s’agit de télé-expertise sur photo : pendant la consultation, un cliché pris par le médecin est transmis à la plateforme avec le dossier du patient. Les médecins dermatologues impliqués dans le dispositif reçoivent un mail d’alerte. Si les informations ne sont pas suffisantes, nous pouvons demander à les compléter, ce qui nous donne une sécurité supplémentaire.

 

Il s’agit bien de télé-expertise et non de téléconsultation, ou consultation à distance. La téléconsultation impose la présence de deux soignants : l’expert et un médecin ou un infirmier présents aux côtés du patient et implique de fixer un véritable rendez-vous. C’est une différence importante, notamment pour un des secteurs avec lequel nous travaillons : les centres pénitentiaires – il est assez compliqué d’imposer des horaires aux détenus. Au Mans, où l’expérience de la téléconsultation a été tentée, il y avait près de 20% de consultations non honorées.

 

Nous travaillons beaucoup avec les centres pénitentiaires d’Ile-de-France, qui nous envoient en moyenne 2 à 3 demandes par jour. Nous nous sommes engagés à répondre dans la journée. La télé-expertise fonctionne bien dans ce cadre.

 

« Nous sommes à plus de 400 expertises et il n’y a eu aucun refus par les patients. »

Passer d’un modèle informel a un vrai plan de teledermatologie

 

Comment s’est monté le projet ?

 

« En dermatologie, tous les médecins font de la télé-expertise informelle. »

 

Cela fait une dizaine d’année que nous faisons de la consultation par mail, informelle et assez peu sécurisée. Il y a environ 4 ans, l’Agence régionale de Santé (ARS) a fait un appel d’offres pour développer la télémédecine dans les centres pénitentiaires. Nous avons été contactés car la télédermatologie est relativement simple à mettre en place.

 

En parallèle, l’hôpital Saint-Louis avait un projet avec Fresnes. Nous avons donc fusionné les deux chantiers et sommes partis sur notre modèle de télé-expertise. L’ARS a soutenu le projet et les versants informatiques et réglementaires ont été coordonnés par le GCS D-SISIF, le Groupement de coopération sanitaire pour le développement des systèmes d’information en santé partagés en Ile-de-France. Le GCS D-SISIF a assuré toutes les procédures de sécurité, la déclaration à la CNIL ainsi que la partie administrative.

 

« Les principaux freins sont humains : certains centres nous sollicitent toutes les semaines tandis que d’autres n’adhèrent pas du tout. »

 

Aujourd’hui, cela fait quasiment deux ans que le projet a démarré. Il unit les centres experts d’Argenteuil et de Saint-Louis à une dizaine d’unités sanitaires de centres pénitentiaires d’Ile-de-France, de la maison d’arrêt jusqu’à la maison centrale.

 

« Le déplacement d’un détenu nécessite du personnel, un fourgon… et coûte plusieurs centaines d’euros. Avec la télé-expertise, nous facturons simplement un avis ponctuel de consultant (C2). »

 

Une évaluation médico-économique est en cours. Les premiers résultats sont extrêmement favorables et ce, malgré le coût du développement du projet. Le bilan est également positif en ce qui concerne la satisfaction des équipes.

 

Par ailleurs, cela crée de la demande : avant, Bois-d’Arcy ne nous appelait pas trois fois par semaine pour un avis, le dispositif leur donne de nouvelles possibilités de sollicitations de consultations.

 

 

Exporter la téle-expertise vers d’autres disciplines

 

Quelles sont les prochaines étapes ?

 

Dans les mois à venir, notre plateforme va basculer sur ORTIF, l’outil régional de télémédecine en Ile-de-France auquel sont reliés tous les centres hospitaliers ayant des services d’urgence. Alors que notre dispositif était jusqu’à présent relativement privé, bientôt, d’autres acteurs pourront entrer sur la plateforme, sous réserve évidemment de demander les accords réglementaires.

 

Par ailleurs, ORTIF va ouvrir des possibilités de vidéoconférence et de transfert d’images beaucoup plus volumineuses. On peut par exemple tout à fait imaginer partager des images d’anatomo-pathologie, qui sont aussi extrêmement lourdes. La télé-expertise pourra s’exporter sur d’autres disciplines, l’orthopédie par exemple, avec le transfert de radios.

 

Le projet a tellement bien marché que nous nous travaillons maintenant avec l’hôpital de Versailles, qui est en difficulté pour trouver un dermatologue. L’idée, c’est de couvrir le territoire en ouvrant la plateforme à d’autres établissements. Comme tout le monde est aujourd’hui abonné à ORTIF, le coût est minime.

 

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