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X. de Mazenod : « Pour les entreprises, le télétravail est un bon moyen d’amorcer la transition numérique »

Econocom 23 Fév 2016

En 2004, Xavier de Mazenod a quitté la région parisienne pour s’installer dans la campagne normande. Cet ancien journaliste, qui travaille aujourd’hui dans la communication, a alors créé Zevillage. Ce qui était à l’origine un petit blog d’information sur le travail à distance s’est peu à peu professionnalisé pour devenir le site de référence sur les nouvelles formes de travail en France. Aujourd’hui, Xavier de Mazenod propose également des formations sur le management à distance ou la conduite du changement.

 

Le télétravail a-t-il trouvé sa place dans les entreprises françaises ? Quels freins est-il encore nécessaire de lever ? De quelles bonnes pratiques s’inspirer ? Xavier de Mazenod a répondu à nos questions.

 

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La France, en retard sur le télétravail ? Pas tant que ça !

 

Quelle est la place du télétravail dans les entreprises françaises aujourd’hui ?

 

Xavier de Mazenod : L’interprétation des statistiques liées au télétravail est un vaste débat. Pendant longtemps, on a raisonné sur de vieux chiffres, on comptabilisait environ 5% à 6% de télétravailleurs et on se disait que, si la France était en retard, c’était à cause de sa culture administrative et hiérarchique.

 

Il y a trois ans, nous avons fait une méta-analyse à partir d’études sorties entre 2002 et 2012 et nous nous sommes aperçus qu’il y avait près de 17% de personnes qui travaillent en mobilité et environ 14,2% de salariés en télétravail en France. C’est donc un phénomène de masse qui prend de plus en plus d’importance sur le plan statistique.

 

« Le terme ‘’télétravailleur’’ est réservé à un emploi salarié. Pour les autres formes de travail,  on essaye d’utiliser un autre mot : travailleur à distance ou travailleur en mobilité. »

#télétravail : Une attente forte des salariés

 

Quels sont les avantages du télétravail ?

 

On connaît bien les bénéfices du télétravail. Pour les salariés, c’est davantage de bien-être et d’équilibre entre vie privée et vie professionnelle, des économies de déplacement, moins de stress et d’accidents de travail, mais aussi davantage de productivité car ils peuvent profiter de plus de calme et ne sont plus sans cesse dérangés. Au-delà de ça, il y a aussi des bénéfices sociétaux : en diminuant les déplacements, on baisse les émissions de CO2 et l’on évite l’achat d’un second véhicule, souvent motivé par le travail.

 

« Le télétravail permet d’acculturer les salariés aux usages numériques et collaboratifs : ils sont obligés de s’y mettre pour gérer les relations à distance. » 

 

 

Du côté des entreprises, qu’est-ce qui motive la mise en place du télétravail ?

 

La loi Warsmann de mars 2012, qui a modifié le code du travail et défini le télétravail, a été un déclencheur pour de nombreuses entreprises, notamment des sociétés du CAC 40 dans lesquelles la signature d’accords liés au télétravail a été très majoritairement faite après 2012. Souvent, les entreprises commencent timidement. Chez Orange par exemple, qui est un des leaders du CAC 40 en matière de télétravail, il y a d’abord eu un premier accord puis, quelques années plus tard, un second beaucoup plus large. Aujourd’hui, l’entreprise compte 6 000 télétravailleurs.

 

« Dans les entreprises, beaucoup de transformations organisationnelles commencent par une mise en place du télétravail. Culturellement, c’est très important : si l’entreprise n’a pas un mode de mangement qui repose sur la confiance, par opposition au management par objectifs fondé sur le contrôle, ça ne peut pas marcher. » 

 

 

Le télétravail concerne-t-il tous les types d’entreprises ?

 

« Plus de 80% des entreprises du CAC 40 ont mis en place un accord pour le télétravail. » 

 

Dans une entreprise comme Orange, c’est plus facile de mettre en place le télétravail que chez Areva, par exemple, car ils disposent d’une culture numérique, d’outils, de techniciens… Toutefois, dans le CAC 40, les pionniers sont des industriels : c’est Renault qui, le premier, a mis en place le télétravail en 2007, suivi d’Alcatel en 2008 et de Michelin en 2009.

 

« Le nombre de télétravailleurs dépend aussi de la culture de l’entreprise : dans certains groupes, les managers sont ouverts et plus éclairés sur l’usage du numérique. »  

Le télétravail, bientôt dans les administrations ?

