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« Plus personne n’a de bureau » à la Sécurité sociale belge

Econocom 2 Mar 2015

C’est avec des idées originales sur le télétravail et l’utilisation des réseaux sociaux que Frank Van Massenhove est arrivé en 2002 à la tête de la Sécurité sociale belge. Sa mission : remettre en marche une institution alors moribonde. Sa stratégie : le télétravail. Pour réduire les coûts et booster la productivité des 5 000 salariés, il leur a donné les moyens de travailler de chez eux 3 jours par semaine.

 

Dans Le bonheur au travail, un documentaire de Martin Meissonnier diffusé récemment sur Arte, ce haut fonctionnaire audacieux tire un premier bilan très positif de cette initiative. Les salariés sont plus épanouis et plus efficaces et les économies réalisées par le Service public fédéral (SPF) lui ont permis de renflouer ses caisses et d’investir dans des locaux plus ouverts, plus conviviaux, plus connectés.

« L’argent ne motive pas les gens. Ce qui les motive, c’est de travailler dans le respect et la confiance, pour des organisations qui sont bien perçues par la société. »

Lorsque Frank Van Massenhove est arrivé au SPF Sécurité sociale, plus personne ne voulait travailler pour cette institution jugée archaïque. Lui avait une idée en tête : recruter des jeunes de la génération Y, nés après 1985 et que nos voisins d’Outre-Atlantique appellent aussi les digital natives (« nés avec les technologies digitales ») Pour séduire ceux qui ne veulent pas qu’on leur dicte où et quand travailler, notamment parce qu’ils ont « l’ubiquïté » autorisée par les outils numériques dans les veines, il a entrepris de modeler une institution adaptée à leur culture et à leurs envies. Son cheval de bataille : le télétravail.

 

Une transformation tout en finesse

« Je savais que si j’avais voir un ministre en lui disant que le SPF ne dirait pas aux gens où et quand ils doivent travailler, il serait devenu dingue. Donc je n’ai rien dit et j’ai tout fait en douce. »

Première étape de la vaste entreprise de Frank Van Massenhove : donner aux salariés la possibilité de télétravailler jusqu’à 3 jours par semaine et, par conséquent, leur permettre d’organiser leur emploi du temps comme ils l’entendent. Bien sûr, ceux qui souhaitent se rendre au bureau tous les jours sont également libres de le faire.

 

Concrètement, chez eux, les salariés travaillent depuis des ordinateurs connectés au réseau du SPF et communiquent avec leurs collaborateurs grâce à des logiciels de messagerie instantanée. Ainsi, plus besoin d’être au même endroit pour avancer. Depuis leur domicile, les employés peuvent se concentrer plus facilement. Et, si cette nouvelle organisation implique que le personnel se rende disponible les soirs et les week-ends, globalement, le temps de travail de chacun est respecté.

 

Des délais de traitement des dossiers abaissés de plus d’un an !

Un des arguments fréquemment cité par les détracteurs du télétravail est le risque de démotivation qu’il pourrait entrainer chez les salariés. A la SPF, l’effet a été inverse : le délai de traitement des dossiers est passé de 18 à 4 mois et demi en moyenne et les résultats de l’organisation se sont améliorés.

 

Des économies conséquentes sont réalisées : puisqu’une grosse partie des 5 000 salariés travaille désormais de chez eux, l’institution a besoin de moins d’espace de bureau. Une partie du budget dégagé a ainsi permis la création de locaux plus conviviaux incluant des espaces de réunion ouverts dotés de systèmes anti-ondes qui annulent le bruit pour que les différents groupes puissent travailler au calme. Ces espaces qui permettent un travail nomade étaient un souhait de Frank Van Massenhove pour favoriser les échanges et dynamiser les relations entre les employés et leurs managers :

« Plus personne n’a de bureau. Moi aussi, je travaille tous les jours à un poste différent. »

Si certains cadres n’ont pas apprécié ce changement de statut, ils n’ont pas vraiment eu le choix :

« Nous avons laissé les employés évaluer leur hiérarchie. Si les managers avaient une mauvaise évaluation, ils n’étaient plus chefs… Donc ils devaient changer, ils n’avaient pas d’alternative. »

 

La TRANSPARENCE DIGITALE: « Nous avons une règle toute simple : toujours dire la vérité »

Cette nouvelle organisation du travail crée des cadres plus à l’écoute et des équipes soudées… Ce qui autorise des initiatives qui paraissent impossible à transposer dans notre Sécurité Sociale française.

Ainsi, à la SPF, les salariés sont incités à communiquer sur les réseaux sociaux.

« Dans la plupart des organisations, vous n’êtes pas supposé aller sur les réseaux sociaux pendant vos heures de travail. Mais nous, nous n’avons pas d’horaire de travail… Et nous encourageons nos employés à aller sur les réseaux sociaux. »

Et la politique en matière de publication peut paraître surprenante pour une institution publique :

« Nous avons une règle toute simple : toujours dire la vérité. Et si la vérité n’est pas flatteuse, ce n’est pas grave : si c’est la vérité, les salariés peuvent la dire. »

Pour Frank Van Massenhove, seuls les employeurs flexibles survivront. Bientôt, ce sont eux qui devront convaincre les travailleurs et non l’inverse. Le télétravail et l’ouverture aux médias sociaux seront alors des atouts importants. Interrogé par l’observatoire de la vie à la maison, il ajoute :

« Le télétravail n’est qu’un prolongement de l’ère préindustrielle. Avant l’arrivée des usines, tout le monde ou presque travaillait à la maison. Les iPads et autres smartphones rendent à nouveau cela possible pour de nombreuses personnes du secteur tertiaire. »

Frank Van Massenhove a compris très tôt les enjeux de la transition numérique : le #Digitalforallnow est un levier qui permet aux institutions de repenser leurs modes d’organisation pour adopter des modèles plus flexibles et performants, tout en améliorant les conditions de travail des salariés. Une révolution qui ne fait que des gagnants… qu’attendons-nous pour la mener ?!

 

Le bonheur au travail est disponible à l’achat ou à la location, à partir de 2,99 €.

 

Crédit photo : Henri Bergius – Coffee break (Flickr.com, licence CC BY-SA 2.0)

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