 

Le secteur public y vient également, même si c’est un peu plus lent parce que la culture des administrations n’est pas spontanément tournée vers la confiance et que le management repose plutôt sur le contrôle.

 

Nous avons accompagné une expérimentation dans le Massif central pour des services de l’Etat. Il y a 2 ans, Maceo, un organisme de développement économique régional, a mis en place une étude-action qui portait sur 5 régions et avait pour objectif de tester le télétravail dans des administrations, préfectures ou directions de l’environnement. Finalement, nous nous sommes aperçus que, contrats de travail mis à part, cela se passait comme dans le privé : il faut communiquer et faire évoluer le management pour que le projet se transforme en succès.

 

Nous avons aussi travaillé avec la Direction générale des entreprises (DGE) qui a cherché à mettre en place le télétravail dans 27 PME industrielles de Basse-Normandie, un secteur où, a priori, ce n’est pas facile de télétravailler. Nous nous sommes cependant rendus compte qu’il y avait à peu près 20% de collaborateurs éligibles au télétravail. C’est un mouvement qui touche tous les types d’entreprises et de postes.

 

 

Quelles sont les craintes liées au télétravail ?

 

La première crainte, plutôt manifestée par les syndicats, est liée à l’isolement du télétravailleur. Beaucoup avaient peur que le salarié soit coupé de son collectif de travail. S’il existe effectivement des risques d’isolement quand on télétravaille 4 ou 5 jours par semaine, cela reste une configuration extrêmement rare. Dans la plupart des cas, les collaborateurs ne travaillent à distance qu’1 à 2 jours par semaine.

 

Les entreprises ont peur qu’à distance, les collaborateurs ne travaillent pas. Ils ont l’impression que, quand les salariés sont au bureau, il est possible de les contrôler… Ce qui est absolument faux !

 

« Le bureau est le grand lieu de la non-productivité : les salariés sont sans cesse dérangés et il est très difficile de se concentrer sur une tâche, particulièrement en open space. A l’inverse, chez lui ou dans un espace de coworking où les gens ont un mode de fonctionnement collectif respectueux, ils gagnent en productivité. »

Conduire le changement en interne

 

Quels conseils donner à une entreprise qui souhaite mettre en place le télétravail ?

 

Aujourd’hui, on connaît les bonnes pratiques du télétravail. Il faut beaucoup communiquer en interne, mettre toutes les parties prenantes – c’est-à-dire la DSI, les RH, la communication, les syndicats… – dans le projet dès le début, faire des tests…

On sait aussi qu’il faut équiper correctement les collaborateurs : pour profiter des outils de communication et de collaboration à distance, on dit souvent qu’il faut une connexion d’au moins 2 méga. S’il y a un serveur dans l’entreprise, on peut également prévoir un VPN pour sécuriser la connexion.

 

 

De votre côté, quel accompagnement proposez-vous ?

 

Lors de la première phase, nous proposons un accompagnement méthodologique aux entreprises. Nous leur expliquons les enjeux, nous les aidons à communiquer en interne et nous les guidons sur le plan juridique, pour négocier un accord ou proposer un avenant aux contrats de travail… Nous réfléchissons aux éventuels problèmes techniques et à la façon dont nous pouvons les régler et nous rédigeons les critères d’éligibilité au télétravail, pour que les salariés comprennent la règle du jeu.

 

C’est seulement après que nous pouvons lancer un projet pilote. Plus tard, une fois que le télétravail est mis en place, nous pouvons nous attaquer à des changements organisationnels plus lourds. En effet, si l’entreprise compte beaucoup de télétravailleurs, cela peut impacter l’immobilier ou l’agencement des espaces de bureau, mais aussi les modes de management, les partenariats qu’il est possible de nouer à l’extérieur et même amener à réfléchir à des sujets liés à l’innovation ouverte.

 

 

Souplesse, autonomie et responsabilité des salariés

 

« Les salariés ont envie de travailler quand ils veulent et où ils veulent, c’est une tendance de fond et on ne l’arrêtera pas. »

 

Se focaliser sur les chiffres officiels du télétravail négocié, c’est se limiter à la partie visible de l’iceberg. Aujourd’hui de très nombreux salariés travaillent en mobilité, dans le train par exemple, de chez eux le soir ou même prennent une journée pour écrire un rapport : c’est du télétravail informel.

 

« Pour les entreprises, le télétravail est un bon moyen d’amorcer leur transition numérique puisqu’il s’agit uniquement de sujets très concrets : gestion des heures de travail, mise en place d’outils collaboratifs, évolution du management… C’est une problématique étroitement liée à la transformation des organisations ! »

 

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